Five Horse Johnson – Jake Leg Boogie


Cinq ans… Il aura fallu quasiment cinq ans à Five Horse Johnson pour pondre ce délicieux Jake Leg Boogie. Sachant qu’il en avait fallu quasiment six à son prédécesseur pour voir le jour lui aussi, il y a matière à grincer des dents… Surtout qu’on ne parle pas de Tool ici : on est dans du bon gros blues rock graisseux, production punchy-miel-graisse naturelle pas trop compliquée, et enregistrement live avec simple option sueur et vannes crasseuses en studio. Rien d’extraordinaire qui pourrait justifier cinq ans de jus de cervelle et de tergiversation sans fin. Sans doute parce que ce ne fut pas le cas, soit dit en passant ! Simplement on ne peut pas dire que FHJ soit le groupe le plus actif qui soit, de manière générale, à l’image de ses prestations live, qui peuvent se compter chaque année sur les mains du baron Empain – sans même parler de leur éventuelle venue sur le vieux continent.

Mais trêve de scrogneugneus, on enfile vite la galette pour se mettre notre dose. Première impression : on est bien, confortables, en terrain connu. Et soit dit en passant, on n’en attendait pas moins de la petite merveille de Toledo (oui, on les appelle comme on veut, si vous êtes pas contents cliquez ailleurs !) : le heavy rock à forte teneur en blues du combo baigne dans cette suave mélasse liquoreuse bourbon-bitume-huile de vidange qui a toujours fait son charme discret. Et que dire du groove chaleureux qui enrobe le tout, meilleure illustration possible que l’on peut habiter dans les austères et froids états du Nord des USA et pourtant  revendiquer les aspects les plus intéressants du southern rock.

S’appuyant sur le même socle de musicos depuis des années, on sera heureux d’apprendre que le groupe a enfin remédié à son problème endémique de batteur : depuis une quinzaine d’années, le tabouret du cinquième homme restait vacant, accueillant plusieurs batteurs invités, jamais pérennes (on se rappellera notamment que le groupe, très potes avec Clutch, avait vu le grand JP Gaster s’occuper des batteries sur leurs derniers albums). Enter Tim Gahagan, donc… leur ancien batteur ! Le bonhomme officiait déjà dans le combo à l’époque de Fat Black Pussy Cat, à la fin des années 90. Presque vingt ans plus tard, le revoilou ! Bon choix a priori si l’on en juge par les rythmiques de cet album. Pour le reste, la plus large part du spectre musical s’appuie sur les talents de riffeurs et solistes des deux bretteurs en chef, of course, même si encore et toujours le MVP est monseigneur Eric Oblander, frontman formidable, vocaliste impeccable (bel organe majestueux, belle caisse de résonance et superbe tessiture graveleuse juste comme il faut) doublé d’un harmoniciste toujours aussi pertinent, usant avec parcimonie de son instrument à lamelles, avec toujours une efficacité absolument déterminante dans le son du groupe. Enchaînant les soli et les plans plus proches de « riffs » d’harmonica (!!) le géant de l’Ohio maîtrise ses bends grassouillets comme personne et apporte une valeur ajoutée absolument remarquable, toujours aussi jouissive.

Vient au bout de quelques écoutes l’heure du juge de paix, à savoir la capacité à jauger de la qualité des compos et en particulier de leur « tenue dans le temps » (on continue à écouter en mode repeat ou bien ?). Là-dessus, le terrain est un peu inégal avec quelques titres plus basiques que d’autres. C’est le cas du morceau titre, ce « Jake Leg Boogie » qui constitue un blues tout à fait basique, propice aux jams entre potes mais qui n’apporte pas grand-chose à la machine au final (et en particulier des vocaux pas très aboutis), ainsi que « Magic Man » ou « Cryin’ Shame » qui lui emboîtent le pas, tous deux titres très corrects dans l’ensemble mais dotés de refrains aux limites de l’indigence. Clairement pas l’entame flamboyante qu’on aurait espéré. Mais la patience est payante, car le reste de la galette est juste sans accro. A commencer par ce très intéressant « Ropes and Chains » très électrique et un peu acoustique. La suite est du FHJ basique, avec ses passages orgasmiques (l’irrésistible « Smoke Show », un sans-faute chargé en harmonica et en multiples soli de grattes), mais aussi avec ses frénésies et ses baisses de régime suaves et torrides (ce « Daddy Was a Gun » qui se traîne de manière lancinante avec une rythmique bien calée au fond du temps…).

Jake Leg Boogie est un bon album de FHJ. Pas leur meilleur, peut-être, mais contenant certaines de leurs meilleures compos pour autant, mûres et efficaces. Dit autrement, Jake Leg Boogie est l’album que l’on attendait… il y a trois ans de cela ! Quel tas de branleurs quand même… Sa qualité est-elle suffisante pour nous faire patienter encore cinq ans ? Non, clairement pas, il nous faudra notre dose avant. Si le groupe lit ces lignes, qu’il en prenne acte et se remette au boulot fissa !

Note de Desert-Rock
   (7/10)

Note des visiteurs
   (8/10 - 1 vote)

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