BEESUS (+ Ceremonia + Greyfell ) – 26/04/2018 – Paris (L’International)

Ah ! L’International. Son positionnement idéal, son videur taciturne et son éternel éclairage rouge et bleu. Ce jeudi 26 avril, on retourne dans cet antre joyeux pour une soirée qui se veut doomesque à souhait. Ni plus ni moins que la vingt-troisième programmation des Below The Sun, qui auront ramené pour l’occasion les Italiens de Beesus, accompagnés de Ceremonia et de Greyfell. Et ce afin de nous décrasser les boites à miel de manière consciencieuse. En plus, c’était prix libre et ça c’est quand même cadeau.

 

Ceremonia

On commence la thérapie avec Ceremonia, un quatuor parisien à la musique froide et obscure. Des mélodies mélancoliques posées sur un jeu de batterie incisif et accompagnées d’une basse qu’on aurait souhaité plus lourde. L’excavation des morbides sentiments que cherche à réaliser le groupe est assurée par les cris puissants de Christian, qui entre deux riffs se rapproche de son micro et invoque nos démons enfouis. De son côté, Youri enchaine les accords interdits tous plus lugubres les uns que les autres, venant ainsi renforcer la noirceur du set. Leur atmospheric doom aux accents de black metal appelle de plus en plus de fidèles qui viennent peu à peu remplir le sous-sol. Pourtant, en dépit d’une présence scénique en adéquation avec leur énergie sombre, le groupe n’obtient que de timide hochement de tête de la part du public.

Ceremonia

Après de multiples changements de line-up, on sent que Ceremonia a trouvé un équilibre solide pour enchainer les titres de son 1er album : La Existencia Humana Debe Ser Un Error. Rien de plus joyeux, n’est-ce pas ? Hélas, comme aime à le dire le groupe : « La joie n’est rien sinon une illusion ».

 

Greyfell

Le temps de remonter vider un réservoir pour en remplir un autre que Greyfell s’installe. Toutefois, lorsque le groupe lâche son premier mur de son, une trop maigre audience se trouve en position pour le recevoir. Là où la team parisienne avait réussi à rameuter ses potes, les mecs de Rouen semblent avoir échoué. Dommage pour les (trop) nombreux déserteurs qui manqueront un set de qualité. Cette fois-ci un clavier trône au-devant de la scène alors que la guitare de Clément flirte avec les cymbales. Pourtant, le frontman ici, c’est Boubakar. Le chanteur et bassiste du groupe qui, à l’aide de sa quatre cordes, impose des riffs telluriques musclés, tandis que son chant aigu et incantatoire envoute la foule. Des mélodies flottantes d’un autre monde surgissent ensuite et composent avec le piano d’Hugo pour générer une tension ténébreuse, abstraite. On se sent sur le fil du rasoir, prêt à voir surgir la tempête à tout moment. Tempête qui nous entraîne dans le cœur de l’abysse sans fond qu’ouvre Greyfell sous nos pieds. En dépit d’une foule qui peine à compter vingt-cinq personnes à son apogée, le quatuor normand se donne. Ça s’agite, ça saute et ça envoie de violents coups de manches aux invisibles démons du doom. Enfin sauf pour l’homme derrière son clavier qui, soit ne crains pas leurs attaques à l’abri de son hoodie à capuche, soit s’est fait vampiriser tout son charisme par son voisin pour se contenter d’une immobilité minérale. Voisin qui finira en sueur et aphone à la fin de la prestation. Pas de place pour la demi-mesure.

 

Beesus

Place maintenant aux maîtres de cérémonie. Le quatuor de Rome en ce moment en tournée pour présenter à l’Europe son nouvel album : Sgt​.​ Beesus​.​.. and the lonely ass Gangbang ! sorti en mars dernier. Mais pas tout de suite, on s’échauffe d’abord sur le classique « Rise of Beesus » histoire de mettre toutes les pendules à l’heure. La bête est lâchée, et sa lourdeur explosive nous démonte la nuque. Jaco se recroqueville sur lui-même afin de pousser les vocalises du plus profond de ses tripes, tandis qu’autour de lui, la guitare et la basse gesticulent afin de prouver au batteur qu’il ne détient aucun monopole en matière de calories dépensées. Puis à l’arrivée de « Ñuña Y Freña », la pression redescend. Un peu. On remarque que le nouvel album tend moins vers le sludge doom que son grand frère. Ça reste boueux, mais on évolue davantage vers un stoner garage punk déjanté, avec même certaines constructions assez psyché. Le groove de « Stonerslam » en attestait déjà, mais là c’est pleinement assumé. De quoi générer un cocktail méchamment instable et particulièrement virulent sur scène. Le rythme global d’un set, la dynamique avec laquelle les morceaux s’enchainent, c’est important. Les Italiens l’ont compris et mettent cette sagesse en pratique.

Beesus

Après quoi, les gaillards de la cité éternelle nous ramènent à leur premier amour. Toujours avec le sourire, sans se formaliser d’une audience toujours plus maigre à mesure que les heures passent, il distille leur énergie. Pootchie vient même à plusieurs reprises se joindre à la foule afin d’attiser les braises d’un feu vacillant, mais éternel lui aussi.

Beesus

Alors que les groupes méritaient quand même une meute de possédés prêts à se sauter les uns sur les autres pour évacuer le surplus d’énergie offert par la musique, la soirée aura souffert d’un petit effectif. Qu’il faille incriminer l’attrait des terrasses, ou bien la programmation d’une soirée stoner la veille à ce même endroit, ce seul bémol n’aura en rien amoindri le goût sauvage de l’expérience. Nous garderons le souvenir d’une soirée réussie, estampe caractéristique du collectif parisien qui œuvre « sous le soleil » pour notre plus grand plaisir.

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