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MARS RED SKY (février 2016)

Apex III – Praise For The Burning Soul, le troisième album des français de Mars Red Sky, chroniqué ici même, sort ces jours-ci. Entre tournée européenne et outre-Atlantique, l’année 2016 est une année bien chargée pour le groupe dont on attendait impatiemment le retour depuis le très remarqué « Stranded In Arcadia » sorti en 2014. Grâce à nos talents d’astronome, nous avons réussi à intercepter la météorite en plein vol, et nous en avons profité pour s’entretenir avec son chanteur et guitariste, Julien Pras.

Stranded In Arcadia a été très bien accueilli par la critique. Cela a t il eu un impact sur l’écriture d’Apex III ?

Julien : Inconsciemment peut être, mais on n’y a pas trop réfléchi. On a surtout voulu trouver le temps de se retrouver tous les trois pour développer les idées accumulées au cours des derniers mois. Il y avait des idées germées en tournée, un riff qui sortait par ci par là, des bouts de morceaux composés à la maison que j’amenais aux autres… Je pense que dans le processus de composition, on sentait lorsque l’on avait quelque chose qui sentait la redite, nous ne voulions pas nous répéter et nous voulions avoir la satisfaction d’explorer d’autres territoires, d’aller plus loin dans certaines directions, de s’élargir..

 

L’intervention de Gabriel Zander sur Stranded in Arcadia était le fruit d’un heureux concours de circonstances. Cette fois, il est à la baguette sur l’ensemble du nouvel opus. Pourquoi ce choix ?

D’abord parce que ça s’était super bien passé avec lui, même si notre collaboration n’avait pas du tout été planifiée. On avait eu la chance de se trouver à un moment où nous étions bloqués sur Rio : nous avions un studio booké aux Etats Unis où nous n’avons pas pu aller à cause de problème d’immigration, on a été refoulés… Il nous avait finalement sauvé la mise et cela a également été une superbe rencontre humaine. Pour ce nouvel album, on a donc décidé de le faire plus posément à la maison, et on lui a donc proposé de venir chez nous, à Bordeaux.

 

A la manière de Radiohead avec Nigel Godrich, avez vous trouvé un producteur indispensable à la musique du groupe, une sorte de quatrième membre ?

Pas loin… Quelque part, en la personne de Pierre Fillon, qui est notre ingé son et avec qui on perfectionne chacun de nos lives, on a déjà notre quatrième membre… Mais c’est vrai qu’avec Gabriel on a peut être aussi développé ça. Tous les trois (les membres du groupe), on a vraiment une compréhension assez intuitive les uns des autres, et c’est un peu la même chose avec Gabriel. Il capte très bien ce que l’on veut faire, il est à l’écoute et amène des idées sans jamais être hyper-arrêté. Donc oui, il a vraiment un rôle de producteur, en plus du fait d’être aussi un très bon musicien. On verra dans le futur si il reste dans le groupe, en tout cas il y a des chances (rires).

Sur Apex III, ta voix est particulièrement bien produite et éclaire le son du groupe d’un jour nouveau. Avez vous conscience de quitter le cadre dans lequel vous avez commencé ?

Clairement oui. C’est lié à ce que l’on disait avant : cette fois ci, on a pris plus de temps. On l’a fait à Bordeaux sur 15 jours et on a vraiment eu le temps de poser toutes les instrumentations. Toutes les voix lead ont été faites cette fois ci au studio avec Gabriel et Denis Jacob, un américain qui travaille avec Gabriel. Quand le moment est venu d’enregistrer les voix, ça tenait vraiment à cœur à Gabriel d’aller au fond des choses et d’enregistrer toutes les leads ensemble. On a vraiment posé des bases solides de chant. Sur certaines parties, il m’aiguillait en me disant : «  là ca serait bien que tu changes un peu cette partie », je lui proposais une autre mélodie, etc… Dès que j’avais un doute sur la prononciation d’un mot, il y avait aussi Denis pour me conseiller. Les leads sont vraiment solides alors que sur Stranded In Arcadia, les chants avaient tous été enregistrés à la maison. Par contre, concernant tous les arrangements, les chœurs, quelques parties chant de Jimmy, ça je les ai faits dans mon petit home studio à la maison.

