Concert « Warm Up » – 13/05/2026 (Neue Zukunft, Berlin)
Comme chaque année, le Desertfest préchauffe ses dilettantes lors d’une soirée berlinoise organisée la veille des hostilités. Histoire d’éviter de se choper un torticolis dès le début de la bamboche, direction cette fois le Neue Zukunft, dans l’arrondissement de Treptow. Cette sorte de biergarten post-apocalyptique, entre hangar et repaire de fin du monde, mêle activités de picole, projections cinématographiques et prestations musicales dans une ambiance déjà bien chargée en décibels et en houblon.
Pour ouvrir cette warm-up, les Brésiliens de Red Mess, désormais installés en Allemagne, chauffent rapidement la salle avec leurs titres catchy portés par une section basse-batterie solide et une guitare stoner parfaitement maîtrisée. Krake remet ensuite une couche d’enthousiasme avec son stoner doom nourri à l’esprit punk, chanté en allemand, et des morceaux à décaper les plus grincheux comme “Rein Rein Rein” et “Loch”.
Mais la soirée atteint son paroxysme avec Solace, véritable tête d’affiche de cette mise en bouche berlinoise. Attendus depuis 2009 dans la capitale, les Américains déversent un set incandescent où “Spiral Will”, “Desert Coffin” ou encore “Fettered to a Stone” soulèvent une salle chauffée à blanc, confirmant qu’en dépit de la rareté de leurs prestations, Solace reste capable de donner une véritable leçon de haute volée.
Jour 1 – 14/05/2026
Le Desertfest Berlin est désormais bien installé dans le complexe Columbia, écrin idéal pour accueillir les prestations des trois prochains jours, avec son énorme salle principale, et sa belle salle annexe, le tout bordé de cours et salles diverses pour se détendre…
V’GER GALAXIS
V’ger Galaxis remplace au pied levé Earthbong et, sur le papier, c’est une réelle déception car ces derniers étaient sans doute à découvrir rapidement. Mais nous avons vite séché nos larmes de crocodile devant cette formation allemande, carrée et aussi stoner que garage instrumental. Le festival s’annonce prometteur si tous les groupes de la petite salle/théâtre sont de cet acabit, et le public, peu avare en ovations, semble être d’accord.
HIGH DESERT QUEEN
High Desert Queen vient étrenner la grande scène de la Columbiahalle qui se remplit jusqu’aux balcons. Formation en ligne (batterie comprise), t-shirt « Love y’all » fièrement porté par le charismatique Ryan Garney : les Texans annoncent la couleur. Amour, unité et gesticulations excitées du frontman qui, malgré un premier micro de piètre qualité, fait exactement ce qu’il faut pour saisir le public. Les comparses ne sont pas en reste : les soli de Rusty sont aussi solides que les lignes de basse de Morgan (qui reprend sa place après avoir été remplacée temporairement lors de leur tournée européenne précédente). L’enchaînement de « Head Hunter » puis de « Ancient Aliens » se fait en conclusion sous les gestes de chef d’orchestre de Ryan, qui vient embraser le public à même la barrière. Un point de plus au score du Desertfest qui, décidément, joue le sans-faute pour l’ouverture de ses deux scènes.
ZIG ZAGS
Le trio de Los Angeles démarre son set comme ils le finiront : tambour battant ! Ils entament avec “The Fog” qui fait immédiatement ressortir leur côté Misfits : leur musique est très empreinte de ce penchant punk rock gotho machin. Pourtant Zig Zags a sa propre identité, notamment via des plans plus heavy en mid tempo intéressants en live. C’est probablement ce qui participe à les rattacher au « grand monde de la planète stoner », alors que leurs racines sont pourtant plutôt punk et un peu metal. Quoi qu’il en soit, on ne boude pas notre plaisir durant ce set. Avec un guitariste chanteur énergique et un bassiste au jeu assez technique (et doté d’un son rond et robuste), le groupe est plus que solide et le public est aux anges.
EARTHLESS
Comme à son habitude, Earthless ne s’encombre pas de fioritures et fonce directement au but. Leurs rythmes telluriques installent une jam de l’hyperespace. Le public compact est envoûté face à l’écran de fond de scène, diffusant durant tout le festival des images psychédéliques produites à la console, à la main, sous une caméra spéciale. Les cages thoraciques de la fosse sont compactées par l’excellent travail de mix qui met en valeur la basse autant que la guitare et rend le tout encore meilleur depuis le balcon, en particulier quand les solos se font lyriques et sans retenue. Il est pourtant difficile de ne faire que du Earthless quand on compose des titres de plus de vingt minutes. Le groupe se plaît donc à reprendre « Cherry Red » de The Groundhogs dans une interprétation qui n’appartient qu’à eux. On aimerait que ce jour soit sans fin, mais il est vite temps de passer à la suite.
