Monkey3 – 12 et 13/12/2025 – Lucerne – Planétarium du Musée Suisse des Transports

Joie de se retrouver à Lucerne en ce vendredi 12 décembre, Fête Nationale à Genève, pour le premier des deux soirs qui verront les riverains d’un autre lac mythique (lequel ? lequel ?) se produire dans le Planetarium du Musée des Transports. Excité comme une puce, bondissant tel le gibbon sous taurine, je me rends dans ce lieu prisé des astronomes en herbe (pas celle qu’on fume) pour assister à une expérience inédite : se taper un concert psychédélique le cul posé dans un fauteuil de cinéma (genre les trucs qu’on trouve dans les avions dans les classes supérieures) et les yeux plongés dans les images du cosmos. Quand je dis posé, vautré est plus adapté puisque la configuration des lieux est agencée afin que le spectateur puisse mater le plafond en demi-cercle afin de se plonger dans les astres à 180°. Position inédite me concernant pour assister à une performance musicale (déjà qu’assis ça me convainc moyen, mais là on est clairement au-delà) et démarche novatrice de la part des artisans de cette performance visant à rassembler sous un même toit étoilé la science, la poésie et des riffs distordus.

La fête s’annonce belle ainsi que fédératrice pour ces deux soirées sold out puisque tant le vendredi 12 que le samedi 13, un set identique sera déployé. Quand je dis identique, il faut quand-même se rappeler que Monkey3 s’autorise en permanence des écarts improvisés par rapport aux originaux gravés dans le sillon. L’expérience proposée a par ailleurs vu converger à Lucerne un public dépassant largement les frontières linguistiques et nationales. Les différences principales entre ces deux soirées (la surprise en moins), et pas des moindres, étant que le deuxième show a subi quelques retouches – à la marge – sur les visuels, gagnant ainsi en dynamisme, a vu le groupe remercié par une standing ovation saluant son départ du rond central, et surtout que les quatre suisses étaient beaucoup plus détendus (l’essai était transformé comme on dit dans le Sud-Ouest) et par conséquent plus en jambes pour se laisser aller à des variations sur leurs thèmes. « Through The Desert » taille XXL a constitué une énorme baffe dont je peine toujours à me remettre après quelques jours. Ce titre majeur de la carrière conséquente de Monkey3 se bonifie au gré des années depuis sa sortie sur Beyond The Black Sky en 2011. La version du vendredi était grandiose, mais celle du samedi était carrément transcendante, voire orgasmique, avec le soutien des captations désertiques comme support visuel. Au niveau des images c’est partiellement sur terre, dans le désert pour être précis, que l’action se déroulait avec le piquant du cactus rappelant le design de nos pages au passage.

Les Romands ont bichonné depuis leurs débuts le volet visuel de leurs prestations, mais jamais leurs sons n’auront été poussés aussi loin dans ce mariage. Le résultat a été au-delà de mes attentes. Purée ! Quelle fête ça a été ! Quelle expérience jubilatoire ! Pas de moshpit dans la place (que des moches au centre selon les mauvaises langues), mais une immersion totale dans l’univers des Lausannois. Il faut dire que depuis la généralisation des téléphones intelligents, certains concerts ressemblent plus à des conventions de geek qu’à un partage autour de la musique (je concède au passage avoir usé de mon appareil afin de vous rendre compte de ces shows, donc je me pardonne tout seul) et il faut bien avouer que plongé dans le noir, sans accès au bar facilité, sans revendeur de boissons ou poseurs en tous genres (et de tous les genres de l’univers), le focus sur la musique était total car quasi exempt de stimuli y compris de la part des musiciens relégués au troisième plan (soit derrière leur musique et les projections).