 

Vos artworks sont toujours très travaillés et vos concerts utilisent souvent la vidéo, MRS semble accorder autant d’importance à l’image qu’au son. L’écoute d’Apex III est d’ailleurs très cinématographique, et évocatrice d’images. Le cinéma a t il une influence sur MRS ?

Le cinéma comme tout un tas d’autres choses en fait. Ce que tu viens de dire fait écho notamment à des livres que j’ai pu lire dont un qui a accompagné tout l’enregistrement et auquel on fait un clin d’oeil dans le titre « Praise For The Burning Soul », « The Burning Soul » étant un livre de John Connolly. Quand je lisais ce bouquin, ça résonnait avec la musique que nous étions en train d’enregistrer, comme si nous étions en train de faire la bande-son du livre. Sans pouvoir te citer un réalisateur en particulier, c’est toute une somme de films ou d’esthétiques auxquel nous sommes très sensibles. Je suis hyper sensible à la musique et à l’image, je trouve que la musique prend une ampleur grâce à un film, et vice versa. Jimmy a commencé à monter des vidéos à base de vieilles images d’archives pour un concert en particulier, et nous avons finalement continué à développer cette idée, pour faire vivre encore plus les morceaux. Notre ami Geoffrey Tores commence d’ailleurs a concevoir des vidéos propres à chaque morceau, d’ici la tournée en mars.

 

Vous comptez donc garder ce principe de concert alliant la vidéo…

Oui exactement !

Pour revenir sur vos artworks, ils semblent être l’oeuvre d’une même personne depuis vos débuts, puisqu’on y retrouve le même « coup de pinceau » (motif flamme). Qui se cache derrière ces œuvres ?

Il s’appelle Carlos Pop. À la base, il avait fait l’intérieur de la première édition de notre premier album, avec cette comète utilisant une technique entre le collage et la peinture. C’est une technique qu’il n’a utilisé que pour nous et qu’il a réutilisé par la suite. La pochette du EP qui a suivi montre une comète s’écrasant sur une planète, et symbolise le départ de Benoit et l’arrivé de Mat [ndlr : Benoit est le premier batteur de MRS, Mat le nouveau]. Sur Stranded In Arcadia, on voit ensuite les pas sur la planète sur laquelle s’est échouée la comète et le vaisseau qui décolle. L’artwork d’Apex III représente l’intérieur d’un cockpit, avec trois sièges, mais il y avait un côté un peu trop SF, trop comics, qui dénotait avec le reste.. Du coup, Carlos a donc suggéré de voiler cela pour l’instant avec un carton emballant le disque, et à ceux qui auront le disque d’ouvrir les rideaux, de voir l’intérieur et de se retrouver dans le cockpit. Il y a donc tout un délire autour du voyage, avec cette vue sur l’espace, the light beyond

 

Vous prévoyez plusieurs dates aux USA cette année. Comment appréhendez-vous vos prestations outre atlantique ?

On est déjà surpris de voir qu’il y a une certaine attente, à un niveau tout relatif. On a déjà joué là bas en 2012 au South by Southwest, avec ensuite une petite tournée sur la côte ouest avec un groupe de Seattle, les Ancient Warlocks. Ca c’était très bien passé, et de fil en aiguille il y a eu d’autres occasions qui se sont présentées mais jamais concrétisées. Il y a eu aussi cette tournée avortée, bloqués au Brésil à cause d’un douanier faisant un peu de zèle et qui ne voulait pas croire que l’on avait participé au SXSW sans être payé, alors que c’était complètement le cas ! Tout avait été financé par la ville d’Angers, ce qui nous avait permis de faire 6 concerts là bas pendant la semaine… Cette fois ci, avec nos contrats de travail, il n’y aura pas de problème ! En tout cas, on est évidemment impatients de voir l’accueil qui nous sera réservé. Mais visiblement on est assez soutenus là bas, notamment par The Obelisk, qui est très emballé par ce que l’on fait. On a eu aussi pas mal de commandes de disques pour là bas, de bons retours sur facebook… Il y a moyen de faire de belles rencontres et de bonnes dates !

