SONS OF OTIS – février 2000


Mais qui est Otis ? Ceux qui ont vu le film “Henry. Portrait of a Serial Killer” se souviendront du sinistre acolyte de ce dernier : Otis. Une ordure de premier plan. Veule, fruste, entièrement sous l’emprise d’Henry, son « mentor » à la pathologie plus inquiétante encore. Heureusement, la descendance d’Otis se limite à un nom de groupe. Ceux qui le composent semblent être à l’opposé de ce qui caractérisait l’Otis du film. Affables, serviables et dotés (en apparence) d’un équilibre psychique à toute épreuve. Ces architectes du méga son cisèlent depuis 1992 – à coup d’amplis à lampes et de baffles démesurés –ce qu’ils appellent du Psychedelic Crushing Space Blues . Un genre de heavy rock plus gras que gras au son plus énorme qu’énorme. Les superlatifs font rapidement défaut lorsqu’il s’agit de rendre compte de leur musique avec des mots (cf. chronique disques). Un fan italien a défini l’écoute de leur premier album comme ceci : « fucking 100 woman at once ». Cela donne une idée de l’ampleur de ce qui attend ceux qui oseront se plonger dans la moiteur de leurs compositions. Ces mecs sont l’archétype du groupe-bulldozer qui ne dévie jamais de sa voie. Quel qu’en soit le prix. Ce qui amène quelquefois son cortège de désagréments : batteurs instables (ils en ont usé 9 si l’on en croit leur bio), label inconsistant (Hypnotic les a jeté après leur premier album), utilisation d’une boîte à rythmes (ce qui est pour le moins surprenant pour un genre musical qui revendique l’utilisation de matériel vintage comme préalable incontournable), difficultés à donner des concerts. Mais les choses n’iront pas toujours de traviole pour eux. Roman Sokal, un ami du groupe envoie “SpaceJumboFudge” à Man’s Ruin à leur insu. Kozik est immédiatement conquis et les envoie aussitôt en studio. Naissance de “Templeball” . Et comme les bonnes choses n’arrivent jamais seules, ils trouvent dans la foulée, enfin un vrai batteur : Emilio Mamone. Ken Baluke – chanteur/guitariste et Frank Sargeant – bassiste –peuvent dorénavant entrevoir l’avenir sous les meilleurs auspices. Une tournée européenne en septembre-octobre 2000 avec Electric Wizard , des milliers de fans européens à leurs concerts… Deux conseils pour finir : 1. Ne les loupez sous aucun prétexte en concert, car il s’agit probablement de l’affiche la plus heavy de la terre. 2. Arrêtez de vous nettoyer les oreilles. Le cérumen agrégé sera un premier rempart à leurs déflagrations.

De 92 à 99 vous avez seulement enregistré trois disques et connus beaucoup de problèmes. Pouvez vous nous en dire davantage sur cette période ?

Tu as raison, nous avons eu quelques problèmes pendant cette période. D’abord avec notre compagnie de disques, mais je ne n’ai pas envie de dépenser ma salive pour ça. Ensuite, cinq ou six batteurs ont traversé le groupe. Une fois que nous pensions avoir trouvé le bon, il restait pendant un moment et s’en allait ensuite. Et il fallait tout recommencer à nouveau. Ca a été une période difficile pour Frank et moi. Il nous a fallu garder le cap parce que c’est ce que nous voulons. Maintenant nous avons Man’s Ruin de notre côté et un batteur solide du nom d’Emilio. Les choses ont l’air d’aller mieux à nouveau !

Nous avons lu dans votre dossier de presse que vous aviez une réelle éthique de travail. Qu’est-ce que cela signifie pour vous au quotidien ?

Mon éthique de travail est de ne jamais faire semblant. Toujours y aller à fond. Boulot ou autre chose, je ne déconne pas. Je ne fais jamais les choses à moitié. On fait ce qu’on dit. On ne joue pas.

Et dans la vie alors ?

Dans la vie, j’aime aussi y aller à fond. Etre aussi vrai et original que possible. J’ai failli mourir dans un accident de moto en 93 et ça a changé très rapidement mon regard sur la vie. Tu ne sais jamais quand c’est ton heure. Travailler dur, jouer de son mieux, vivre à fond.

Quel est le secret de ce son écrasant sur chacun de vos disques ?

Il n’y a vraiment pas de secret. C’est juste nous. Nous sommes vraiment branchés sur notre son qui est notre souci principal. On passe des heures à travailler notre son. C’est une quête sans fin. Et c’est très bien, aussi longtemps que le son continue de s’améliorer, ce que je crois être le cas. Si ça sonne bien, c’est forcément bien. L’équipement vintage le permet.

D’où vient ce goût pour le matériel vintage ?

Je ne sais pas vraiment ce que tu entends par là. Tout ce que je sais c’est qu’on n’est plus tout jeune. Frank a 30 ans, Emilio en a 27 et moi je suis le vieux de 35 ans. J’ai commencé en 92 quand j’avais 27 ans. Ce matériel, c’est ce qu’on utilise. Ce n’est pas une mode. C’est pour de vrai. C’est notre vie. Personne ne nous a initié à ce type de matériel vintage. Tu n’as qu’à écouter de vieux disques pour te rendre compte de leurs sons… Si tu veux un certain type de son, il te faut un certain matériel. Nous trouvons que le vieux matos possède le son que nous voulons, alors que le nouveau matos qu’on a essayé ne le fait pas. Ce bon vieux son chaud EXIGE du matos vintage et pas du matos neuf qui essaie de sonner comme du vieux.

