Sons Of Otis – Isolation


Sur chacun des plans des millions de sphères du multivers, il existe une incarnation du champion éternel qui, délibérément ou non, est le gardien de la balance cosmique. Et à l’inverse de ce concept, inventé par l’écrivain Michael Moorcock, il existe un loser éternel répondant au nom de Sons of Otis, qui n’a de cosmique que la musique. Pourtant les natifs de Toronto (et s’il était là le problème ?) ont tout bien fait, publiant en 25 ans 7 albums ayant, à différents niveaux, de quoi marquer durablement l’histoire de la musique alourdie. Le pinacle de leur discographie sort même en 1999, en pleine période stoner rock, via le plus important label du genre (Temple Ball sur Man’s Ruin). Si à 50 ans on a pas écouté cet album c’est qu’on a raté sa vie. Leur résurrection via Small Stone Records leur permet de publier Seismic l’une des toutes meilleures productions de la décennie passée mais rien ne semble y faire, les déboires (de batteurs, de tourneurs), conjugués au caractère de Ken Baluke (qui n’est pas réputé pour être le plus vivable des artistes) et à une malchance certaine, semblent constamment rappeler Sons of Otis dans les limbes de la seconde division dont ils ne se sont jamais vraiment extraits.

8 ans se sont écoulés depuis Seismic et c’est à la faveur d’une tournée commune avec Dopethrone et Bongzilla en 2018 que le groupe fait la connaissance de Totem Cat Records, qui a propulsé la carrière des premiers et réédite méthodiquement les classiques des seconds. Sons of Otis profite des deux mamelles du label : Paid To Suffer et Spacejumbofudge sont ainsi réédités (Temple Ball est à suivre), préparant idéalement le terrain pour la publication d’Isolation. Quel plaisir de retrouver le trio tout en maestria, riffs hypnotiques et chant noyé dans les effets ! Baluke sait qu’il tient une formule qui fait remonter le temps et c’est à la fin des années 90 que le son de cet album nous renvoie, à une époque où rendre hommage à Black Sabbath ne voulait pas dire copier leur son. « Blood Moon » s’ouvre d’ailleurs sur un accord triton nous faisant immédiatement demander « quelle est cette chose, qui se tient devant moi ? ». Mais à l’instar des premières mesures de « Flower Travelin’ Man» d’Earthless, convoquant Led Zeppelin, la citation a ici pour vocation de nous emmener plus loin. Et plus loin c’est ici 57,6 millions de kilomètres plus loin, dans l’espace. L’isolement. Un thème intéressant en ces temps distanciés. Sons of Otis nous met en quarantaine, loin des modes faites de metal extrême ou de sombres musiques pleurnichardes. Les fils d’Otis font dans l’élévation, dans le monte-charge. Dans le tempo pesant, la fuzz grave et la mélodie en boucle : la transe distordue, comme ils l’ont toujours pratiquée. Et « Blood Moon » sature l’espace par ses moments de growl des enfers, « Hopeless » bourdonne, installe la gravité. La présence de « Theme II », 6 minutes d’ambiance macabre amenant la déferlante « Trust » renvoie directement à « Theme » de Spacejumbofudge. Plus que simplement marquer la filiation, Sons of Otis rappelle que même si ses retours sont sporadiques, ils constituent à chaque fois de véritables évènements pour les quelques irréductibles pour qui un vrai album de doom cosmique peut remettre un peu de saveur à une année sinistrée.

Le disque de l’année ?

 

Pont Vinyle :

3 options pour Isolation : une édition spéciale limitée à 100 exemplaires, le lp étant à l’image de la pochette, dans un superbe splatter rouge et noir, accompagnée d’un artbook, Sold out en une journée, 200 ex noir et rouges et 200 autres noirs.

 


 

Note de Desert-Rock
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