 

Vous serez notamment à l’affiche du Psycho Las Vegas. Comment avez vous trouvé ce plan ?

Pour moi, c’est encore presque irréel parce que ça s’est confirmé il y a très peu de temps. Pour l’instant, comme on est très focalisés sur la tournée européenne, je vois ça comme un truc presque optionnel alors que c’est pourtant confirmé donc il va falloir s’y faire (rires). Quelque part c’est presque flippant d’aller jouer à Las Vegas, dans le bon sens. Mais Austin s’étant très bien passé, il n’y a pas de raison que ca n’aille pas.

 

On vous retrouve aussi sur le Up In Smoke 7 auprès de Stoned Jesus et Belzebong. Y’a t il une appréhension particulière à partager une tournée en compagnie de groupes musicalement très éloignés du vôtre ?

Ah oui tu trouves ? Je trouve qu’on des affinités avec ces deux groupes, qu’on a eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises et que l’on aime beaucoup. Ils sont tous les deux sur Sound Of Liberation, notre tourneur. Je pense que ça va être très enrichissant de tourner avec eux et de partager avec eux notre quotidien. Mais c’est vrai que musicalement on a peut être plus de similarités avec Stoned Jesus car ils ont un coté plus mélodique avec du chant.

Jimmy est tourneur en dehors de ses activités avec le groupe. Pourquoi faire alors appel à Sound Of Liberation pour MRS ?

Tout simplement pour soulager la masse de travail. Et c’est aussi une super opportunité de travailler avec eux car ils travaillent avec des territoires avec lesquels ils sont en contact, alors que Jimmy se concentre sur la France. Cela nous offre ainsi plus de chances de jouer à l’étranger. Le management du groupe lui demande aussi pas mal de temps, ce serait vraiment trop de travail pour lui.

 

Peut on espérer voir naître d’autres side projects comme celui très réussi avec Year of no light ?

Éventuellement, nous avions pensé à faire quelque chose avec Glowsun. Sinon, Mat et moi sommes déjà pas mal occupés avec d’autres projets à côté. Me concernant, j’ai un projet solo orienté… folk, psyché, baroque… je ne sais pas comment dire (rires). Là je suis en train d’enregistrer un troisième album. Mat, lui, vient d’enregistrer un album avec James Leg, un musicien américain blues garage super bon. Il joue aussi dans les groupes Daria et Epiq, un trio metal africain.
Donc avec tout ça, on est déjà bien occupé ! J’ai aussi un projet folk avec ma copine…
En tout cas, une nouvelle collaboration n’est pas exclue car celle avec Year Of No Light était une super expérience. Ce sont aussi des copains de longues dates, j’étais à l’école avec Jérôme, le guitariste, c’est un très bon pote à moi.. C’était vraiment chouette de se retrouver dans un local de repet’, ca faisait super longtemps que je n’avais pas joué avec lui, on jouait ensemble au collège et là on s’était retrouvés dans ce contexte. Il avait amené un bout de riff, j’avais amené un bout de riff, on avait mélangé tout ça… Il y a tellement de groupes avec lesquels ce serait chouette de faire ça, je pense notamment à Yeti Lane avec qui nous allons jouer le 4 avril…

 

Belzebong ?

(rires) Pourquoi pas ! S’ils ont besoin d’un chanteur un jour, je ferais bien quelques lead vocal sur un morceau. S’ils demandent, je serais présent !