Hellfest 2026 – Jour 4 Valley (Down, Acid Bath, Corrosion of Conformity…)- 21/06/2026

Chronique de

40° s’offrent à nous, ce dimanche sera radieux, si on ne tombe pas dans les pommes. On apprend que l’organisation du festival a joué serré le samedi avec la Préfecture. En effet, nous savions que la vente d’alcool serait réduite (notamment plus de pinte à 8€ mais uniquement des demis à 5, on vous laisse apprécier). Ce que nous ignorions encore c’est que la Préfecture de Loire Atlantique avait sérieusement étudié la possibilité d’annuler cette dernière journée. Au vu du nombre de points d’eau sur le site et du peu de zones d’ombre, heureusement que bon nombre de festivaliers ne pointent pas le bout du nez ce matin, sans quoi l’hécatombe était assurée. Merci à ceux des moins fana (ou des plus raisonnables?) qui ont laissé leur place aux autres et garanti ainsi un peu de leur sécurité.


ALTA ROSSA

Entrée en matière musclée pour cette ultime journée dans les plaines de la Valley avec le groupe de Besançon qui a radiné son public dans ses flying cases. Pontarlier et ses distilleries représentés à la barrière ! Parpaings après parpaing, le quintette des montagnes jurassiennes met à mal un public déjà assommé par le soleil avec un son énorme qu’ils nous déverse sur la gueule.

Les accents sludge marqués alliés à l’urgence donnent le ton pour la journée burnée qui nous attend. Bien joué les gars, vous avez foutu le boulet en lâchant tout dans la bataille.


GNOME

Le groupe belge a inondé la foule de ses chapeaux pointus rouges et transformé la crash barrière en véritable jardin pour nains de tous poils. Si on enragerait presque de se retrouver derrière cette barrière de cônes de feutre qui bouche la vue, il faut vite fermer les yeux et se concentrer sur l’introduction de «Wencelsas, » qui place le PMU au centre de la Valley. Gnome, c’est ridicule, c’est volontaire, mais ça joue fort et ça sait écrire ! Le set accorde d’ailleurs une belle place au dernier album, avec un « Old Soul » à décapiter le premier rang.

Oui, le groupe pourrait passer pour clivant tant le public est plus accolé à la barrière qu’assis derrière au début du set. Mais en deux titres, le lutin remplit correctement la fosse, en tenant compte qu’il n’est pas 13h et que le soleil est déjà à thermostat 8.

Les riffs sautillants sont portés avec bonhomie par les trois lascars à l’œil malicieux.

La chaleur du soleil au zénith n’aura pas épargné une de nos consœurs qu’on aide à évacuer, mais, pour tout vous dire, on se remet vite en selle une fois la prise en charge effectuée, pour aller constater la réussite totale du finish «Ambrosius».


BLACK TUSK

Première formation des contrées redneck à se produire le jour du saigneur dans la Valley, les Georgiens font encore monter la chaleur sur la prairie où les plus vaillants braves de la tribu défient l’astre solaire. Merci, mais non merci, il fait assez chaud et vous auriez pu mater les alertes qui déferlent sur les portables les gars ! Fallait pas envoyer un tel déluge de bûches.

Tout comme d’hab’ ça enchaîne dans l’urgence des gros riffs assez rapides pour la journée qui bat au rythme du son des bayous. Les conditions climatiques n’ont aucune emprise sur ces mecs. La chose aurait été nettement plus virulente dans le pit si le cagnard ne s’en prenait pas autant aux corps des festivaliers ayant déjà 3 voire 4 journées dans les jambes. Nulle fureur dans la fosse mais un public docile qui dodeline des cervicales alors que les Ricains alignent leurs mandales notamment « Scalped » qui a été délicieusement dévastatrice. Vos envoyés spéciaux dégoulinants de sueur n’ont jamais vu ça à un concert de Black Tusk.


