EARTHLESS + COMET CONTROL – 07/04/2018 – Paris (Petit Bain)

Même pas un mois après la sortie de leur nouvel album, Black Heaven, le trio américain d’Earthless vient faire une petite tournée en Europe pour le présenter. Une date parisienne est dans la liste, c’est une aubaine qu’il faut saisir sans hésiter. Le public ne s’y trompe pas et même si le sold out est annoncé tardivement, c’est bien un Petit Bain rempli à ras bord qui accueille le groupe ce soir.
C’est une bonne nouvelle car mine de rien, remplir une salle d’une capacité annoncée de 450 personnes pour un groupe tel qu’Earthless, c’est la preuve que la France peut et sait accueillir dignement des groupes proposant une musique pas forcément mainstream. Un Trabendo lors de la prochaine tournée ? Pourquoi pas !

Le groupe est accompagné durant toute la tournée du quatuor canadien de Comet Control qui officie dans un style rock psyché qui n’hésite pas à saturer les guitares et à frapper dur sur les fûts. Un très bon choix qui me semble totalement cohérent et qui s’avère payant.
Malgré un son pas toujours au top et mal équilibré (on en reparlera), le groupe nous livre une très bonne prestation qui aura eu le mérite de captiver une bonne partie de l’audience et de leurs permettre gagner quelques fans (comme moi), tout en permettant à celles et ceux qui ont moins accroché à leur musique de ne pas s’ennuyer pour autant.
Les deux guitaristes (déjà membres de Quest for Fire avant l’arrêt du groupe) sont en parfaite osmose et sont la charnière centrale du groupe. Chad Ross avec son jeu clean, s’aventure parfois dans la saturation et les effets alors que Andrew Moszynski propose l’inverse. Un duo parfaitement complémentaire et vraiment très intéressant. Jay Anderson à la batterie délivre lui aussi une prestation solide et sans faille tandis que Nicole Howell bien que plus discrète derrière sa basse n’est pas en reste avec un son qui apporte une touche bien groovy et délicate pour agrémenter le son noisy de ses camarades. Une excellente alchimie qui ne convaincra pas tout le monde mais aura su intéresser et même convaincre une bonne partie du public, c’est là tout l’intérêt d’une première partie. Comet Control sera de retour en Europe d’ici à la fin de l’année avec un nouvel album, certains surveilleront cela avec attention, sans aucun doute.

Comet Control

Comet Control

 

Après une petite pause bien méritée pour tout le monde, Earthless investit les lieux et résumons en quelques mots, nous livre une prestation absolument admirable de bout en bout. Impressionnant, tout bonnement impressionnant de voir la maitrise dont fait preuve Isaiah Mitchell.
Le groupe entame son set avec une version copieusement allongée de Uluru Rock extrait de From the Ages. Soyons clair, dès les premières notes mes impressions sont au-delà de mes espérances en sachant que j’espérais me prendre la claque de l’année. Je ne m’explique pas comment un guitariste peut à ce point captiver, à ce point hypnotiser le public au point de capter toute l’attention sur lui. Quasi impossible de le quitter des yeux tant son jeu est impressionnant et il me faudra par moment faire un effort de concentration dingue pour porter mon regard vers ses deux complices et me rendre compte que leurs jeux sont tout aussi denses et magnifiques.
Ne nous cachons pas l’évidence, Earthless c’est avant tout une guitare. Mais prenez le temps d’écouter leurs titres en vous concentrant sur la basse ou sur la batterie et vous verrez à quel point ce groupe est d’une richesse inouïe. Et c’est ce que j’ai fait (avec difficulté par moment) pendant ce concert. Mario Rubalcaba derrière sa batterie est dans la plus pure tradition des batteurs qui abatte un boulot monstrueux derrière le « guitar hero » alors qu’il pourrait dans un autre groupe capter tous les regards. Mike Eginton est finalement lui aussi dans la tradition des bassistes hyper discrets mais qui ne s’économisent pas et dont la prestation est exemplaire. Son bras gauche fait des aller-retours sur le manche sans arrêt pour donner à Earthless cette dose de chaleur au combien généreuse. Bref, Earthless c’est trois mecs immensément talentueux qui maitrisent leur instrument et délivrent une prestation riche et variée.
Mais revenons à Isaiah Mitchell… forcément.
Je ne sais pas combien de fois j’ai pu écouter les albums du groupe. Le dernier, sorti quelques semaines avant, je le connais déjà par cœur. Et je ne vais pas vous cacher que Earthless est pour moi l’un des meilleurs groupes en activité. J’ai déjà été bluffé par bon nombre de guitaristes mais lui il a ce truc en plus, cette petite chose qui vous titille un recoin inconnu du cerveau et vous transporte ailleurs. Et ce mec, quand vous le voyez jouer pour de vrai, devant vous, à même pas deux mètres, il vous repousse encore plus loin les frontières de ce que vous pensiez possible de faire avec six cordes.
La maîtrise dont il fait preuve est tout bonnement incroyable. Non seulement il a de très bonnes idées de composition mais en plus il a le talent de ses idées. Il vous hypnotise avec un riff répété à l’excès et vous cueille tout mûr avec un changement de rythme d’une efficacité redoutable. Là où certains nous écœureraient avec des effets en veux-tu en voilà, il nous en remet une couche qui nous tire un sourire béat d’admiration. Impressionnant, terme que je répète moi aussi à l’excès mais qui traduit si bien ce que j’ai ressenti à l’issue de ce concert.
Ajouté à cela un public chaud comme jamais (oui on peut slammer sur Earthless) et des nouveaux titres qui décuplent leurs qualités en prestation scénique et vous avez tout pour la soirée parfaite.
Tout ? Vraiment ? Oui mais… Car il y a un mais.
Là où j’étais placé j’avais un son très bon, bien équilibré entre les trois instruments, parfaitement audible et qui rendez pleinement justice au groupe. Mais la configuration de la salle fait que le son souffre d’un manque d’homogénéité suivant l’endroit où vous êtes pouvant même s’avérer assez décevant. Et là je me dis que certains qui auraient pu (du) trouver ce show exceptionnel l’on juste trouvé formidable à cause d’un son parfois pénible. Quel dommage car il est évident que c’est le genre de concert qui dans des conditions idéales, ferait l’unanimité.
Le Petit Bain est une salle (bateau reconverti) très agréable et très belle mais qui souffre du fait qu’elle n’a pas été à la base conçue pour cela. Il faut donc trouver les bons endroits (une bonne partie de la salle quand même) pour profiter pleinement du concert.
Moi j’avais une très bonne place et je peux vous dire qu’à ce titre j’ai assisté à un concert mémorable.

En espérant revoir le trio très bientôt pour une nouvelle tournée européenne, en particulier si on considère qu’avec Munich, la date parisienne était celle la plus au sud de l’Europe!
Earthless, revenez, revenez vite, souvent, très souvent.

 

(merci Kongfuzi)

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