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UFOMAMMUT (avril 2015)

A la veille de leur tournée ricaine et en pleine tournée européenne avec Conan, nous avons profité de leur étape berlinoise – au Desertfest – pour dialoguer un peu avec le collectif transalpin. Auteurs du sublime « Ecate » (chroniqué ici), ces Italiens lettrés s’avèrent être des garçons charmants investis à fond dans leurs projets artistiques à l’écart des modes depuis plus de quinze piges !

Vous êtes actuellement en tournée avec Conan. Comment se déroulent les choses jusqu’ici ?

Pour le moment tout est en ordre ; ce sont des types sympas. Nous avons fait cinq dates jusqu’ici : une en Suisse, Paris et deux en Allemagne dont quatre avec Conan. Nous effectuons notre sixième date ici au Desertfest de Berlin ce soir. Tout va bien !

Est-ce qu’un projet du type split album est prévu avec ce groupe ?

Non, nous ne pensons. Nous avons un nouvel album qui est à peine sorti et c’est une chance de tourner avec ce groupe mais, à l’heure actuelle, nous n’avons absolument rien planifié de ce genre.

Vous allez tourner aux USA pour la première fois en 15 ans de carrière, pourquoi le faire maintenant ?

Pourquoi le faire avant (rires) ? Nous avions déjà tenté par le passé, mais les choses ne se sont pas faites en raison des promoteurs, des problèmes avec les différentes taxes, etc… Les choses ne sont pas concrétisées il y a deux ans alors que nous étions supposés tourner aux Etats-Unis ; elles se sont mieux arrangées sur ce coup-ci et ça devrait mieux se passer. C’est une expérience compliquée car au début nous avions notre propre matériel et de jouer sur son propre équipement posait des soucis logistiques.

Et comment vous sentez-vous à l’approche de cette tournée ? Fiers ?

Non pas réellement fiers, nous sommes surtout excités par cette nouvelle expérience. Il s’agit de quelque chose que nous n’avons jamais expérimenté par le passé. Nous pensons que ça pourra se rapprocher des sensations connues lorsque nous avions fait notre première tournée. Nous ne sommes plus si jeunes, mais terriblement excités. Nous tournerons avec un groupe américain, Usnea, et il sont vraiment sympathiques.

Vous avez sorti « XV », votre box set il y a peu, quelle était votre intention ?

C’est un DVD qui relate les quinze premières années de notre existence ou quelque chose du genre. Nous avions oublié certains événements, certains documents et c’était un bonne occasion de mettre ensemble ces vieux souvenirs de tournée, de sessions enregistrement, etc… C’est un document réellement intéressant et c’est aussi l’occasion de constater à quel point nous avons vieilli (rires).

Votre dernier album « Ecate » vient juste de sortir. Son titre est tiré du nom d’une princesse grecque, pourquoi avoir choisi ce concept ?

Nous avons d’abords pensé à la musique et, une fois qu’elle était là, nous sommes partis du son pour avoir une ligne directrice au niveau des parties vocales. L’atmosphère de cet album est étrange, nous avons utilisé beaucoup de sons du style chœurs assez funèbres, ça tirait vers la mort, mais la mort n’était pas ce que nous cherchions. La mort est quelque chose de négatif et nous désirions quelque chose de positif. Nous avions déjà expérimenté ce thème avec « Eve » qui était composé de deux longs titres. Nous nous sommes tournés vers ce thème de Ecate qui était cette déesse capable de voyager entre les vivants, les morts et les Dieux ainsi que dans le temps ; c’était le concept parfait pour nous, pour représenter notre travail. C’était ce que nous cherchions comme concept.

N’y avait-il pas une déesse équivalente dans la mythologie romaine plus proche de vous ?

Elle apparaît dans presque toutes les religions, dans l’occulte et la sorcellerie. Il s’agit d’une déesse unique qui est encore présente aujourd’hui. Elle a voyagé dans le temps ; il y a toujours des comtes actuels qui parlent d’elle. Nous voulons toujours penser à la réalité quand nous pensons à ces Dieux ou ces figures comme Ecate, Lucifer ou l’antéchrist, mais pas dans un sens religieux. Nous ne sommes pas des fanatiques et nous foutons pas mal de la religion.

Et pourtant vous portez des pentagrammes sur certains de vos vêtements ?

