HELLFEST 2013 – Jour 1, Sleep, Black Pyramid, Neurosis, Black Cobra…, 21 juin 2013, Clisson, France

Je ne préfère pas m’attarder sur le fait que j’ai raté le set de 7 Weeks. Coller l’unique groupe français vaguement assimilé stoner sur le premier créneau horaire de tout le festival, reconnu sinistré par avance (arrivée des festivaliers, parkings, bracelets, campings, etc…) n’a pas été selon moi faire un grand honneur à la bouillonnante scène musicale française. Conséquence directe : je ne connais même personne qui ait pu les voir… Passons.


Du coup, le premier groupe intéressant de ma première journée aura été BISON B.C.. Les potes de Black Cobra ont été les bénéficiaires collatéraux de l’annulation sournoise de High On Fire, et se retrouvent ajoutés en catimini à l’affiche. Ben on va pas s’en plaindre ! Parce que ce qu’on a sous les yeux (et dans les cages à miel) est bien sympathique ! Les quatre gaillards prennent la scène en lançant une longue intro instrumentale, avant que les deux gratteux Dan et James ne nous fassent goûter l’un et l’autre de leurs suaves vocalises, plus proches d’un porc égorgé que de Chantal Goya. Fort regrettable, le groupe ne s’est quasiment jamais présenté au public ! Alors que la plupart des festivaliers se baladaient avec un running order où ils ne figuraient pas encore, ils auraient gagné à faire connaître leur nom ! Néanmoins, Bison cartonne bien, et la scène initialement à deux tiers pleine gagne quelques spectateurs en cours de route (les esprits chagrins mettront ça sur le dos d’une violente averse qui aura incité les personnes aux alentours à se réfugier sous l’accueillante tente…). Pour ma part je mettrai ça au profit de l’énergie du combo, qui balance ses morceaux bien heavy en pleine face d’un public agréablement surpris. Bon set, qui se termine par un cassage de basse en règle par Masa Anzai, qui offre les restes de son instrument à un public qui n’en demandait pas tant. Bien bien.

Je passe par la tente plus « extrême » (Altar / Temple) pour aller jeter un œil aux doomeux HOODED MENACE. Noyés par un épais nuage de fumée, les zicos ultra statiques jouent baignés d’une lumière rouge et blanche, occasionnellement animés d’un déplacement musculaire (un spasme ?). Leur doom ultra lent porté par les vocaux death gutturaux de Lasse me laisse finalement assez froid. Assez ridiculement affublés des capuches de leurs… sweat-capuches (« hooded »… quelle honte…), les finlandais m’en touchent une sans bouger l’autre et je quitte la tente au bout de trois morceaux.


BLACK COBRA prend la suite sous la tente « Valley », et pour rien au monde on ne raterait les nord californiens, toujours de bons clients. Scéniquement toutefois, le duo n’a jamais cassé trois pattes à un canard unijambiste. Faut dire qu’assurer un set avec juste deux instruments ne permet pas vraiment de faire ce qu’on veut sur scène, mais le groupe devrait quand même faire un effort pour communiquer un peu plus avec le public. Factuellement, on se retrouve comme d’hab avec un Jason Landrian planté derrière son micro, toujours invisible derrière son mètre-cube de cheveux, et un Rafa Martinez perché sur son kit de batterie surélevé, invisible du public, caché derrière des masses de toms et de cymbales. Un peu chiant, il est vrai… Cela n’empêche pas Landrian de cracher ses vocaux avec sa voix bien caractéristique d’écorché vif, même si la musique du duo est finalement largement instrumentale. La tente est bien remplie, signe que la réputation du combo, qui arpente l’Europe ces dernières semaines, commence à prendre. Les bonhommes déroulent leur set de gros sludge métallisé sur le créneau qui leur est imparti, et bouffent même cinq minutes de l’horloge en terminant par une petite furie de morceau qui achève le public toujours présent. Si le groupe à l’avenir parvient à plus communiquer une part de son énergie via son attitude scénique, il pourra gravir une marche importante derrière laquelle il stagne quand même depuis quelques années. Bon set néanmoins.


Rien de très excitant sur les autres scènes, on reste donc sous la Valley pour se préparer au set de BLACK BREATH, que l’on m’avait vendu comme une belle brochette de bourrins. Marchandise bien décrite en effet. Déjà en voyant les bonhommes monter sur scène, on se dit qu’ils ne sont pas là pour un défilé de mode : un chevelu maigrichon avec son tee-shirt débardeur moulant, un chanteur en survet-pyjama, un bassiste doté d’une tignasse rousse que l’on croirait animée d’une vie propre… On va se concentrer sur la zique, OK ? C’est bourrin, en effet, c’est très speed (ce qui nous change un peu de ce début de journée) et c’est en fait pas très excitant. Un peu déçu, je ne tiens que la moitié du set, et en profite pour aller voir ce qui se passe sur les autres scènes, notamment Deez Nuts, groupe de hard core dont on m’avait vanté l’originalité, et qui débite pourtant un classique NYxHC légèrement rappé. Bof.


