
Kaleidobolt, depuis le tournant de la décennie 2010, marque la scène de son empreinte délurée, pour ne pas dire complètement hystérique. Ce trio finlandais fait souffler, à chaque nouvel album, un vent de folie dans les bronches du rock Prog, avec tout ce que cela comporte comme déclinaisons. Vous l’aurez compris, on est face à de l’inclassable, à tel point qu’on pourrait presque se demander ce qui justifie leur présence en ces pages. Qu’importe : on y trouve suffisamment d’influences et de culture commune pour qu’une fois de plus on vienne poser sur la platine un de leurs disques, en l’occurrence leur dernier-né, Karakuchi, cinquième long format studio, toujours chez Svart Records.
Il faudra bien un verre de karakuchi (saké sec) pour faire passer la lourdeur de la pochette, une lourdeur farceuse où l’on sera libre de voir l’influence de Motörhead, Kiss, Emerson Lake and Palmer ou encore Deep Purple. Bref, on ne navigue pas dans le meilleur des goûts, mais cet artwork vaut le détour, au moins pour la blague.
Comme le laisse présager la livrée du disque, Karakuchi est sans doute l’album le plus échevelé du power trio, probablement aussi le plus proche de leur esprit live. Les pistes filent à toute allure, tout part dans tous les sens, et les 37 minutes (seulement) de l’album laissent l’oreille désorientée, avec une irrépressible envie d’y revenir.
« Light On, Nobody Home » est à peu près aussi dingue que la fuite en avant du film Les Blues Brothers. Tout comme « Coping », le morceau concentre l’esprit du groupe : ça gueule, ça déborde, et ça fait briller un sens du rythme et de la mélodie sans concession. Sonorités de basse déjantées, batterie de poulpe épileptique : Kaleidobolt cultive la passion du contretemps entre basse et batterie, offrant à l’auditeur une impression de joyeux bordel indescriptible.
Malgré cela, il en faut sous la pédale pour produire une telle sensation, et le groupe démontre ici qu’il n’est pas qu’un trio bon pour l’asile, mais bel et bien une formation très pro, capable de contenir sa verve créatrice dans un cadre rigoureux. Certes, « Light On, Nobody Home » s’en retrouve édulcorée à souhait, mais difficile de ne pas être tout aussi impressionné par la plus heavy « Turn of Luck », où les cordes enchaînent mélodies aguicheuses et envolées délirantes, tandis que les chœurs portent un chant aux variations aussi séduisantes qu’intrigantes. On comprend alors qu’il ne s’agit pas d’une agressivité gratuite : Kaleidobolt sait aussi insuffler une vraie légèreté dans ses compositions dès que c’est necessaire.
Dans un registre que l’on pourrait juger plus classique, « Astro Boy/Ochanomizou »déboule sur la platine comme une charge de cavalerie, pendant que « Duuude » introduit au burin des riffs d’une lourdeur tellurique et résolument doom. L’articulation est parfaite pour aboutir sur « Friends of Fire » qui finit de sceller le cœur de l’album avec une détermination et une débauche d’énergie sans faille..
À faire la synthèse de tout cela, on pourrait craindre un album décousu, où l’on aurait à boire et à manger sans véritable fil conducteur. Et il faut bien admettre qu’à moins de s’être gavé de produits euphorisants, celui-ci ne saute pas immédiatement aux oreilles. Pourtant, on ne ressort pas totalement déboussolé ni sans envie. Dans ce bloc de neuf pistes, chaque composition frappe comme un coup de fusil dont on se souviendra. Karakuchi s’impose sans doute, à ce jour, comme le meilleur cru de Kaleidobolt et probablement pas la fin de leurs aventures.
Astro Boy / Ochanomizu de KALEIDOBOLT
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