Bell Witch – Mirror Reaper


L’histoire de Bell Witch avait tout d’une jolie histoire : duo doom formé à Seattle par Dylan Desmond (aperçu dans Samothrace entre autres) et Adrian Guerra, le groupe avait mis en émoi la scène à grands renforts de longues plages incantatrices composées avec une basse six cordes et une batterie. Profound Lore se saisit alors de tout ce talent et publie Longing en 2012 puis Four Fantoms en 2015, deux albums remarqués, positionnant le groupe parmi les plus grands outsiders de la scène. Une trajectoire linéaire et enviée, soudainement troublée par le décès brutal d’Adrian Guerra à l’âge de 36 ans, tandis que le duo s’attelait à la composition de leur troisième album. Dévasté, Desmond décide d’achever la composition de leur projet et s’adjoint les services d’un autre batteur, Jesse Schreibman, à qui incombe la lourde tâche de jouer en préservant l’héritage d’un fantôme sans cesse sur ce disque convoqué. Les deux hommes puisent alors au fond de leur chagrin l’essence même de ce qui prendra, entre les mains du légendaire producteur Billy Anderson, des allures de perfection musicale, sensation renforcée par l’artwork sublime de Mariusz Lewandowski, invitation visuelle à voyager au gré d’humaines turpitudes causées par la douleur de l’absence.

De l’aveu même de Dylan Desmond, l’idée de faire de Mirror Reaper une seule et unique pièce musicale d’un peu plus d’une heure vingt est venue tard dans le processus de composition, lorsqu’il s’est aperçu que les riffs se répondaient en une longue procession funéraire et désespérée. La pièce ainsi créée, sous-titrée As Above / So Below (48 et 35 minutes, décomposée pour les besoins du vinyle lors d’une accalmie acoustique par ailleurs poignante) est d’une beauté rare, traversée de part en part par le spectre de Guerra. Le doom n’est rien d’autre que la mutation absolue du blues, trouvant en son dépouillement et en sa lenteur, un espace infini pour libérer diverses émotions, et la tristesse en particulier. Mirror Reaper est à mon sens l’une des expressions les plus abouties de ce sentiment, une longue plainte, un terrible chagrin et pour finir, un émouvant processus de deuil. Chaque note nourrit cette sensation d’absolue et doucement, au fil des écoutes, l’album libère son auditeur des tourments pour lui offrir un espoir incroyable, un optimisme délicat. Le spectre sonore couvert par la basse de Desmond est énorme, entre montées à la limite de l’acoustique et délivrance d’influs saturées, comme ce riff particulièrement obsédant autour des 30 minutes ou la fin de la chanson, durant laquelle le voyage sonore, large et enveloppant se termine en un soupir de notes aux allures contemplatives. Tout au long du voyage, Bell Witch fait la part belle aux enchevêtrements de voix parfois incantatrices, souvent caverneuses, comme autant de prières adressées à la fatalité. Parmi elles, quelques mots de Guerra lui même, chutes de studio, se sont glissés, en guise d’ultime hommage. Sublime.

 

Point Vinyle :

Profound Lore propose cinq versions pour le premier pressage. Clear, Gold, Blue and black with red splatter, blue with black and silver splatter and black. En dehors de la version noire, toutes les autres sont d’ores et déjà sold out.

Note de Desert-Rock
   (9/10)

Note des visiteurs
   (10/10 - 1 vote)

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1 commentaire
  • What a data of un-ambiguity and preserveness of valuable
    familiarity regarding unpredicted feelings.

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