John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues


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Pour le groupil que je suis des légendaires Kyuss, chacune des sorties des différents protagonistes du mythe du siècle passé provoque une excitation plus que certaine. Malgré la foule de détracteurs et de langues-de-putes en tous genres qui ont craché à l’avance sur cette sortie – et qui n’ont pas nécessairement toujours tort soyons honnête pour une fois – le démon s’est emparé de moi à l’annonce de la release date de cette chose et c’est dans le plus simple appareil que je me suis frotté contre le crépis de la cage d’escalier.

Remis de mes multiples stigmates sur l’épiderme, le moment vint de se pencher avec un poil de sérieux tout-de-même sur « The Coyote Who Spoke In Tongues » en se débarrassant des prismes Kyuss, Slo Burn, Unida et Hermano voire même de l’apparition du quidam dans un premier exercice version feu de camp avec J.M.J. sur une vague compile que les anciens connaissent très bien. Il faut dire que le premier exercice de John Garcia en solitaire m’avait au final bien botté le popotin et que j’avais été emballé par la plus récente tournée acoustique en binôme de la voix de Kyuss.

Cette tournée intimiste marque le point de départ de la plaque dont je vous cause aujourd’hui. Celle-ci se déploie de manière similaire en ce qui concerne le choix des titres même si les protagonistes sont passés de deux à quatre s’éloignant de fait de la simplicité remarquable – et remarquée – de la version scénique de cette chose. On reprend donc ici encore plusieurs standards du mythe Kyuss à la sauce mariachi pour constituer la couche de fond avec un résultat final plutôt hétérogène. « Gardenia » qui se déploie de manière très intimiste avec des vocaux susurrés par Monsieur Garcia est plutôt bien réussi en étant réduit de moitié en ce qui concerne sa durée et en allant se terminer dans des marécages plutôt bluegrass. Ce dernier titre réarrangé n’ayant, au final, plus grand chose de commun avec la version figurant sur « Welcome To Sky Valley ». « Space Cadet », tiré de la même plaque me convainc nettement moins en ce qui concerne sa relecture par ailleurs dans la même veine que celle de la tournée acoustique ; l’ennui me gagnant tant le titre tire en longueur.

Pour rester dans les terres de légendes, « Green Machine » de l’incroyable « Blues For The Red Sun » figure aussi au sommaire de cette production. Fort lancinant et empreint de sonorités slide, la perle de Kyuss – envoyée vite fait – subit un arrangement orchestral pour son refrain que les producteurs auraient dû refreiner un poil car le style musique de film fait perdre de la substance à ce titre pourtant déployé de manière fort intéressante. La dernière ogive c’est « El Rodeo » le titre génial de « …And the Circus Leaves Town » qui, même en subissant 10’000 outrages en ce qui concerne sa déclinaison, demeurerait une source de satisfaction pour ma pomme (qui n’est pas si objective que ça quand on se situe dans la galaxie des pères fondateurs du mouvement je le concède). Tant mieux pour moi, la recette appliquée à ce chef d’œuvre de la musique lui sied plutôt bien : la tessiture du vocaliste prend tout le champ pour s’exprimer comme sur l’original, le rythme originel est respecté et mes poils se dressent tel un zizi dopé au miracle de la pilule bleue !

Ces quatre réinterprétations côtoient des compositions plus personnelles du Californien grand amateur du Rat Pack. L’auditeur a droit à des digressions autour de thèmes déjà effleurés voire à des vraies nouveautés neuves. Celles-ci, soyons honnête (car parfois il faut bien l’être), ne sont pas homogènes en ce qui concerne leur inspiration. On tombe parfois bien et parfois plus maladroitement dans le sillon. Si « Kylie » – qui sert de support à la première vidéo de grand classe issue de cette plaque – est une belle réussite qui ravive en moi la flamme allumée jadis par des formations comme Orquesta del Desierto avec son attaque trépidante à la guitare en bois il n’en va clairement pas de même pour certaines plages qui me font plus penser à des grains de sables dans la mécanique bien huilée qu’au désert californien où tout est né. Des noms à jeter en pâture à la foule qui tirera à boulets rouges sur cette ogive : « Give Me 250 ML » ou trois minutes inutiles sur un disque pourtant utile. Ce morceau chanté se casse un peu la gueule et l’instrumental « Court Order », pourtant pas mauvais, ne saura pas rabibocher le fan de Kyuss qui sommeille pourtant en vous, car assez éloigné de ce que nous pourrions attendre d’une production portant la signature d’une légende de la scène. Nous sommes à des années lumières du son du désert et les musiciens tapent là dans un registre qui frôle l’exercice de style pour une audition ; s’ils se sont fait plaisir, ils peineront à convaincre l’auditeur auquel cette galette semble tout de même finalement être adressée.

Alors on fait quoi mon p’tit père me direz-vous ; on achète ou pas ? Je pense en toute objectivité que les newbies qui fréquentent notre monde depuis une toute petite poignée d’années fonceront quel que soit mon avis sur la chose (la jeunesse incontrôlable a du bon). Je suis persuadé que les intoxiqués depuis les débuts fonceront sur la chose uniquement à cause de la connexion directe de cette production avec Kyuss quitte à ne jamais l’écouter plus d’une fois ; ce disque allant sans doute rejoindre les reliques Man’s Ruin de leurs collections. Le ventre mou, et ses ventres bombés par le malte ainsi que le houblon, ferait bien de se poser très sérieusement la question de l’intérêt de la présence d’une pareille plaque dans leur collection sous un autre angle que celui généralisé par une certaine police du bon goût qui se plaît à jeter régulièrement l’opprobre sur les approches novatrices avec leur sempiternelle rengaine du « c’était mieux avant ». Le monde change… et des pièces du calibre de « The Hollingsworth Session » ça ne se trouve pas par hasard sous les sabots d’un cheval de labour. Ce titre transpose admirablement bien sur disque l’ambiance qui régnait durant la tournée acoustique de John Garcia et c’est pour des raisons de ce type qu’il faut procéder à l’acquisition de « The Coyote Who Spoke In Tongues » et clairement pas pour retrouver la dynamique live de Unida. Un achat conseillé pour les amateurs d’onanisme qui seront transportés dans leur salon comme ils le furent durant les sets live du duo.

Point vinyle :

La structure germanophone est très forte pour décliner ses productions en diverses couleurs et cette sortie bénéficie donc de plusieurs tirages en plastique. D’abords avec une version standard, puis avec un splatter bleu et blanc limité à 500 exemplaires qui a une gueule plutôt aguichage puis finalement en violet solide pressé 200 fois. Un bon choix pour les nombreux aficionados de la galaxie Kyuss qui pourront ainsi griller quelques billets pour rallonger de quelques centimètres leurs collections.

 

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