Ce n’est pas de la religion : c’est un gag ! Les gens ont peur des symboles, nous nous en foutons et c’est sympa de jouer avec ça. Nous pouvons arborer un tel signe et aussi des croix chrétiennes. Nous nous en foutons et si Dieu n’existe pas, Satan n’existe pas non plus. C’est juste l’histoire de l’humanité : quand nous ne connaissons pas quelque chose nous cherchons à trouver une raison à cette chose. Nous ne savons pas ce qui se passera après notre mort. Les religieux sont là pour expliquer des choses qui sont difficiles à expliquer. Il y a le pire dans les religions, mais aussi des choses merveilleuses. Dieu vient de nous-mêmes et nous sommes finalement des Dieux car nous sommes aussi originaires de notre intérieur et pas uniquement de choses externes. Après tu peux finir dans la scientologie, c’est juste une question d’interprétation.

 

« Oro » était un album spécial avec deux titres…

… en fait c’est un seul morceau séparé en deux parties. Comme nous avons toujours déclaré que nous détestions les doubles albums, mais que le morceau commençait à devenir trop long, nous l’avons séparé en deux parties de manière à ce qu’il puisse être écouté d’abord avec la première partie puis dans un second temps la deuxième partie.

Le nouvel album est beaucoup plus classique dans son rendu final…

Oui il y a six titres au final qui sont tous assemblés finalement car nous n’aimons pas faire des pauses dans les albums. Il s’agit de six titres : des titres pop (rires). C’est effectivement notre album le plus classique, mais aussi le plus difficile pour les lignes de batterie ainsi que les vocaux.

Quelle était l’idée derrière ce projet de six titres plus habituel ?

Il n’y avait pas vraiment une idée précise de faire six titres. Nous avons fait ces titres, en fait sept au total et deux morceaux ne figurent pas sur le disque [ndlr : pour les nuls en maths, on vous laisse cinq minutes de plus pour rendre votre copie et nous dire combien il reste d’inédits…]. Nous avons choisi ensuite quels étaient ceux qui étaient ok pour être sur le disque et les avons mis ensembles pour faire l’album.

Le processus d’enregistrement a été pour le moins inhabituel, comment se sont déroulées les choses ?

L’enregistrement a été comme nous l’avons décidé depuis quelques années dans un lieu proche de notre local de répétition. Pour l’enregistrement, nous nous sommes placés à l’intérieur d’un grand hall ; nous avions cet espace à disposition et la batterie sonnait vraiment bien dans cet endroit naturel. Notre ingénieur du son a déplacé les micros à différents endroits pour obtenir ce son et expérimenter plusieurs possibilités sur les balcons c’était sympa, mais c’était aussi difficile. Nous avons réalisé ces prises en quelques jours. Nous pensions que le placement des micros serait rapide, mais il s’est avéré bien plus difficile que prévu.

Étiez-vous éloignés les uns des autres durant les prises ?

Nous étions tous ensemble pour nous entendre et avons passé un super moment. C’était relax et il y a un bar pas loin de cet endroit où nous avons toujours plaisir à aller.

Le nouvel album est de nouveau sur Neurot Recordings, pourquoi avez-vous choisi cette structure ?

Ils nous ont choisi et ça nous allait bien. Depuis le début nous faisons beaucoup par nous-mêmes. Nous étions intéressé de collaborer avec eux et c’était la structure qui nous laisserait toute la liberté que nous désirions. Comme nous réalisions tout par nous-mêmes pendant longtemps nous n’avions pas l’expérience d’avoir un label qui fonctionne autrement que comme une famille. Nous ne sommes pas un groupe passif et nous faisons confiance à un label qui est tenu par des musiciens comme nous, qui fait le focus sur la musique et pas sur l’argent. Nous avons une vision commune des choses.

Je pense pouvoir affirmer que vous êtes le groupe italien le plus connu dans le circuit stoner…

D’abord nous ne comprenons pas ce fait et ensuite nous nous considérons comme faisant partie de la scène metal. Nous ne somme pas vraiment un groupe de stoner, quand nous pensons stoner, nous pensons Kyuss et nous en sommes éloignés. Si nous parlons d’un genre heavy et psychédélique : il y a d’autres formations très valables.

Vous êtes en tous cas ceux qui tournez le plus à l’extérieur de l’Italie quand bien même de nombreuses formations viennent jouer en Italie.

Beaucoup de groupes italiens tournent beaucoup comme Zoo par exemple.

Pour terminer, vous êtes en tournée en Europe actuellement et enchaînez avec les États-Unis, quelle est la priorité de Malleus ?

Toujours faire la même chose : faire des posters, nous sommes vraiment chanceux parce que tout ce que nous faisons est en lien avec la musique. Nous prenons notre travail avec nous. Tourner peut être préjudiciable pour Malleus donc nous devons bien travailler à l’avance pour être en ordre aussi de ce côté là. C’est aussi simple que ça. : il y a du temps pour Malleus et du temps pour le groupe.