Ed Mundell, 16 avril 2005, Sojo, Leuven, Belgique

Samedi 16 avril 2005. Cette date restera marquée d’une pierre blanche pour tous les amateurs belges de stoner. C’est aujourd’hui qu’a lieu ce qui risque bien d’être le dernier concert au Sojo. Depuis cinq ans, l’association Orange Factory organise ses « Stoner Sessions » dans ce club mythique. Grâce au dynamisme d’une dizaine de bénévoles entièrement dévoués à la cause d’une musique encore sous estimée, nous avons pu assister aux concerts de la crème des groupes stoner. Dozer, Karma to Burn, Atomic Bitchwax, Earthlings?, Nebula, Hypnos 69, Hidden Hand, Los Natas, Brant Bjork, Colour Haze, The Heads, … La liste des groupes qui ont foulé les planches du Sojo est interminable.
Malgré des débuts difficiles, l’endroit s’est rapidement forgé une excellente réputation grâce à son charme désuet et à la qualité de l’organisation. On venait de loin pour se serrer dans ces quelques mètres carrés sombres et toujours enfumés.
Mais suite aux plaintes de quelques voisins grincheux, Orange Factory s’est vu interdire l’exploitation de la salle pour l’organisation de concert. C’est donc avec un goût amer dans la bouche que le public franchit une dernière fois les portes du lieu.
A l’affiche ce soir, Ed Mundell, guitariste de Monster Magnet et ex-membre de The Atomic Bitchwax. Seul avec sa guitare acoustique. Pour la petite histoire, Ed n’est pas en tournée mais il se trouve qu’il réside pour quelques semaines dans la région. Il a donc accepté de venir jouer au pied levé dès que la triste nouvelle a été annoncée.
Pendant qu’il discute tranquillement au bar en sirotant un verre de vin, la salle se remplit. Tous les habitués sont là, évidemment. Personne ne voudrait rater ce dernier rendez-vous, surtout avec un hôte de cette qualité.
Sur scène, un tabouret et un micro mais aussi une batterie et deux amplis. Pour un concert solo acoustique, çà fait beaucoup. On nous prépare forcément quelque chose.
Vers 21h00, Ed quitte le bar et parcourt les 3 bons mètres qui le séparent de l’estrade pour empoigner sa guitare. Sur un ton timide, il annonce qu’il va interpréter quelques morceaux uniquement instrumentaux et que si certains ont des souhaits particuliers, les demandes sont les bienvenues. Il entame son set par un morceau de son cru et l’assistance l’écoute dans un silence quasi religieux. Dans ces conditions de jeu, il est impossible de masquer les erreurs sous des tonnes d’effets mais Ed fait preuve d’une dextérité à dégoûter tous les guitaristes présents. Ils enchaînent avec deux morceaux basés sur des riffs de Monster Magnet qu’il adapte pour en faire des démonstrations de tout ce qu’il est possible de jouer avec une simple guitare acoustique. Le concept peut sembler rébarbatif mais ce surdoué nous offre une musique d’une richesse inouïe qui ne laisse personne indifférent.
Après une gorgée de vin rouge, il introduit « The Formula » en nous révélant qu’à la base, The Atomic Bitchwax était un groupe acoustique dont la musique ressemblait à ce qui va suivre. On n’en doute pas un instant.
Nous avons droit à deux morceaux supplémentaires avant qu’il ne s’inquiète de l’heure. Il est au courant de la situation et ne voudrait pas provoquer de problèmes en jouant après 22h00. Il n’est que 21h30, ce qui lui laisse le temps de jouer un dernier morceau avant de nous promettre une petite surprise. Il attaque alors une version incroyable de « Nod Scene » qui rend hommage au talent de composition de Dave Wyndorf. Le public réagit comme s’il s’agissait d’une version électrique de cet incontournable, certains se laissant même aller au headbanging.
Le temps de déposer sa guitare, il est rejoint par les membres de Hypnos 69 pour une deuxième partie de soirée qui promet d’être beaucoup plus électrique.
La dernière prestation de ce fleuron du stoner belge m’avait laissé dubitative. Le groupe s’est adjoint les services d’un saxophoniste et propose maintenant un rock orienté guitare truffé de passages expérimentaux plus jazzy. Tout cela est un peu décevant face à la débauche de riffs auxquels ils nous avaient habitués.
Mais ce soir, malgré la présence du saxo, c’est bien de rock’n’roll qu’il s’agit. Plutôt que de revisiter leurs répertoires respectifs, Ed Mundell et ses comparses d’une soirée se lancent dans une jam musclée faisant la part belle aux duels de guitares. Le public se déchaîne, conscient d’assister à un moment unique et éphémère. Ed dirige l’ensemble, lançant le thème principal avant de laisser les mecs d’Hypnos 69 improviser. Ils se connaissent depuis quelques jours et on à l’impression qu’ils jouent ensemble depuis des années. Le batteur s’adapte sans problèmes aux changements de rythmes pendant que le bassiste, d’une régularité sans failles, donne une base solide au morceau, permettant aux autres de partir dans des délires sans fin.
Après deux jams de près de 20 minutes, les musiciens quittent la scène devant une assistance hystérique. Si ce soir un voisin porte plainte pour nuisances sonores, ce sera probablement autant à cause de la clameur du public que du concert en lui-même.
Faisant fi de l’heure tardive et du risque de voir débarquer la police (qui risque d’être très mal reçue), le groupe remonte sur scène pour un dernier morceau sur lequel Ed et Steve se déchaînent, alternants riffs bien gras et solos bluesy. La complicité est totale, la machine tourne parfaitement et l’on voudrait que cela ne s’arrête jamais. Il est 22h45 quand les héros de la soirée finissent par déposer les armes. Même si chacun sait que ces murs ne résonneront plus de cette musique avant longtemps, ce sont bien des sourires qui illuminent la face des fidèles présents ce soir. On ne pouvait rêver mieux pour un dernier concert.
Merci Orange Factory.

Jihem

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