DESERTFEST London (Sleep, Candlemass, Bongzilla, Slo Burn, Lowrider, Glowsun, …) – 28-29-30/04/2017

 

C’est devenu maintenant un rendez-vous bien établi : le dernier week-end d’avril consacre le stoner en Europe à l’occasion du Desertfest (en mode combo avec Berlin et Londres). Malgré le Brexit, nous voilà donc en ce vendredi 28 avril dans la capitale anglaise pour 3 jours de son.

 

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Jour 1

 

GRAVE LINES

Le temps de récupérer le bracelet sésame qu’il est déjà 14 heures, l’heure pour GRAVE LINES d’éclabousser les murs de l’Underworld avec leur sludge bien gras. Aucun autre groupe ne jouant au même instant, la foule est dense et compacte dans la cave anglaise. Le combo en profite pour dérouler un set d’une excellente qualité, mené par un frontman dépenaillé et en parfaite osmose avec le message misanthrope porté par la musique de son groupe. Ça commence fort.

 

BLOWN OUT

Le retardataires n’ayant pu se frayer un chemin jusqu’à la scène de l’Underworld se sont logiquement rabattus vers le Black Heart pour le set de BLOWN OUT qui débute à 14H45. Difficile donc en venant de l’Underworld de pénétrer dans cette minuscule salle pour le set des Anglais. Nous y arrivons pourtant et profitons pleinement de l’ambiance « planante » dégagée par la musique du groupe. Le public ne s’y trompe pas et restera dense jusqu’à la fin. Une bonne bouffée d’oxygène.

 

THE WELL

C’est ensuite l’heure des premiers « choix » qui arrive et nous retraversons la rue qui sépare les deux salles pour choper THE WELL à l’Underworld. Le groupe y déroule ses sonorités Sabbathiennes et le public se dénuque gentiment. Malheureusement pour les texans, le parterre est plus clairsemé qu’en tout début d’après-midi. Un set propre et bien en place, mené par une bassiste plutôt sympathique ce qui ne gâche rien au plaisir.

 

PONTIAK

Nous partons un peu avant la fin du set pour traverser une autre rue en direction de l’Electric Ballroom et voir Pontiak démarrer cette journée sur la scène principale. Les trois barbus n’attirent pas les foules et balanceront leur stoner « folk » devant un parterre assez clairsemé. Camden veut du gras qui tâche.

 

BLIND RIVER

Retour à l’Underworld pour une première claque surprise. DEATH ALLEY ayant annulé, ce sont les britanniques de BLIND RIVER qui ont hérité du créneau. Le quintette anglais n’ayant rien à perdre et tout  à gagner, il met le feu à la salle dans une ambiance redneck bon enfant. Le bassiste, pieds nus, se secoue dans tous les sens cachant ainsi son visage derrière sa longue crinière pendant que ses deux compères guitaristes la jouent façon duel, se positionnant régulièrement face à face. Quant au chanteur, dans le plus pur style british, il harangue l’auditoire entre les morceaux. Le set est solide, les musiciens sont juste heureux d’être là et le public est à genoux.

 

1000 Mods

C’est l’heure ensuite de 1000 MODS, la sensation grecque du moment de prendre d’assaut la scène d’un Electric Ballroom bien rempli et complètement acquis à la cause du groupe. Aidés par cette interaction avec un public qui réagit à l’entame des premiers accords de chaque morceau, le groupe place la barre haut en crachant une dose élevée de fuzz à travers les amplis, prélude à une soirée du même acabit. Les cacti poussent également dans la patrie d’Ulysse.

 

VODUN

Le jeu de ping-pong avec l’Underworld continue et nous partons voir VODUN. Ambiance tribale sur scène avec du tissu bariolé sur les amplis, un guitariste en costume moulant et maquillé pour le carnaval, une amazone peinturlurée et peu vêtue derrière les fûts, et une imposante prêtresse black, toute poitrine et voix fluette en avant. Tandis que le guitariste parsème la musique du groupe d’interludes de « douceur », il est rappelé à l’ordre par la rugosité des frappes de la batteuse qui canalise à elle seule toute la fureur de VODUN.  Le contraste visuel/musical est détonnant et ne peut laisser indifférent. Une chose est sûre, VODUN est un OVNI dans la scène stoner actuelle.

 

GLOWSUN

Au tour maintenant de GLOWSUN, nos amis frenchies, de monter sur la scène de l’EB pour remplacer au pied levé STONED JESUS. Le groupe à pris du l’ampleur et va mettre tout le monde d’accord.  Devant une salle quasi pleine, les lillois vont axer leur set sur le dernier opus, faisant bouger les têtes et créant une mini fosse devant la scène. « The Last Watchmaker’s Grave », entre autres, aura permis ce soir au trio de se faire de nouveaux adeptes à Camden.