Les spectacles ont démarré sans un mot en acoustique, dans le noir avec un quatuor en rond qui se fait fasse et communique en interne sans jamais être mis en valeur visuellement, puisque tel n’était pas le propos de ces performances qui ne demandent qu’à s’exporter. Si export il y a : vous pouvez compter sur ma présence tant j’ai savouré cette pertinente rencontre de la chose astronomique et du son cosmique. Pas même un micro pour annoncer l’orchestre ou dire merci les gars et à la revoyure…

Comme annoncé dans ces colonnes, c’est sans électricité que la chose s’est mise en marche avec Guillaume qui délaisse son synthé (et sa traditionnelle vape) pour appuyer Boris aux guitares et ça la fait rudement bien ! Ce sera ainsi pendant une demi-heure intimiste sublimée par les visuels cosmiques puisés dans l’impressionnante collection de l’hôte. La version unplugged de Monkey3 est savoureuse, elle permet une relecture singulière de titres basculant presque dans le registre de compositions inédites dans leur interprétation feu de camp comme « Ida » de l’avant-dernier Sphere ou « Black Maiden » du troisième opus par exemple. La section rythmique, impeccable, avec Walter à la batterie et Jalil à la basse a été épatante dans cette configuration inhabituelle en démontrant son talent dans un exercice presqu’à poil puisqu’exempte d’effets scéniques dissimulant un pain ; quelle classe Messieurs !

L’électricité se déploiera au bout de 30 minutes de jeu et les projections se dynamiseront pour soutenir le propos plus habituel du quatuor. Plongé dans le noir, Monkey3 exécute parfaitement une brochette de morceaux gagnant une dimension supérieure dans cette configuration. Comme souligné plus haut, visuellement le groupe ne capte pas les regards de l’auditoire cachés qu’il sont dans la pénombre ; Boris arrivera néanmoins à communiquer dans la langue des signes pour s’assurer que le public est encore vivant avant d’embrayer sur le final en apothéose. Il s’agit ici de souligner qu’assister non pas assis, mais quasi couché à un concert psychédélique est une lutte pour certaines paupières à considérer certains spectateurs assistant les yeux grands fermés à ces prestations (peut-être pour s’immerger plus encore dans la toile tissée par ces Suisses).

L’alchimie est si parfaite entre les visuels récoltés par les scientifiques au fil des années et les sons de nos singes préférés que cette performance apparaît finalement presque évidente ; on en vient presque à se demander pourquoi elle n’a pas été déployée plus tôt dans la riche histoire de l’art helvétique. Je m’attendais à un truc grandiose et au final c’était au-delà du grandiose. La sélection de titres a ratissé large avec des bijoux de toutes les étapes de l’existence musicale de Monkey3 dont « Electric Mistress », « Jack », « Kali Yuga », « Collapse » ou l’emblématique « Icarus ».

Le public ressort de la salle des étoiles dans les yeux et le visage flanqué d’une énorme banane. Même avec le bordel environnant et les baffes quotidiennes que la vie nous balance, je garde ce sourire béat en repensant à ces deux soirées exceptionnelles. Merci !

 

2 commentaires 
  • So well written, and i must say i am so proud that I was the one who initiated this whole concert for Monkey3 at the Planetary and brought them all together for this now legendary set of 2 evenings. Thanks Chris to have seen it like that, and thanks to Marc Horat from the Planetary to believe in the project and of course most thanks to Monkey3 to trust me for collaboration and for their so delightful music

    FR
    C’est tellement bien écrit, et je dois dire que je suis très fier d’avoir été celui qui a lancé tout ce concert pour Monkey3 au Planetary et de les avoir tous réunis pour ces deux soirées désormais légendaires. Merci Chris d’avoir vu les choses ainsi, merci à Marc Horat du Planetary d’avoir cru en ce projet, et bien sûr un grand merci à Monkey3 de m’avoir fait confiance pour cette collaboration et pour leur musique si délicieuse.

  • Chris

    Bonjour Lukas,
    Merci pour ce retour et ENORMES MERCIS d’avoir été celui qui a lancé ce projet extraordinaire dans tous les sens du terme !
    Recommence quand tu veux !

Laisser un commentaire

  

  

  

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.


Se connecter