SOILENT GREEN

En parlant de hors sujet, Soilent Green ne fait pas dans le détail. Quitte à foutre le zbeul, ils piochent dans leur disco d’antan (OK, toute leur disco est d’antan, avec une absence des bacs depuis 2008) avec un très direct « Mental Acupuncture ». Entre autres pépites, les bourrins de la Nouvelle-Orléans balancent «Slapfuck » et plus tard «Sewn Mouth Secrets», issu de l’album éponyme, poussant nos limites hors de la Valley.

Il en résulte qu’on se fait rouler dessus par des morceaux aussi bien grind que sludge. On n’a pas l’habitude de prendre une batterie aussi rapide, mais il faut s’incliner devant la formation sans laquelle la scène NOLA ne serait pas aussi savoureuse, et sans qui les transfuges de Dopethrone et autres Weedeater n’existeraient sans doute pas.

Au plus proche de nos convictions éditoriales, on relève le parpaing Antioxydant. C’est un peu abîmé qu’on ressort tout de même de ce set d’une rare violence.


EYEHATEGOD

La réunion des addicts anonymes fait comme à l’accoutumé converger plusieurs tribus de metal, de musiques extrêmes ou d’amateurs de sensations épicées du pays cajun en se pointant en punk sur la scène de la Valley qui aurait gagné à être mieux peuplée pour ovationner ces légendes mortes-vivantes. Même Nick Oliveri a fait le déplacement avec son T-shirt Cro-Mags (il était dans le coin et sur scène plus tôt avec les Dwarves sur une MainStage prenant des airs de Warzone avec sa programmation du jour). Brian Patton se prépare après son show précédent au sein de Soilent Green (et avec le même T-shirt des Germs). Jimmy Bower amuse le public et Mike Williams fait de l’humour en disant qu’ils attendaient encore un mec pour commencer. En pointant le fond de l’assistance, il hurle donc qui ils sont et d’où ils viennent puis balance la purée alors que les Buzzcocks jouent encore sur la proche Warzone. C’est qui les vrais punks dans la place ? Ça aligne les standards maison à la sauce maison dans une maison qu’ils connaissent plutôt bien. Zéro surprise et zéro déception au final EHG c’est un peu la valeur sûre de ce genre de punks qui font du blues de NOLA. Mention spéciale à « New Orleans is the New Vietnam » qui est clairement la préférée de la moitié de la délégation et qui est le point d’orgue de ses rendez-vous avec les rescapés de Katrina. Le final se fait sur « Every Thing, Every Day » 5 minutes avant l’horaire prévu. On aurait bien pris du rab.


CORROSION OF CONFORMITY

Le vaisseau de Peeper Keenan placé très haut, vu comment qu’on est gâté ce jour, rassemble une foule bigarrée au regard du passé de cette formation au final assez abordable pour le simple quidam au milieu des sauvageons du jour. La Caroline nous salue bien bas avec un : «Fuck The Rules, Fuck The System and Fuck You » ; fallait pas les énerver. Du coup le show est monstre lourd avec un son OK devant l’étendard à l’effigie du petit dernier : Good God / Baad Man. Le pic de chaleur est derrière, la Valley se repeuple lentement avec le retour de quelques mètres carrés d’ombre en plus glanés alors que le quatuor déroule facilement ses brûlots dont certaines belles archives comme « Clean My Wounds » en final ou « Who’s Got The Fire » ainsi que l’indétrônable « Albatross » toujours aussi percutant en live.


ACID BATH

Il était attendu par nombre de festivaliers : c’est un événement en soi de voir fouler la Valley ce groupe mythique qu’est Acid Bath. Après plus de 20 ans de séparation, ils daignent offrir à la France une poignée de concerts, dont celui du Hellfest.

Sous un soleil de plomb, le groupe balance «Tranquilized»  en ouverture. «Venus Blue» sonne très fédérateur en live, un hymne à la délicatesse malsaine comme le groupe sait en produire. Mais alors que Dax Riggs, casquette army noire vissée sur le crâne et regard dissimulé derrière des lunettes de soleil, lance au public : “We are here to destroy the sun. You sound like cowards, I can’t hear you”, la tête d’ampli de Mike Sanchez tombe en rade, sans doute à cause de la chaleur.

