Après le confidentiel « Delirious Rites » en 2023 et le remarqué – ainsi que remarquable – « Amber Eyes » en 2024, le trio fleurant bon l’eau de Cologne se rappelle à notre bon souvenir en balançant « Sub Rosa » au rayon frais de votre disquaire préféré. Incarnant merveilleusement bien la bonne santé de la scène rock teutonne militante, le trio de Rénanie-du-Nord-Westphalie aligne les sorties ainsi que les apparitions – toujours délicieuses – bien placées sur les scènes des principales manifestations européennes dédiées aux registres musicaux en orbite autour du stoner.
Engagée politiquement et vindicative sur les planches, la formation allemande se positionne clairement dans un univers musical souvent fort éloigné de ce type de considération exception faite de Valient Thorr qui firent figure de loups solitaires durant de longues années. Antifasciste et féministe, Daevar poursuit la longue tradition de la scène underground germanique militante et cette dimension secoue un peu une certaine neutralité dans le propos de la scène stoner pourtant constituée par des musiciens très clairs au niveau de leurs positions rarement neutres (hé oui c’est le cas).
Musicalement, le groupe de Cologne se colle les étiquettes : doom, stoner et grunge ; tout un programme autour de la lourdeur en fait. Noire, sombre, psychédélique, lourde ainsi que lente, la musique déployée est propice à toucher un large public de rockeuses ainsi que de rockeurs de tous poils (voire chauves) amateurs de vocaux féminins aériens et délicats qui viennent se poser sur des riffs plombés et des rythmiques de pachydermes en rut.
Peu de surprise avec « Sub Rosa » qui reprend les ingrédients, les marqueurs et la recette déjà éprouvée par ces Allemands pour mettre en orbite 7 nouvelles compositions pour un peu plus de trente minutes, mais un plaisir certain de se repasser ces 7 nouvelles compositions qui évitent le piège du troisième album avec un brio certain. Il faut dire que malgré la jeunesse certaine du combo, il y a un putain de level question technique ainsi qu’au niveau de la qualité des compositions. « Mirrors » est une démonstration du genre : un mur de guitares distordues bétonné par une rythmique impeccable servent d’écrin à des vocaux éthérés presque mécaniques qui se déploient lentement et très lourdement avant un solo overdrivé bien senti qui répond durant un second temps aux chants soutenus par des coeurs ; c’est imparable et la nuque ne peut rester immobile sous ces coup de boutoirs brutaux.
Des premières mélopées sur fond de basse déployées par Pardis Latifi sur l’ouverture « Catcher In The Rye » aux larcens marquant le point final de l’album sur « FDSMD », les Germains nous entraînent dans une succession de titres à la fois oppressants et captivants menés à la baguette par le métronome Moritz Ermen Bausch – à la batterie – qui nous joue d’intéressantes partitions notamment sur le très grungy « Daughter » empreint de changements de rythme bien sentis. Le grunge est aussi perfusé sur le missile « Siren Song » qui rappelle agréablement Soundgarden de la grande époque avec une déclinaison à la guitare par l’orfèvre Caspar Orfgen qui vient se superposer au mur déployé par lui-même afin d’apporter un côté dissonant de derrière les fagots.
Bref, Daevar ne révolutionne pas Daevar avec ce troisième opus réunissant les mêmes protagonistes auprès de la même écurie, mais Daevar évolutionnne Daevar avec un troisième album d’excellente facture qui tape très juste et bénéficie d’une production au poil pour le registre musical dans lequel s’inscrivent les Allemands. Je vous conseiller vivement d’aller jeter une oreille attentive sur le concis « Wishing Well » qui synthétise en 3 minutes et 4 secondes toutes les qualités de ce nouvel épisode dans les tribulations musicales de la triplette de Cologne.
Point Vinyle :
Qui achète encore de la musique physique en 2025 ? A part moi, il doit exister un marché puisqu’outre le digipac de circonstance, cette production est gravée dans des vinyles aux couleurs aléatoires. Etant daltonien et la proposition peu prolixe quant aux déclinaisons question colorimétrie, je vous envoie avec plaisir vers les bandcamp du label ou du groupe (ça tombe bien, générosité oblige : il n’y a qu’à cliquer ci-dessous pour écouter la chose ainsi qu’en savoir un peu plus sur les fameuses rondelles). Faites vous plaiz les enfants !
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