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Coffin on Tyres – Erase

On avait quitté les parisiens de Coffin on Tyres en 2010 avec un « Red » prometteur, Stone-Agien et accrocheur, glissant le groupe dans les révélations françaises à suivre avec attention et puis, bon an mal an, on se demandait un peu où était passé le combo. PAF ! Dans ton fiacre ! 2014 voit débouler « Erase », un 9 titres, gros un poing mal intentionné qui frappe fort et profond.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le gros son de la galette (galette au son, humour, merci). Rendons hommage en premier lieu à Geoffrey Codant qui développe un chant puissant, grave et chaud tout du long. L’expressivité de son interprétation renvoie aux plus belles heures du Seattle des 90s. Imaginez que lors d’un épisode de Nip/Tuck, les chirurgiens greffent une énorme paire de testicules en lieu et place des amygdales d’Eddie Vedder et de Pepper Keenan, vous obtenez la voix de Coffin On Tyres. Voilà. Ce bel organe est soutenu par une assise musicale énorme. Dès le premier titre, « Your affection », on sent que l’on va se faire broyer, laminer par la production du nouvel album. Tout y est massif et rugueux. Le son des guitares, l’impact de la basse, la profondeur des toms, l’équilibre du mix (merci Thomas Bellier) et le mastering massif de Matt Hyde (Monster Magnet, Deftones,…), c’est un mur de parpaing au saindoux qui se dresse devant nos esgourdes apeurées. La maîtrise technique des gonzes fait mouche. Les guitaristes, Baptiste Hottin et Fabien Cornec, tressent un entrelacs de riffs lourds, de notes crunchy et d’intensité, guidé par une section rythmique (Sylvain Destribats à la batterie et Matthieu Larras à la basse) inventive, rugueuse, percutante et groovy. Le contenant est une grosse bouteille de Jack Daniels velue, à la moustache conquérante. Qu’en est-il du contenu ?

Point de bourbon qui tâche et troue l’estomac par ici. Non. « Erase » est un single malt qui se laisse apprivoiser après plusieurs écoutes et mise-en-bouche. Les morceaux se révèlent tous, extrêmement écrits. On a affaire à un stoner intelligent, pouvant s’écouter sur plusieurs niveaux. Un niveau direct et rentre-dedans avec « Right on Time » par exemple, qui souffle, tel Mudweiser, un southern rock chaud et âpre comme de la tequila. Direct aussi avec ce passage insensé de « Upcoming Battle », où à 4min22, le groupe décide de tuer toute personne écoutant ce morceau. Les fuzz-mid-tempo-track, à l’instar de « Your affection » et « Avoided Mirrors » dévoilent un aspect plus composition de l’album, où l’on retrouve ce fameux esprit de Seattle. Les six-cordistes ne se contentent pas de la corde de Mi et ouvrent les accords pour mieux laisser transpirer le chant. Les structures elles-même nous baladent de chorus en ponts, de reprises en respiration noire de croche. Si l’écoute n’est pas attentive sur ces morceaux, l’attention peut se perdre mais une fois le casque vissé aux tempes, on se délecte du spectre gustatif proposé. Les parisiens concluent cet album par un « Leeches » de haute volée, se lançant dans l’exercice périlleux du morceau fleuve. En insufflant une légère touche de 70s (légère hein ! Le groupe fait plus dans la bidoche que dans le légume), Coffin élargit sa palette et propose une traversée by night du périph parisien. Les sens aveuglés par le défilement des notes réverbérées, excités par cette voix susurrée, hurlée, glacés par cet harmonica strident, angoissés par les notes plaintives d’un sax que n’aurait pas renié Giorgio Canali sur son « 1,2,3,1000 Vietnam», les sens retournés donc par cette composition magistrale qui clôt merveilleusement ce bâtard album.

Ils ont mis du temps. Mais l’attente valait vraiment la peine. « Erase » de Coffin on Tyres est a classer dans les grosses sorties de 2014. Mais rappelez-vous, prenez la peine de vous poser pour écouter cet album Ses richesses s’offriront à vous telle cette charmante voisine que vous convoitiez et qui succomba à votre charme incandescent après moultes parades amoureuses.

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