En deux temps trois mouvements, la nuée de techniciens surqualifiés autour de la scène règle le problème, et c’est avec un plaisir malin que le public jouit d’un «The Bones of Baby Dolls» lancinant et intense.

Riggs pousse son chant en modulations et vocalises face au ciel. Un chant pour lequel nous assumons une indulgence due à l’ampleur de l’événement, mais il serait malhonnête de dire que c’est tout à fait notre came. Qu’importe : le rock avant tout.

«The Mortician’s Flame» atomise la Valley à grands coups de batterie, avec un niveau sonore digne d’une Mainstage.

Acid Bath se paie même le luxe d’un entracte sur bande sonore avant de revenir quelques minutes plus tard balancer «New Death Sensation», qui ne couvre même pas les autres scènes jouant plus loin. Heureusement, l’envolée de puissance du titre remet les pendules à l’heure.

En final, le groupe balance un «The Blue» à réveiller John Wayne. Le public exulte, Acid Bath salue, Gacy beaucoup, et à la prochaine (si on est toujours en vie).


DOWN

Le super groupe du sludge made in NOLA vient finalement clôturer cette belle fête en rameutant les derniers combattants vivants dans une Valley léthargique depuis presqu’une heure. Le climat est presque le standard pour la mi-journée en Loire-Atlantique, mais il est minuit ! Pour ce dernier acte du millésime 2026, la foule salue avec ferveur Phil qui incarne le monde de tous les genres, ou presque, présents sur ce festival .

Pour l’heure, ce n’est pas la plus forte affluence du week end, mais ça tape dans les mains et ça fait du air guitar à l’arrière ; les gens sont heureux et Down enchaîne les pépites réparties sur sa discographie aussi congrue qu’indispensable dont l’énorme « Lifer » dédié à la mémoire de Dimebag et Ozzy, « Hail The Leaf », « Ghost Along The Mississippi » ou « Swan Song ». Ce dernier show au bout de nos nuits, ainsi que de nos forces, sera aussi marqué par 2 moments particulièrement saillants. La présence d’un inédit dans la setlist – et ça mes cadets ça requinque un festivalier. Le deuxième étant le final de guedin sur « Bury Me In Smoke ». Si l’interchangeabilité des zicos de NOLA sera constatée toute la journée : Jim Bower à la batterie déjà présent sur scène, à la guitare, avec Eyehategod ou Pepper Keenan en frontman de Corrosion Of Conformity (ça optimise question frais de billets d’avion), l’interchangeabilité des membres avec d’autres représentants de leur entourage ou de notre scène musicale au sens large a été opérée à son max. Le groupe saluant son auditoire alors que d’autres quidams faisaient tourner le final sur scène, savamment orchestré par le charismatique leader de la sensation épicée de Louisiane.

Ne manquez pas notre témoignage au cœur de l’action dans nos pages, sous la plume de Nicolas en maillot rouge et à la guitare lors de ce Grand Final !
A LIRE ICI (lien)

 


L’articulation du Hellfest bougera l’an prochain avec l’adjonction de scènes parallèles spécialisées. Nous nous retrouverons l’an prochain à la Valley ou à l’Abyss le futur siamois de niche où se produiront les formations que nous affectionnons. Avec un passage de 180 groupes sur le festival à 300 sur 10 scènes au total, soit la multiplication des 4 scènes adressées à des communautés un peu moins grand public, les 20 ans du festival promettent d’être une sacrée fiesta !

Encore une édition qui se termine pour nous comme pour les dizaines de milliers de metalheads de la grande foire au musiques extrêmes. On aura cette année encore pu apprécier une sélection rigoureuse d’artistes et une densité de concert assez unique en son genre. L’annonce d’un festival 2.0 avec ses dix scènes et un site transformé nous met autant l’eau à la bouche qu’elle nous laisse perplexe. Le défi qui se présente est de taille, tant pour l’organisation que pour ceux qui en suivent l’évolution. C’est avec la hâte de s’y retrouver que nous disons à l’année prochaine Hellfest, un an ne sera pas de trop pour réhydrater nos carcasses épuisées par 5 jours peu banals.

 

Textes & Photos : Chris & Sidney Résurrection



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