 

STEAK

De nouveaux adeptes à Camden, STEAK n’en a nul besoin. Les anglais jouent à domicile dans un Underworld plein à craquer et vont rôder leur nouvel opus, No God To Save, devant un public tout acquis à sa cause. Un set propre et solide, une grosse ration de fuzz servie par un son remarquable. Du STEAK en résumé.

 

LOWRIDER

C’est maintenant au tour des légendes suédoises de LOWRIDER de faire leur apparition sur la scène de l’EB, comme 5 ans auparavant lorsqu’ils nous avaient promis un nouvel album. Histoire de nous faire avaler la pilule, les TOOL du stoner jouent la carte de l’humour en parlant des 17 années d’écriture bientôt terminées pour le successeur  du culte Ode To Io. Et nous balancent quelques nouveaux morceaux qui laissent présager le meilleur, comme si le seul album du groupe n’était sorti il n’y a qu’un an à peine. Bref, le public headbangue, slamme, et reprend en chœur les missiles envoyés par les 4 suédois. Emportés par cet élan, les LOWRIDER ne voient pas le temps passer et se feront couper la chique juste avant leur dernier titre : faudrait pas non plus déborder sur l’horaire, d’autant que les nordiques sont connus pour leur amour du retard !

 

SLO BURN

Après le set des suédois, et au vu du nombre de personnes présentes à l’EB, nous préférons la jouer prudent et faire l’impasse sur THE PICTUREBOOKS afin d’avoir une place de premier choix pour les légendaires SLO BURN. Cela fait maintenant 20 ans que le groupe s’est fendu de son unique EP quatre titres, et voilà enfin une chance de les voir live. Le SLO BURN original et originel fait donc son apparition et va dérouler son répertoire 1H15 durant. Damon Garrison déchire à la basse tandis que Garcia, manifestement en forme au niveau vocal, va hypnotiser l’auditoire. Seul bémol à l’affaire, une gente demoiselle est obligée de venir sur scène entre chaque titre pour scotcher les paroles du titre suivant devant le chanteur (ce dernier aura beau nous dire que le groupe est là spécifiquement pour nous, on ne peut s’empêcher de penser qu’il se fout de notre gueule et qu’il aurait pu réviser un peu, d’autant que le date est annoncée depuis plus de 2 mois). Cela n’enlève rien à la qualité du set et à la réaction monstrueuse du public sur « Cactus Jumper », « July » ou « Pilot The Dune », morceau qui vient clôturer cette première journée 2017 de la plus magistrale des façons.

 

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Jour 2

 

SONIC GYPSY

Beaucoup de monde afflue à l’Underworld pour les vétérans de SONIC GYPSY, bande de copains qui profite pleinement d’être le seul groupe jouant à cette heure indue. Au programme, une grosse demi-heure de rock’n’roll, blues, bottleneck et harmonica, avec une touche de ROLLING STONES. Juste ce qu’il faut pour un réveil en douceur après la journée précédente.

 

MONOLITHIAN

Malheureusement, entre temps, le Black Heart s’est rempli et il est quasi impossible de pénétrer dans la minuscule grotte pour le set de SAMAVAYO. Nous ne profiterons que de deux morceaux, coincés dans l’escalier avant de repartir pour nous planter devant MONOLITHIAN, duo basse/basse batterie pour lequel la parité homme/femme ne sert pas à apporter douceur et finesse à la musique. C’est lourd, gras et… monolithique. Et ça tranche furieusement avec l’ambiance gypsy d’il y a à peine une heure.

 

BRULE

Passage rapide à l’EB pour checker des GROUNDHOGS qui ne vont pas nous convaincre et retour rapide au Black Heart pour BRULE qui démarre son set devant une salle à moitié remplie. Le son est gros, et le chanteur en forme. Les londoniens balancent leur heavy doom avant-gardiste devant un public visiblement ravi d’être là. Une prestation solide.

 

BRUME

A une rue de là, et à une lettre de différence, BRUME prend possession d’un Underworld rempli à ras bord. L’ambiance scénique dégagée par le groupe conquit l’auditoire et fonctionne à merveille avec leur musique lourde et lente qui prend un volume particulier avec ce chant féminin façon prêtresse. Mais pas le temps d’apprécier plus longtemps car la légende du jour arrive bientôt.