On reviendra sous la Valley un moment plus tard pour PALLBEARER, un groupe plus connu en nos contrées musicales, sans pour autant être encore une valeur sûre : en effet, le groupe est encore jeune, et les américains n’ont pas effectué des tonnes de tournées en nos contrées. Mais pour l’heure, on ne boude pas notre plaisir : la musique du quatuor est sympa, une sorte de stoner assez heavy tendace doom, plutôt traditionnel. Malheureusement, le quatuor représente un profil moins excitant pour le visiteur lambda, et la tente est à moitié pleine seulement. De même, les présents apprécient, mais ne font pas non plus montre d’une frénésie remarquable : ça headbangue gentiment au son des riffs pachydermiques, mais pas plus. On n’attendait pas autre chose de ce groupe signé chez Profound Lore, un label qui accueille quelques références du doom traditionnel « à l’américaine » dont Pallbearer se revendique. Un bon concert au final, auquel une pointe d’excitation aurait rendu service.


Toujours d’affilée sous la Valley, les américains de BLACK PYRAMID sont officiellement là pour clôturer le trio des « black de la Valley » (Black Cobra, Black Breath et…). Le groupe ne s’emballe pas outre mesure de cet honneur et ils dégainent assez vite quelques cartouches qui capteront un public rapidement conquis (bon remplissage de la tente), qui ne cache pas son plaisir. Le trio évolue dans un stoner classique fortement teinté de doom, aux racines blues très présentes. Les titres sont variés, on ne s’ennuie pas, et les bonhommes savent jouer, même si ce ne sont pas des ressorts sur pattes en terme de jeu scénique… On a aussi l’occasion de voir Darryl Shepard (Milligram, Hackman…) sur scène, le bonhomme ayant intégré le groupe en tant que chanteur / gratteux l’an dernier, en remplacement de Andy Beresky. Ben ça le fait ! Le gars assure bien, ses soli impeccablement crasseux et ses vocaux légèrement dégueulasses (mais finalement bien maîtrisés) apportant tout le relief nécessité par la musique couillue du trio. Ca joue bien, ça sait faire tourner un riff, et les compos sont au niveau (on reconnaîtra quelques titres comme leur « classique » « Mercy’s Bane » qui fera bien headbanguer les premiers rangs). Darryl pètera une corde sur la fin du set, qu’il changera à l’arrache pendant que les deux autres font tourner un groove basse/batterie bien sympa, le tout avant de décocher un percutant « Bleed Out » (issus de leur dernier album) qui mettra tout le monde d’accord. Première très bonne surprise de ce festival !


Le temps d’aller se sustenter et c’est déjà l’heure de la tête d’affiche stoner de la soirée, et pas des moindres, car les légendaires SLEEP viennent faire trembler la Valley… En commençant par « Holy Mountain » (alors que « Sonic Titan » était prévu en ouverture) et en enchaînant sur « Dragonaut », le trio annonce la couleur d’un set orienté lourdeur absolue. Comme on l’imaginait, Sleep oublie complètement l’existence de leur premier album, et construit sa set list autour de Holy Mountain et de Dopesmoker. Enfin, je pense qu’ils pourraient pisser sur leurs grattes pendant une demi-heure, on serait contents quand même, donc on ne va pas bouder notre plaisir ! Plaisir d’ailleurs qui apparaît largement partagé par Matt Pike ! Le bonhomme, torse nu, arbore un beer belly arrogant sur lequel il peut confortablement poser sa gratte (c’est plus sympa pour jouer de la poser à plat). Entre quelques taf tirées sur sa clope électronique, un sourire inamovible orne son visage sur la quasi-totalité du set, il fait plaisir à voir. On n’en dira pas tant de Cisneros, un peu plus « intériorisé », la faute sans doute à quelques problèmes techniques (ou alors c’est juste un vaste chieur). Enfin, il serait stupide de se pencher sur ces préoccupations bassement terrestres alors que Sleep continue sa démonstration nocturne. Le trio joue bien, c’est tout ce qui compte : le son est bon (quelques passages un peu « flottants » au début ont été corrigés), les zicos retranscrivent bien les albums, les basses sont rondes et ronflantes comme on l’espérait, la voix de Cisneros est impeccable… Moi qui n’avais jamais vu Sleep sur scène, ce qui surprend le plus c’est la cohérence musicale sans faille de leur musique : leur modeste discographie constitue un ensemble massif dans lequel on peut piocher des titres un peu au hasard pour une set list réussie. Dont acte avec des titres comme « Aquarian » ou « From beyond », par exemple… Dur dur aussi de construire un set sur la durée précise impartie quand la plupart des morceaux dure entre cinq et dix minutes… On présumera donc que le groupe s’est un peu laissé aller quand il entame le dernier segment du colossal « Jerusalem » alors que l’heure officielle de la fin de son set est déjà passée… Les gaziers ont peut être aussi légèrement ralenti le tempo pachydermique de leurs compos pour faire traîner le set ? Toujours est-il qu’on ne crache pas sur ce petit quart d’heure complémentaire. Excellent set.

Pour finir la soirée (ouais, on s’est levés tôt et on est plus tout jeunes), on va jeter une oreille distraite sur NEUROSIS. En toute franchise, depuis mon premier concert de ce groupe il y a 15 ou 20 ans, je n’ai jamais été emballé par sa musique, que j’ai toujours trouvée un peu stérile. L’énergie du groupe n’y est pour rien, il suffit de voir Scott Kelly (qui a pris une bonne dizaine de kilos depuis la dernière fois que je l’ai vu) ou Steve Von Till ce soir, ils sont bien dedans. Mais j’ai du mal à trouver quelque chose de chaleureux et séduisant dans cette musique. Au bout de trois titres qui me semblent encore identiques, je décide d’aller me pieuter tranquillement.

[A suivre…]

Photos : Laurent

Laurent

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