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Burning Witch – Crippled Lucifer

Burning Witch est une pièce de l’histoire de la musique. L’équivalent doom de Kyuss. Non pas qu’il furent les instigateurs du genre (encore que… d’un certain type de massacre sonore, si) mais furent aussi peu adulés que les Californiens. Ce n’est bien après que leurs deux EP’s, tout d’abord sortis en vinyles puis réunis dans la compilation répondant au nom de Crippled Lucifer, furent épuisés et disparurent de la circulation, bien après le split du groupe, que ce nom évocateur déchaîna les hordes d’amateurs de musique lourde. Il s’agit sans doute d’un des CDs qui s’est vendu le plus souvent, à des prix exorbitants, sur la machine à engranger les bénéfices qu’est Ebay. Et c’est après des années de réclamations hurlées par une nuée de fans grandissant au fil des années et maintes fois repoussée (annoncée depuis janvier 2006) qu’est enfin parue cette quasi-intégrale de ce groupe aujourd’hui quasi mythique. Quasi, parce qu’il existe toujours des morceaux au stade de démo que les frangins chevelus de Southern Lord gardent au frais, pour une éventuelle réédition, dans 10 ans de plus, afin d’assurer leurs vieux jours. On ne peut pas leur reprocher tant l’hystérie provoquée par cette œuvre se justifie lors de son écoute.

Crippled Lucifer est scindée en deux sessions, plus un live agrémenté des versions démo de certains titres. Je vous ne cacherai pas que ma préférence va à la session ‘Rift Canyon Dreams’, seconde du nom, enregistré par Steve Albini lui-même (oui oui), qui réunit enfin les morceaux de l’ep au titre inédit jusqu’alors, sauf pour les heureux possesseurs comme moi du split Asva/Burning Witch, où l’on retrouve l’intégralité du line-up de cette session plus Dylan Carlson de Earth. Bref.
Le son y est juste monstrueux (et nous sommes encore dans les 90’s), O’Malley pratiquant déjà l’amplifier worship, le Sunn worship d’ailleurs. Musicalement, les influences black metal, Celtic Frostiennes et Sabbathiennes fusionnent pour un résultat tonitruant. Les riffs sont hargneux, pesant, entrecoupés de phases planantes granuleuses, prémisses de l’expérience drone ‘Sunn o)))’ qui naîtra la même année. Mais ce qui rend Burning Witch unique et mémorable, encore aujourd’hui, c’est le chant de Edgy59, Edgy pour les intimes. Tour à tour hystérique ou mélodieux, le chanteur ne laisse pas indifférent. Le psychédélisme se marie à la hargne viscérale du black metal et nous laisse nous interroger sur l’état de santé du vocaliste (impression apparemment fondée) qui frôle la schizophrénie. Le dernier morceau (du split Asva/BW donc) en est la parfaite illustration/ long chemin de croix quasi drone, les invocations se font caverneuses et mystiques, nous ne savons plus vraiment dans quelle sphère musicale nous errons.
‘Towers’ est le premier enregistrement du groupe et si l’on retrouve toutes les caractéristiques évoquées précédemment, comme les passages schizophrènes, les accélérations ‘nordiques’, les coups de boutoirs et la voix de dégénéré d’Edgy, le son, tout aussi imposant perd en précision et le malaise à son écoute perd en incisivité, la précision chirurgicale des riffs d’O’Malley étant l’excellent compagnon de la voix pour vriller nos bulbes rachidiens.

10 ans après sa sortie, 10 ans après les faits, il est plus qu’évident et indispensable d’écrire que ‘Crippled Lucifer’ est un monument de la musique lourde. Rien de moins.

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