FUZZ SAGRADO
On court voir Fuzz Sagrado et on joue des coudes pour entrer dans le théâtre, dont la capacité ne suffit pas à faire entrer tous ceux qui souhaitent voir les groupes qui s’y produisent – fustration mille fois partagée cette semaine. Pour Christian Peters, il s’agit de son premier concert berlinois depuis 2019 et, pour ceux qui auraient eu peur que la fin de Samsara Blues Experiment ait laissé traîner quelques rancœurs, il salue ses anciens camarades, sans doute pas loin dans la salle, et le public semble apprécier le geste. Musicalement, il y a quelque chose d’hypnotique : nombreux sont les téléphones qui filment la scène. Peut-être est-ce aussi dû au charisme discret de Christian et de ses comparses, dont la qualité d’écriture ne peut que porter la bave aux lèvres et dilater la pupille dans un moment de grâce pour « A New Dimension ».
TRUCKFIGHTERS
L’heure de l’entrée en scène de Truckfighters se fait sentir car le théâtre se vide de moitié et nous allons bientôt être obligés de courir une fois de plus de l’autre côté du festival pour retrouver la formation suédoise. Soyons honnêtes : si le groupe nous a paru parfois en perte de vitesse ces dernières années, il sait toujours attirer une foule nombreuse, et la halle est pleine à craquer. On attend toujours beaucoup du groupe en live et, si les bonds de Dango ne sont plus ceux d’une danseuse étoile, il y a encore du jus dans la bête qui délivre un set rigoureux et énergique – peut-être un des meilleurs qu’il nous ait été donné de voir ces dernières années. Côté chant, Ozo tient la dragée haute et c’est un véritable plaisir de l’entendre en parfaite maîtrise de son organe et de son souffle. Les nouveaux titres comme « The Gorgon » se mêlent avec classe aux anciens comme « Monte Gargano » ou l’éternel « Desert Cruiser » en conclusion. On retiendra surtout de ce set l’énergie dégagée par la foule, en particulier quand Dango descend dans le public pour un long solo durant lequel il finit par disparaître à la vue, y compris de ceux du balcon, pour réapparaître tel un magicien sur le côté de la scène.
BLACKWATER HOLYLIGHT
La renommée du groupe de Portland américain semble clairement sur la pente ascendante, si l’on en juge par la densité du public rassemblé dans la salle, avant même l’arrivée des musiciennes. première surprise pour qui a peu suivi les pérégrinations du groupe, la formation est désormais un simple trio, actant le départ de leur claviériste il y a quelques semaines. Pour un groupe que l’on a connu quintet, ça change ! La formation de Doom mélodique engage son set sur une ambiance aérienne et psyche, dans une veine plutôt atmosphérique… Puis la pression monte gentiment, et les passages plus lourds interviennent progressivement, un peu comme des montagnes russes. Malheureusement, leurs dernières productions ne nous ayant pas trop marqué, il nous sera difficile de nous raccrocher à quoi que ce soit, les musiciennes ayant choisi de composer leur set avec uniquement des chansons issues de leur dernier album ! Étrange choix, mais qui relève vraisemblablement d’un choix d’assumer leur orientation musicale récente, penchant vers des atours plus mélodiques, shoegaze parfois… Le groupe se Messa-iserait-il ? A suivre… ou pas. En tout cas, le public accueille chaque nouveau titre d’un bruyant salut, et génère un lent headbanging collectif, comme une vague tranquille sur une bonne partie de la fosse. Si le style musical et les tempi inhérents au style n’incitent pas aux sauts de cabri et autres élucubrations scénographiques, notons que les musiciennes ne sont pas pour autant empruntées et austères, elles sont bien impliquées dans le set et impriment une bonne dynamique scénique. Une prestation solide de la part d’un groupe qu’on est surpris de retrouver à ce niveau de notoriété.