 

AVON

Direction l’EB où AVON, le nouveau combo d’Alfredo Hernandez démarre son set. Légende oblige, Alfredo a le droit de jouer avec sa propre batterie, frappée du logo Duvel, casque vissé sur les oreilles (sur une casquette Duvel… merci Fabrice). Pro jusqu’au bout des doigts, le groupe va enquiller les titres catchy, allant même jusqu’à reprendre « Nova », le titre des Desert Sessions qui leur a valu leur patronyme, devant un EB qui n’en demandait pas temps et réagit au quart de tour. Un set jouissif et toujours un régal pour les yeux de voir l’ex-KYUSS malmener ses fûts.

 

CELESTE

L’Underworld accueille ensuite CELESTE. Grâce à son gimmick scénique, le groupe va plonger l’Underworld dans une atmosphère incroyablement apocalyptique. Toutes lumières éteintes, hormis les stroboscopes et les frontales rouges qui parent chacun d’eux, les quatre lyonnais vont dérouler leur sludge/post-hardcore et créer la sensation devant un parterre totalement hypnotisé par la furie sonore du combo. Une grosse claque.

 

BLACK SPIDERS

Hypnotisé, le public de l’EB le sera aussi par le rock’n’roll bon enfant et sans prise de tête des BLACK SPIDERS qui vont électriser une salle bien remplie. Ça plaisante sur scène, et ça enquille les riffs sans sourciller devant une fosse en feu. Difficile pour ceux qui ne connaissaient pas les BLACK SPIDERS de ne pas rester pris au piège dans la toile tissée par leur rock sans concession. Une deuxième grosse claque.

 

MAMMOTH WEED WIZARD BASTARDS

Fort de l’expérience de début d’après-midi, choix est fait de faire l’impasse sur INTER ARMA pour tracer directement au Black Heart. Profitant de l’entre deux sets, nous nous positionnons devant la scène et profiterons du set de MAMMOTH WEED WIZARD BASTARDS. Forts du constat qu’un groupe possédant un de ces 4 mots dans son nom ne pouvait être foncièrement mauvais, les anglais ont claqué les 4 histoire que l’on comprenne le sérieux de la chose. Le Cœur Noir de Londres entre en transe dès les premiers accords et la température n’aura de cesse de monter dans la salle. Après deux grosses claques, voilà une bonne grosse bûche.

 

SCISSORFIGHT

Direction ensuite l’Underworld pour un SCISSORFIGHT qui va impressionner, aidé en cela par une fosse exclusivement composée de fans. Nos revenants américains enflamment la foule, portés par un Doug Aubin qui sait tenir une scène et profiter de l’ambiance pour asseoir la suprématie de son groupe. Le bonhomme est juste brutal, parfaitement en phase avec la férocité de la musique de ses comparses. Et le public de reprendre en chœur, dans le micro qui leur est tendu par Doug,  les hymnes que sont « Tits Up » ou encore « Blizzards, Buzzards, Bastards ». Grandiose.

 

BONGZILLA

Vous l’aurez sans doute compris, point de JOHN GARCIA BAND pour nous aujourd’hui. Et point de TURBONEGRO également. Direction au bar de l’Underworld pour commander une Trooper (bien dégueulasse au passage) et revenir pile devant la scène avant l’arrivée de BONGZILLA. Quand les chantres du chanvre arrivent enfin, la salle est pleine à craquer (on doit certainement refuser du monde à l’entrée) et malheureusement privée du droit de… fumer des cigarettes qui font rire. Muleboy, particulièrement défoncé, promet donc au public de faire une pause clope pendant le set, histoire de se détendre un peu, avant de revenir dans l’Underworld. Il n’en sera rien. Makela et Cooter, vraisemblablement bien défoncés (surtout Makela) se rabattront sur la bière (surtout Cooter) pour assurer un set qui s’apparente plus à une répétition en public qu’à un véritable concert. Ambiance bizarre donc entre des moments où rien ne semble se passer et de furieuses transes soniques et sonores. C’est Magma derrière les fûts qui tient la baraque et évite le désastre de fort belle manière, impulsant le rythme en plantant ses yeux dans ceux de ses deux acolytes. Makela branle du manche et frise même la chute lorsqu’il tente d’escalader la rambarde pour aller larsener l’ampli qui se trouve derrière. N’empêche que même complètement stoned, le gus est transcendé dès qu’il se met en mode « bûche ». Quand ça joue, BONGZILLA est juste incroyable, et s’apparente à une dangereuse machine de guerre.