Dans votre processus, qu’est ce qui est venu en premier ? L’achat de matériel vintage ou « on joue notre musique et le matos viendra après ? »

Le matos d’abord. Depuis que j’ai commencé le groupe, j’ai essayé beaucoup d’amplis, de baffles et de guitares différents. Même chose pour Frank avec ses amplis basse. On est TOUJOURS à la recherche des sons. Il nous a fallu utiliser du matériel différent et les gens disaient que ça sonnait bien heavy mais on savait que ça pouvait sonner encore plus heavy. Tu es encore plus dedans quand tu arrives à faire sonner ça comme ça sonne dans ta tête.

Est-ce que vous vivez du groupe ?

Si seulement ! Mais malheureusement nous avons tous des boulots. Frank est imprimeur, Emilio travaille dans un bar et je suis technicien dentaire. Tu le crois, ça ? On démissionnerait dès demain si la musique pouvait nous prendre en charge. Pour l’instant, on travaille le jour, on joue la nuit.

Qu’est ce que vous faites en dehors du groupe et du boulot ?

La musique est notre principale préoccupation. Comme je te l’ai dit, si je ne travaille pas, je suis au local à travailler sur les sons et les compos. Frank est branché tatouages et piercings. Emilio aime la pêche. Pour moi, c’est le basket et me prélasser au soleil.

Quelles sont les influences déterminantes pour Sons of Otis ?

En premier Jimi Hendrix. J’aime aussi Albert King, Robin Trower, Stevie Ray Vaughan et bien d’autres. J’aime le blues. J’aime aussi Monster Magnet, Kyuss, Melvins, Shallow North Dakota et Sleep. Tous les trucs super heavy. Mais on essaie de créer notre PROPRE son, notre propre MONSTRE.

Tu parlais de Robin Trower. Est ce que la nouvelle version de Windows et le titre Diesel sont un clin d’œil à Bridge of sighs ?

Je n’y avais jamais pensé. Peut être inconsciemment. J’aime bien Trower et le morceau Bridge of sighs.

Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Government Mule : une tuerie ! Unida, High On Fire, ZZ Top et la liste continue. Frank aime Motörhead et Danzig. Pour Emilio c’est Nebula, Fatso Jetson, Karma To Burn et Acid King.

De quelles personnes vous sentez-vous proches en dehors du rock’n’roll ?

Aucune idée. On n’aime pas beaucoup de monde.

Quelles sont vos inspirations au sens le plus large du terme ?

L’herbe inspire. Jimi inspire. Le son inspire. Quand mon ampli est allumé et que le son tue, ça m’inspire pour jouer des choses dont je n’aurais pas idée. C’est comme ça… toujours improviser, ne jamais jouer deux fois de la même façon.

D’après toi, quel est le meilleur remède contre la nausée ?

Le tout-puissant cannabis, plus connu sous le nom d’herbe. I love you sweet leaf !

Votre logo semble être une partie importante de votre visuel. Est-ce que l’herbe est une partie importante de vos vies ? Quelle est la législation à ce sujet au Canada ?

L’herbe tient une grande place dans nos vies. Sans l’herbe, vous auriez affaire à trois mecs très énervés ! Quand je ne travaille pas, je fume des bongs à la maison en écoutant des disques. Pour la législation, tout ce que je sais, c’est que c’est illégal. Et c’est bien triste.

Qu’attendez-vous d’un concert et pourquoi ?

Déjà, ne pas avoir affaire à des connards ou des emmerdeurs. Notre boulot est de jouer de la musique, pas de s’occuper d’argent, de tickets de boisson ou de guest list. On veut juste jouer et passer un bon moment, qu’il y ait 10 ou 1000 personnes. On y va à fond !

Quand vous verra-t-on en Europe ?

On aime bien jouer en concert et on essaie de le faire aussi souvent que possible. Malheureusement notre musique est beaucoup trop heavy pour Toronto. Cette ville est molle. Quelquefois cela ne vaut pas le coup de jouer ici. Ce serait bien de prendre la route et de jouer devant des fans enthousiastes. On est sur le point de boucler une tournée européenne cet automne avec Electric Wizard, de fin septembre à fin octobre. Pour l’instant, nous avons deux dates en France à Paris et à Orléans début octobre. On verra bien ce qui se passera.

Kristin, l’ex-batteuse de Carn (ndlr : actuelle batteuse de Caldera) avait postulé pour la place de batteur. Si vous n’aviez pas trouvé Emilio peu de temps auparavant, aurait-elle eu une chance avec vous ?

On a eu une paire de batteurs provenant de différentes villes, qui se sont proposés de faire un essai, mais c’est plus simple d’avoir quelqu’un de chez nous. Je suis sûr qu’elle est une bonne batteuse, mais nous sommes ici à Toronto et elle est là-bas. Pas facile, de tels déplacements, hein ! Nous espérons la rencontrer quand on viendra en France et en Belgique. Prépare toi, Europe ! On apporte du heavy et des soucoupes volantes !

février 2000 par brotherfab.

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