EyeHateGod – A History Of Nomadic Behavior

Label : Century Media (2021)
Chroniqué par Iro22

Le sludge est affaire de chaos. Le genre entier repose sur le rejet d’une société égoïste et excluante, sur un refus de la norme. C’est le black metal pour ceux qui sortent de chez eux et voient le monde tel qu’il est. Pour qui nihilisme n’est pas un prête-nom pour racisme. Le rejet de la société et non de l’individu. Et sans le chaos, le sludge risque les mêmes affres que le punk. C’est la porte ouverte aux mélodies (premier pas vers la pop), c’est la possibilité de s’assagir, de prendre conscience de son embourgeoisement. Des angoisses qui traversent plus l’auditeur que les membres d’EyeHateGod qui, désormais cinquantenaires, ont plus d’une fois regardé la tempête droit dans les yeux et se sont toujours sorti des griffes du mandarin.

Avec A History Of Nomadic Behavior, EyeHateGod semble avoir pour la première fois trahi le contrat moral qui le lie à son auditeur en proposant une production… propre. « Je n’ai quasiment aucun souvenir des enregistrements précédents, vu dans quel état j’étais en studio » se défend un Mike Williams ayant retrouvé la/le foi(e). Mais sommes nous prêt à accorder à EHG le droit à la sérénité ? Parce que le sludge sans larsen ni distorsion sonne comme du blues. Le vague à l’âme. Les maux bleus. Mais EyeHateGod, collectif aux trente années au service du chaos pour six rares albums, n’a pas droit à la rédemption. Celle pourtant accordée à Dax Riggs sorti de son bain d’acide pour réenchanter la Louisiane de son blues corrosif. Mais pas EHG. Jamais. Comment pardonner le riff de « The Trial Of Johnny Cancer » ? C’est le chaos qu’on assassine, c’est un miroir que l’on nous met sous le nez, révélant cernes et cheveux blanc. Le visage d’un cadre intermédiaire dans le tertiaire. Eyehategod ne sont certes pas les premiers à avoir lâché. C’est notre colère par procuration dont le groupe nous prive. Parce que nous avons un genou à terre et allons chaque jour à l’école ou au travail. Mike Williams ne dit d’ailleurs rien d’autre sur « Every Thing, Every Day ». Il est vrai que le son de guitare a souvent de quoi faire sourciller. Plus que la production « assagie » il est là le véritable scandale de cet album : les riffs ne sont pas à la hauteur. Jimmy Bower, que l’on sait avoir traversé quelques difficultés d’ordre psychique ces derniers mois, livre ici une partition bien trop faible face à la qualité habituellement proposée. « Fake What’s Yours » démarre plutôt bien, vraiment, avant de patauger les pieds dans la boue ; « Current Situation » nous extirpe d’un passage bruitiste, EHG jusqu’au bout du larsen, par un riff qu’aurait refusé le plus opportuniste des groupes de stoner grec. Non vraiment quelqu’un semble avoir coupé le power de Bower. Pas une accélération punk hardcore, pas un break fracassant la rythmique avec anarchie, pas un titre (à part peut être « High Risk Trigger ») qui pourrait prétendre à s’insérer sur l’album précédent (sans nom – 2014). Pourtant ce nouvel album a de nombreuses qualités à défendre. Notamment en ce qui concerne les prestations vocales de Williams, jetant ses idées dans le désordre de son esprit, créant, par la juxtaposition des thématiques, le canevas de sa sourde colère. Toujours précis, parfois génial, Williams rappelle qu’il est le chaos, en toute circonstance sans que cela ne suffise malheureusement pour pallier à la désertion de Bower (« The Outer Banks », cas d’école de cette dichotomie d’implication, avec pourtant l’un des seuls passages accélérés du disque). Quelle terrible frustration.

Encore ébranlé par le souvenir des nombreux concerts d’anthologie donnés par le groupe (de ce côté Paris a été plutôt gâté, entre la conquête express de Glazart un soir de grand retard et la défaite de la musique), il ne reste plus qu’à espérer que cette panne de courant ne soit que passagère, et que le prochain album du groupe nous mette de nouveau… Chaos.

 

Point vinyle :

Century média fait dans le noir bien sûr et trois petites éditions limitées : 200 copies en gris, 200 en Bottle Green et 300 en magenta. Les LPs couleur, le seul plaisir restant au cadre intermédiaire dans le tertiaire. J’en ai pris un de chaque.



Note de Desert-Rock :
   (6.5/10)

Note des visiteurs :
   (0/10 – 0 vote)

(Pour donner votre note, cliquez sur le nombre de cactus voulus)


Partager cet article :
Voir toutes les chroniques de :
 
 

  •   English version



On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

Voir plusVoir moins

Voir sur Facebook