Domadora – The Violent Mystical Sukuma


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Les français de Domadora ne font décidément rien comme les autres. Plutôt « low profile » en termes de promo ou de présence médiatique au sens large, le trio apporte le même soucis de parcimonie et de sélection dès lors qu’il s’agit des expériences live qu’il promulgue ici ou là. La qualité plutôt que la quantité, en gros. Leur second album sort environ deux ans après leur remarquable Tibetan Monk et devrait produire le même effet. Enregistré pour moitié en studio et pour moitié… à l’Auditorium du Louvre (!!), cet album atypique, difficile à dompter, s’avère séduisant à plus d’un titre.

La surprise nous attend au coin des premiers titres de la galette, en fait, et en particulier sous les contours trappus du binôme « Hypnosis » / « Rocking Crash Hero » : les atours jam-esques et psyche emblématiques du groupe sont presque écrasés par la présence d’une paire de monstre-riffs qui nous ferait presque croire à une résurgence, dans l’ombre, d’un Karma To Burn du début de millénaire. Revenus à quelque chose de plus brut, de plus direct, nos parisiens ? Naaaan… ou pas que. En fait le dernier tronçon du disque, et même les segments plus discrets (moins frondeurs) des deux titres sus-mentionnés viennent moduler tout raccourci trop hâtif. Il faut dire que le premier, à titre d’exemple, se complaît dans de roboratives sections de jams impeccablement contrôlées, de breaks somptueux de dynamisme venus de nulle part, comme autant de larmes de joie dans les yeux du fan transi de jam bands en tous genres. Un morceau colossal de douze minutes qui ne mettra pas longtemps à convaincre. Un peu plus loin, « Rocking Crash Hero » joue un peu le même rôle qu’un « Chased and Caught » sur leur galette précédente : un titre carré, droit dans ses boots, tout entier embarqué sous la bienveillance d’un riff quintessentiel parfumé au bitume encore chaud. Le contraste est bien maitrisé tandis que le titre suivant, « Solarium », propose une nouvelle orgie de jams sur plus de seize minutes sans relâche. Puis les deux derniers titres s’engouffrent dans la même brèche de jams échevelées, à rallonges certes, mais qui ne se perdent jamais en court de route.

A l’évidence, l’intérêt intrinsèque de ces compos vaut surtout par le talent des musiciens qui composent le trio. Parce que trio, d’abord : à trois, pas le droit à l’erreur. Et puis parce qu’osmose, tout simplement : même si tous les plans sont calés pour dérouler un tapis rouge à Belwill, guitariste de son état, qui répand sa science du solo pendant des pans entiers, la section rythmique, en phase parfaite, porte la musique du combo dans d’autres sphères. A noter aussi : les timides sections vocales, rares, tombent toujours à point. Petite réserve instrumentale : les tunnels de ride qui défilent pendant de longues minutes non stop viennent un peu piquer dans les aigus quand on n’est pas un afficionado de la cymbale… Mais en même temps il faut bien combler le spectre sonore… En tous les cas, le son aussi a la patate, et l’on met au défi quiconque de distinguer les titres enregistrés dans l’un ou l’autre des lieux pré-cités (un mastering-parpaing effectué dans les studios texans de Wo Fat n’est probablement pas étranger à l’affaire).

A l’heure des bilans, et après des dizaines d’écoutes, le plaisir est toujours au rendez-vous pour tout amateur de musique « libre », tour à tour carrée puis en pur délitement structurel. Evidemment, les mélomanes amateurs de jams sont déjà sur le site web du groupe pour commander la galette. L’album n’a pas la fraîcheur de la découverte (le premier disque nous aura déniaisé) mais son approche musicale (qui ne tombe jamais très loin des illustres Tia Carrera) finira de convaincre les autres : The Violent Mystical Sukuma n’est pas uniquement un prétexte à porter leur musique sur scène : il apporte un plaisir vinylique authentique, qui devrait laisser peu de place aux autres groupes sur votre platine dans les prochaines semaines.

 

(Note : artwork “Après Jacques Villon, Marcel Duchamp; Léger, Kupka et les autres” – Figure Solaire, série Les Grandes Têtes. Peinture de René Pradez (1933-2013) – Soutien gracieux)

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