 

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Jour 3

 

WIZARD FIGHT

Point de BONGZILLA pour nous aujourd’hui, l’éloignement de la Roundhouse avec les autres spots nous aurait fait sacrifier plus d’un set. Nous restons donc autour de la station de métro Camden Town pour un démarrage de journée brutal. C’est en effet WIZARD FIGHT qui débute, et débite, au Black Heart envoyant son doom/sludge en pleine tronche de tous les lève-tôt présents en ce dimanche.

 

HARK

A peine le temps de respirer que HARK va écrabouiller l’Underworld avec son rock teinté de sludge. Le trio gallois, devenu il y a peu quatuor, est plutôt mal placé dans le running order mais profite de la renommée qu’il a déjà pu acquérir pour détourner des festivaliers du deuxième set de BONGZILLA. Puissant à souhait et unique en son genre, HARK s’insinue inexorablement dans les têtes, dévissant une tapée de nuques au passage.

 

ELEPHANT TREE

Beaucoup de festivaliers ayant fait l’impasse comme nous sur la Roundhouse, nous préférons zapper BOSS KELOID et rester à l’Underworld afin de nous assurer une place de choix pour ELEPHANT TREE. Bonne pioche puisque nous serons devant la scène pour le set des londoniens tandis que l’Underworld déborde sur les trottoirs. Quand le trio attaque, le public (ainsi que des mecs de STEAK présents en bordure de scène) est prêt à recevoir sa première gifle de la journée. Ponctuée par une version ralentie et alourdie de « Paranoid » (tout un symbole), la prestation s’apparente plutôt à un Uppercut avec un « U » majuscule, comme celui que s’est mangée Vladimir Klitschko la veille dans cette même ville. ELEPHANT TREE : les Anthony Joshua du Desertfest.

 

MAMMOTH STORM

Après tant de classe, et un déphasage après 3 jours de festival, une pause déjeuner s’impose. Nous revoilà fin prêt pour MAMMOTH STORM. Les vikings font honneur à leur patronyme et assomment le public du Black Heart avec un déluge de décibels et un doom sans concession. Les murs du Cœur Noir vont encore trembler et suinter le sludge pendant plusieurs semaines.

 

PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS

Direction l’Underworld, attisés par la curiosité PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS. Avec un set à la fois sonore et visuel, les anglais ne laissent pas indifférents. Portée par des riffs lourdement accrocheurs, la musique du groupe fleure bon BLACK SABBATH, à tel point qu’on s’attend presque à voir le père Ozzy débouler sur scène. Il n’en est rien : le chanteur, vêtu d’un simple short de boxe, beugle, hurle, rampe, et vit son concert. Il  martyrise également son pauvre clavier qui n’en demandait pas tant. Tandis que ses acolytes tiennent la baraque à coup de riffs incisifs et de rythmiques de plomb, Matt  focalise donc toute l’attention pour une prestation visuelle proche de l’orgie cradingue et répugnante. Nos sept cochons portent ainsi plutôt bien leur nom.

 

CANDLEMASS

Fin de journée approchant oblige, nous prenons enfin la direction de la Roundhouse et arrivons juste à temps pour le début du set de CANDLEMASS. Premier constat : l’acoustique de l’endroit est impressionnante. Deuxième constat : les vétérans doomsters scandinaves sont en forme. Le show est bien rôdé et fait la part belle aux brûlots des eighties que sont « Nightfall » et « Ancient Dreams ». Quand résonne « A Cry From The Crypt », le mot épique prend tout son sens. La Roundhouse a déjà un genou à terre.

 

SLEEP

Déboule enfin SLEEP. La scène est on ne peut plus minimaliste, la batterie étant littéralement coincée entre deux murs d’enceintes devant lesquels Cisneros et Pike viennent se planter. Beer belly en avant, dieu Pike décoche son premier riff. Et la terre s’arrête de tourner, le temps de s’écouler, et la Roundhouse se transforme en un volcan sur le point de se réveiller. Le trio groove comme jamais et fait trembler une capitale anglaise qui sent poindre l’apocalypse. Et lorsque retentit l’intro de « Dragonaut », l’éruption tant attendue se produit. Les riffs de Pike se répandent comme de la lave en fusion et détruisent toute trace d’humanité sur leur passage. Un SLEEP prophétique donc qui viendra ponctuer son set par l’outro de « Dopesmoker ». Ne reste plus au trio qu’à contempler la fumée qui s’élève des cendres de la Roundhouse, et planter guitare et basse devant les amplis pour un dernier larsen salvateur.

 

Photos :

  • Jessica Lotti (Avon, Scissorfight, Candlemass)
  • Falk-Hagen Bernshausen (les autres)

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