LOS NATAS – mai 2003


Sergio Ch, Walter Broide et Gonzalo Crudo Villagra constituent le triangle Los Natas. Un trio de feu, né en Argentine courant 1993. Quatre albums au compteur, un split avec Dragonauta, un autre avec Dozer et un projet décentré, intitulé « Toba Trance » enregistré récemment pour le label finlandais Ektro Records (60 minutes de musique méditative indienne). Leur dernier effort, « Corsario Negro » a été élu meilleur album de l’année 002 par la Brotherfab Corp. Profondément original, ce groupe ambitieux n’a jamais cessé de remettre son œuvre en chantier, gagnant ainsi progressivement en autorité et en maturité. Si bien qu’à force de travail et de ténacité il est parvenu à distancer – et de loin – les ténors du stoner rock mondial se complaisant dans le ressassement des mêmes riffs. L’usage de la langue espagnole est bien entendu un atout de poids dans cette compétition artistique, puisqu’il singularise nettement ses promoteurs du reste de la production mondiale. Mais c’est loin d’être le seul argument en faveur de Los Natas. Dans le panorama du stoner rock actuel, la première place lui revient de droit car il est un des seuls à être parvenu à le renouveler musicalement. Cela constitue à mes yeux le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre. Là ou les uns, majoritaires, l’épuisent à force de mimétisme stérile, Los Natas le rend plus fort et plus fertile à force d’expérimentations audacieuses. Mais se situer à l’écart du troupeau n’est jamais sans danger. Il ne reste qu’à espérer que cette démarche fasse école. En attendant les signes d’un renouveau massif, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Sergio, le guitariste-chanteur du groupe entre les deux tours de l’élection présidentielle argentine.

Depuis vos premiers disques vous semblez prendre davantage de distance par rapport à Kyuss. « Ciudad de Brahman » était encore quelque peu empreint de cette référence, mais là, avec « Corsario Negro », vous semblez avoir trouvé votre propre voie. Comment expliques-tu ce processus ?

Je ne sais pas vraiment. Lorsque nous avons enregistré « Delmar » en 1995, nous ne connaissions presque pas Kyuss. Il semblerait que nous ayons été traversé par le même esprit, par les mêmes vues, les mêmes influences, je ne sais pas… « Corsario Negro » représente ce que nous vivons au quotidien dans ce monde. Un jeu continuel entre de bonnes et de mauvaises vibrations.

Quelle a été la reception de « Corsario Negro » ?

Excellente. Notre label Small Stone a fait du bon boulot, même si le disque n’a bénéficié que de très peu de promo et d’une distribution réduite. J’espère qu’il deviendra un classique avec le temps.

Comment avez-vous obtenu ce deal avec un label français (Patagonia) ?

Si je me souviens bien, ils m’ont envoyé un mail disant qu’ils voulaient faire quelque chose avec Los Natas. Comme dans le même temps Man’s Ruin nous a rendu les masters et les droits pour les albums réalisés avec eux, on s’est dit qu’on allait en faire le « Bee Jesus Boxset » (double CD comprenant « Delmar » + « Ciudad de Brahman » + « El Gobernador », la version vinyle est disponible chez Vinyl Magic).

Quelle a été la place de Billy Anderson au sein de votre processus de création ? Son rôle se limitait-il simplement à être un ingé son ?

Pas vraiment. Il a été le quatrième membre du groupe dès notre premier disque, par l’intermédiaire du courrier. Il nous a guidé pour l’enregistrement, la production… Il nous a donné des idées de sons, de couleurs… C’est un sacré bonhomme qui a fait de belles choses pour Los Natas.

Comment êtes vous entré en relation avec lui ?

On l’a rencontré plusieurs fois à San Francisco lors de concerts. Plus tard, nous l’avons contacté par l’intermédiaire d’un ami commun, Tim Moss de Men Of Porn, qui lui a fait parvenir des démos, des trucs comme ça. Il était très excité à l’idée de réaliser ce projet avec nous

Depuis la France, nous avons un peu de mal à nous imaginer ce qui se passe en Argentine actuellement. La vie est-elle vraiment aussi chaotique qu’il y parait ? Comment est le quotidien pour vous ?

C’est l’enfer ici. D’un point de vue économique, il faut se battre jour après jour. Pas de boulot, tout semble dévasté. Tout ce qui reste aux gens ce sont les montagnes, le désert, la mer, tous ces endroits incroyables dans lesquels nous nous rendons fréquemment, juste aux abords de la ville. Sinon, peu de groupes, quasi pas de labels, de disquaires, rien, la désolation dans tous les sens du terme.

Quelle est ta position de citoyen par rapport à tous ces problèmes ? Plutôt Menem ou plutôt Kirchner ?

Plutôt Mick Jagger !

Vous revenez d’une tournée au Chili. Comment avez-vous trouvé ce pays ?

Groupes cool, gens cool, jolies plages. Excellent vin, bonne bière. Des groupes tels que Hielo Negro méritent le respect.

Justement, que peux tu me dire de la scène stoner sud-américaine ? Quel est votre statut là-bas ? Etes vous considérés comme des leaders du genre ?

Il y a effectivement ici un important regain d’intérêt pour les années 60/70. Je pense que nous sommes simplement les premiers à avoir réintroduit cet esprit sur scène.

Est-ce que vous vivez de votre musique ?

Jusqu’à présent le groupe a fonctionné par lui-même de manière presque professionnelle. Peut-être que dans quatre ou cinq ans nous pourrons nous rémunérer par le biais de la musique et payer les études de nos enfants.

Les enfants sur la photo sont les vôtres ?

Absolument, j’ai deux enfants et Gonzalo le bassiste en a trois.

Un dernier mot ?

Je voudrais te remercier ainsi que tous les dingues de musique à travers le monde !

Take care, Adios !

mai 2003 par brotherfab.

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