THE SWORD
Il est difficile de qualifier le statut d’activité de The Sword : après un break de quelques années que l’on craignait définitif, le groupe est néanmoins revenu aux affaires depuis un peu moins de deux ans, mais avec uniquement quelques concerts sporadiques. Dans quelle dynamique s’inscrivent ils désormais ? Veulent-ils devenir à nouveau la machine live super efficace que l’on a connue dans les années 2000-2010, ou bien sortir uniquement de leur hibernation via quelques concerts occasionnels événementiels ? En tous les cas, à titre personnel on ne savait pas vraiment quoi attendre de ce concert, n’ayant pas vu The Sword “vivant” depuis longtemps (une grosse douzaine d’années pour votre serviteur). Il semble que la curiosité et l’intérêt soient généralisés, quand l’on prend la mesure de l’affluence dans la grande salle, remplie à son maximum, jusque dans la mezzanine ! Très vite, le quatuor Texan fait la démonstration qu’ils n’ont rien perdu de leur efficacité durant ces dernières années d’inactivité. Physiquement, il semble que les années ont eu bien peu de prise sur eux, même si l’on ne reconnaît pas immédiatement J.D. Cronise avec ses cheveux raccourcis et sa trucker hat. Musicalement, on est sur du solide ! Cronise assure toujours autant en déroulant les riffs emblématiques du groupe, et son chant est impeccable. A sa droite, Kyle Shutt est toujours aussi pertinent sur ses apports en leads (superbes solo). Scéniquement, c’est en revanche un peu pauvre, avec les trois musiciens « de scène » assez statiques – pas aidés par la grande largeur de la scène qui les isole un peu… Du coup, l’enthousiasme passe mal : le regard de Cronise est caché par l’ombre de sa casquette, et l’on a du mal à distinguer le moindre sourire de sa part (ou autre intervention un peu enthousiasmante à destination du public). Ça n’a jamais été le fort du groupe, certes, mais on aurait aimé un peu plus d’interaction. Heureusement la discographie du groupe est riche et intéressante, et l’interprétation de ce soir repose beaucoup sur l’efficacité de leur heavy rock “de truckers”, toujours tiré vers le haut par la qualité des compos, avec (comme souvent) le classique et fédérateur « Freya » en apothéose. Le quatuor débordera de 5 minutes de son créneau horaire – c’est toujours ça de pris, et personne ce soir ne le leur reprochera ! Un set solide, carré, sans esbroufe, mais un peu désincarné.
STEAK
Pour démontrer que le théâtre n’est pas une scène pour rookies, Steak vient lui fermer les portes. C’est le second Desertfest Berlin du groupe qui, derrière son look de shoegazers, va nous offrir un set massif et un chant classieux lorsqu’il est repris par le second guitariste Tom Cameron. Kipp entame « Overthrow », le pied sur les retours, avec assurance et tient indéniablement le public dans sa main. Un set d’une grande qualité, tant du côté de la scène que du côté du public, et le quintette nous offre en récompense le privilège de déflorer « Cometh » en live, qui n’avait jamais été joué ainsi. Une bien belle séance de préchauffe avant de courir voir les patrons de Hermano qui doivent conclure cette première journée.
HERMANO
On ne va pas mentir : les ayant vus il y a exactement une semaine à Paris, on savait déjà que, malgré leur très faible activité scénique des dernières années (voire décennies…), le groupe était bien en place et capable de gérer un set d’1h30. À ce titre, on les retrouve dans le même état de forme après une semaine de tournée dans les jambes ! Devant un parterre complètement rempli et enthousiaste, le set commence cette fois avec le rentre-dedans “Cowboys Suck” – première illustration d’une set list légèrement remaniée ce soir. Sur scène, on retrouve toujours la même énergie déployée par le quintet, et peu ou prou les mêmes dynamiques de chaque musicien. La section rythmique (à laquelle on associera volontiers le redoutable guitariste Mike Callahan), à nouveau redoutable d’efficacité ce soir, est plutôt concentrée, sans pour autant être trop introvertie, allant solliciter le public régulièrement. On retrouve un Garcia à nouveau très volubile (on n’y est pas habitués !), s’étendant à de multiples occasions en remerciements (vis-à-vis des autres membres du groupe, du crew, du public, etc.). Toujours sympa, surtout quand ça semble sincère ! Son guitariste lead David Angstrom, qui dispose du seul autre pied de micro, se fait plaisir lui aussi avec les speeches, mais pour sa part sur un ton férocement blagueur, son penchant naturel, encourageant par exemple le public à aller quémander des prestations sexuelles peu recommandables au vendeur du merch, ou en appelant son chanteur Jon Bon Jovi, (étirant la private joke jusqu’à plus soif – “oui, lui aussi est wanted Dead or Alive”…).
Le set est très long à nouveau, ce qui était inespéré pour un créneau en festival (généralement restreints à une heure environ). Un régal pour les fans, mais une petite réserve pour les festivaliers qui accusent le poids des années : on notera un petit « ventre mou » aux trois quarts du set dans la dynamique (« Quite Fucked » / « Murder One » / « Life »…), une respiration bienvenue dans un long set toutefois. Le final est toujours aussi dévastateur (points bonus pour le rageur « Angry American »), permettant au très gros pit au sein de la fosse de continuer et même accélérer son ébullition, ininterrompue pendant tout le concert. Après une journée aussi riche, Hermano n’a pas eu besoin de forcer son talent pour établir son statut de headliner : sans ambiguïté, leur concert, fédérateur, carré, riche et généreux aura conquis l’ensemble des festivaliers – même si un peu long avec autant de groupes incroyables enquillés depuis le milieu d’après-midi !
A la fin d’une journée énorme, nos vieux corps sont (déjà) endoloris, mais la perspective des deux jours qui viennent (et à court terme d’une petite nuit de sommeil) nous portent dans les acouphènes de la fin de soirée…
[A SUIVRE…]
Textes et Photos : Sidney Résurrection & Laurent


























































