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Witch Mountain – Witch Mountain

Avec pourtant plus de vingt ans de carrière dans les semelles, on ne peut pas dire que Witch Mountain ait jamais vraiment explosé de ce côté de l’Atlantique. Plutôt underground dans son approche (complètement DIY sur tous les aspects « business ») et plus ancré aux U.S.A. (le groupe est très actif et présent dans sa région de Portland, au Nord-Ouest), le quatuor a quand même tenté quelques percées sur le vieux continent (on se rappelle d’une date au Hellfest et quelques concerts attenants il y a quelques années), mais trop rares pour figurer dans la liste des acteurs majeurs, vue d’ici. Il faut dire que Rob Wrong, guitariste co-fondateur du combo, a été pas mal occupé en tant que recrue de The Skull, le groupe dissident de Trouble avec Eric Wagner. Par ailleurs, après avoir passé quelques années à stabiliser le siège éjectable au poste de bassiste, en 2014 c’est leur emblématique chanteuse Uta Plotkin qui a quitté le navire pour se concentrer sur d’autres projets. Ils mettent alors la main sur la prometteuse Kayla Dixon, qui a usé les micros de quelques combos metal ces dernières années.

C’est ce récent casting qu’ils décident de mettre le plus en avant, probablement aussi pour rassurer les fans un peu inquiets d’avoir perdu Uta. Que ces derniers soient rassurés : même si les deux chanteuses ne sont pas vraiment comparables, Dixon est clairement la principale « attraction » du disque. Résolument mise en avant dans le mix de tout l’album, elle assure avec brio l’ensemble de ses parties, grâce à une palette technique qui force au respect (chant clair puissant, growl agressif, chœurs aériens, passages quasiment a cappella quasi soul…).

Musicalement, le quatuor ne réinvente pas la lune, loin s’en faut : le groupe est dans la parfaite continuité de l’excellent Mobile of Angels, évoluant toujours dans un doom classique qui emprunte plus aux grands pères du genre qu’à ses plus récentes et extrêmes évolutions, à savoir plutôt mid-tempo, très mélodique, chargé en soli. On pense aux premiers Cathedral, aux vieux Pentagram, à la grosse première décennie de Black Sabbath (oui oui, on déborde un peu des premiers albums cultes et on va même titiller la période Dio), et aux débuts de Trouble aussi. Bref, du très classique, exécuté à la perfection, mais qui pourrait rebuter les esthètes en recherche de fraîcheur musicale : ici on est dans une zone de confort musicale.

Les écoutes de l’album défilent donc avec un plaisir non feint, les titres s’enchaînent… et progressivement la petite faiblesse du disque se fait jour : cinq chansons seulement (dont une acoustique guitare-piano de 2min30, « Hellfire », quasi anecdotique) pour une grosse demi-heure de musique à peine. On aurait aimé en avoir plus, on n’est pas rassasié. Ça ne diminue en rien la qualité des compos existantes en revanche : on déguste le riffing old school de « Midnight » (support aux premières interventions percutantes de Dixon), on aime immanquablement le très classique « Mechanical World » (son refrain grandiloquent, ses breaks doom typiques…), et on adore l’épique « Nighthawk » qui vient clôturer la galette de son généreux quart d’heure riche en riffs mordants, en rythmiques variées et aux ambiances travaillées, passant de plans légers à des passages glauquissimes sans effort. Une belle pièce. Quant à « Burn you Down », le plus heavy metal des quatre (riffs incisifs, chant dans toutes les nuances de power metal), on le connaissait déjà car mis à disposition par le groupe il y a quelques mois.

En résumé, Witch Mountain continue à tracer son sillon musical, loin des modes, et ce faisant construit sa carrière comme une longue autoroute en légère montée, plutôt qu’en enchaînement sinueux de cotes et de pentes violentes. Même l’incorporation de Kayla Dixon se fait sans heurts, naturellement, dans un poste exposé (et largement mis en avant par le groupe sur cet album). Au même titre qu’Angela Gossow avait boosté la carrière d’Arch Enemy, il n’est pas exclu qu’une frontwoman de la densité de Dixon soit bénéfique à Witch Mountain. Il leur reste à battre le fer tant qu’il est chaud, et idéalement traverser l’atlantique pour prêcher leur bonne parole dans nos contrées, armé de ce nouveau bon album dans leur discographie.

Note de Desert-Rock
   (7.5/10)

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