Bell Witch and Aerial Ruin – Stygian Bough – Volume I


Le dernier album de Bell Witch nous avait bouleversé : il y a trois ans, le duo nous a proposé avec son somptueux Mirror Reaper l’un des disques de doom atmosphérique les plus poignants de sa génération, un disque où se mêlaient désespoir profond et renaissance enivrante. Redevenu duo (pour rappel, Bell Witch a vu son batteur décéder juste avant Mirror Reaper justement, produit en son hommage, avec le successeur Jesse Shreibman derrière les fûts – il occupe désormais le siège de manière pérenne), le groupe ne s’est pas lancé dans la composition d’un nouveau disque. En même temps, on les comprend, la montagne sera difficile à dépasser. Avec ce disque, c’est un pas de côté et une piste plus facile qu’ils décident d’emprunter : ils préfèrent emboîter le pas de leur ami, Erik Moggridge, et son “projet solo” (c’est un concept), à savoir l’entité Aerial Ruin. Point d’opportunisme dans la démarche : les gars sont potes depuis toujours, partenaires musicaux depuis les premiers pas de Bell Witch (vous retrouverez Moggridge caché dans les crédits de tous les albums de Bell Witch, et en particulier derrière les lignes de chant les plus éthérées de Mirror Reaper). Bref, les gars écrivent pendant plusieurs mois, Moggridge apporte quelques bouts de compos, les gars jamment autour, et voilà ce projet aboutir et atterrir sur nos platines.

Comme dit précédemment, aborder ce disque comme successeur de Mirror Reaper est la garantie absolue de déception. Ce fut pourtant la première approche de votre serviteur et… la chute fut rude. Ce Stygian Bough (volume I, car les gars semblent résolus à lui donner une ou plusieurs suites) partage pourtant beaucoup de points communs avec Bell Witch évidemment : la lenteur, le travail sur les ambiances, l’aération des compos, et globalement cette idée du juste nécessaire instrumental. Difficile de dire ce qui fondamentalement éloigne les deux projets. Au final, un élément majeur émerge pourtant : Stygian Bough est plus ouvert, plus optimiste, plus aérien, là où Bell Witch nous amène plutôt dans les bas-fonds sinistres pour, parfois, nous faire entrevoir quelques parenthèses d’optimisme.

En acceptant ce constat, le disque prend finalement des atours plus séduisants, et on lui reconnaît volontiers bon nombre de qualités incontestables. Le travail d’écriture est simplement remarquable, encore une fois : chaque titre comporte au moins un ou deux riffs puissants desquels dérivent des vagues mélodiques lentes et – c’est vrai – assez captivantes au final. Les cinq compos (dont deux beaux bébés de presque vingt minutes chaque) déroulent, sinuent, se calment, s’éteignent puis se rallument, avec toujours cette exigence de ne jamais faire du répétitif absolu, toujours construire, aller à bon port. Pas une mesure ne ressemble  la précédente. Le travail d’instrumentation vient soutenir cet effort (l’ajout de la guitare de Moggridge n’est pas directement décisif, mais il apporte une dimension mélodique plus marquée), même si au final la production n’a pas le “sel” que pouvait transmettre le génial Billy Anderson.

Musicalement, le trio “artificiel” ne s’éloigne pas complètement de Bell Witch mais l’emmène très souvent loin de son doom de référence pour l’amener sur des pleines séquences de folk plus emblématique de Aerial Ruin en solo, à l’image de “Heaven Torn Low I” (où les vocaux limite moniacaux de Moggridge pourront faire lever quelques sourcils) ou de l’instrumental “Prelude”. Mais c’est clairement quand il remet les pieds dans le lugubre que l’étincelle renaît, à l’image de la première moitié du somptueux “The Unbodied Air”, colosse protéiforme sinistre, où les quelques growls salvateurs de Desmond remettent un peu l’église au milieu du village.

Passée la déception des premières écoutes, et si l’on ne voit pas ce disque à l’aune du dernier Bell Witch, il faut reconnaître à cet album une beauté incontestable, et quelques fulgurances de très grande classe. Ce constat seul suffit à placer ce disque dans les meilleurs du genre parus ces derniers mois, et donc à justifier son acquisition pour les esthètes du doom les plus ouverts. Ce n’est tout simplement pas le disque que l’on attendait (espérait ?), il faut donc l’envisager différemment : positionné en passerelle entre Bell Witch et Aerial Ruin (quoi de plus logique ?), il trouve un espace musical peu exploré, où il s’installe et s’impose comme un disque remarquable.

 


 

Note de Desert-Rock
   (7,5/10)

Note des visiteurs
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