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Toadliquor – The Hortator’s Lament

Que les choses soient claires. Toadliquor n’existe plus. Sur un modèle identique au « Turbulent times » de Grief, l’excellent label Southern Lord Records nous sert ici une compilation reprenant l’essentiel de la production de ce groupe dont la musique insensée n’est hélas jamais parvenue sur nos rives auparavant. Jamais disque de doom/sludge n’aura atteint de tels sommets de désespérance. Et d’efficacité. Les attributs conventionnels des genres sont respectés : lente et insidieuse pesanteur, florilège de larsens inquiétants et climats pré-apocalyptiques. Mais c’est la voix qui frappe de prime abord. Parler d’un chant serait un euphémisme. C’est plutôt d’un appel de détresse dont il s’agit. Toadliquor est un équipage perdu en pleine mer en des temps ou la Terre était plate. Imaginez une galère égarée au large des îles de la Désolation. Plus tragique que « Le Radeau de la Méduse » de Géricault, puisque errant en des contrées plus hostiles encore. Le tableau est absolument fascinant. Pourtant, l’espoir renaît brièvement le temps de l’ouverture du « Also sprach Zarathustra » de Richard Strauss (1896). La puissance de la peur empêche cependant l’avènement de l’übermensch que Nietzsche appelait de ses vœux. A l’éphémère raison se substitue à nouveau le cycle de la terreur. Ne reste plus qu’une douloureuse complainte adressée aux Dieux. Qui, implacablement font la sourde oreille. Ce disque constitue une allégorie magistrale de la souffrance humaine dont l’issue se réduit à une capitulation. Renoncement devant les forces infernales de la Nature. Reddition devant les Enfers. Abdication de la volonté de puissance. Le dernier titre, donnant son nom à l’album, résolument inscrit dans un contexte urbain et moderne non moins inquiétant, proche de l’univers opaque d’un Tom Waits, prête voix à Hadès, Commandeur Suprême, qui, diaboliquement sépulcral, intime l’injonction : « Again ! ». On ne peut que s’exécuter encore et encore. Par sa capacité à esthétiser les tourments insondables de l’humanité, ce disque constitue une oeuvre monumentale, d’une intensité équivalente à certains récits mythiques de l’Antiquité. Une fresque ultime ! A posséder à tout prix.

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