DESERTFEST Berlin 2026 – Jour 2 (Red Fang, Yob, King Buffalo…) – 15/05/2026 (Columbia)

Chronique de

Encore un peu sous le choc de cette énorme première journée, on arrive sur le site de la Columbiahalle excités à la perspective de cette seconde journée dantesque qui se profile… et inquiets de savoir comment on pourra tout voir ! Première bonne nouvelle : la météo est parfaite et on est accueilli par un agréable soleil ! Zéro goutte de pluie de tout le week-end : le Desertfest Berlin 2026 aura été au sec !

 


DOPE PURPLE

Si le nom du groupe est rigolo, il ne laisse pas augurer du style musical pratiqué, qui s’avère bien éloigné du rock racé du Pourpre Profond. Les musiciens taiwanais entament leur set en arrivant les uns après les autres, ajoutant à chaque fois une couche instrumentale à l’ensemble. Ça commence par une guitare/sitar électrique, puis vient un saxo (!) et enfin la section rythmique, pour une progression vers un rock psyche sous forte infusion orientale. Puis c’est l’arrivée de K.P. Liu, son déjanté frontman (chant / guitare), qui fait partir l’ensemble en vrille : postures et danses incongrues, salves rock nerveuses, saillies vocales débridées… Il amène un élément de chaos permanent, tandis que le reste de la formation décline son maelstrom psych rock énergique sans interruption. Sans devenir très orthodoxe non plus, le groupe montre ensuite une déclinaison moins nerveuse de sa musique (avec un frontman moins exubérant, au service de la musique), démontrant l’étendue de sa palette, pour une atmosphère psychédélique plus classique, avant de repartir sur des plans plus hybrides, puis occasionnellement à nouveau débridés un peu plus tard. Détonnant… Quelle parfaite entrée en matière pour ce jour 2 !

 


FOMIES

Le sextet suisse qui prend la suite sur la petite scène ne tarde pas à faire comprendre que la proposition musicale sera différente : la formation se situe au croisement d’une foultitude de genres, allant du punk, post rock, psyche/kraut, alt-rock, indus… et tant d’autres ! Rien ne les empêche, au détour d’un break bien senti, de proposer par exemple une saillie metal, pour mieux rebondir ensuite sur une rythmique dansante au bord du disco/funk, avant de relancer sur une saignée punk à la sauce kraut rock… Un beau foutoir stylistique en tout cas, qui bénéficie toutefois d’une belle robustesse dans l’interprétation et d’une jolie énergie scénique, les six musiciens se partageant la petite scène sans jamais provoquer le moindre ennui. Déjà une autre illustration que la journée qui s’annonce ne sera clairement pas monotone !


ACID KING

Nos plus fidèles zélateurs l’auront remarqué : la rédaction partage un sentiment mitigé à l’égard d’Acid King, et le présent report sera du côté le plus fervent de la crash barrière. Les comparses présents au Desertfest Anvers avaient pu nous ramener la preuve du changement de batteur, et c’est avec contentement que nous allons pouvoir jauger l’ex-Mondo Drag, Jimmy Perez qui reprend les fûts. Sans plus de suspense, nous avons été immédiatement convaincus. La frappe est précise et puissante, l’investissement total, à voir de quelle façon il essore la sueur sur ses baguettes après seulement deux titres. Le groupe entame sa tournée européenne, pendant laquelle il jouera intégralement son album Busse Woods, dont le tempo ralenti, comme souvent, permet de servir les 50 minutes du set de ce Desertfest.  « Drive Fast, Take Chances », que Lori scande doigt tendu vers le ciel, finit par soulever l’approbation de la fosse, qui sort doucement de sa torpeur, clairement abasourdie par un son délicieusement trop fort, bien qu’aussi réglementé qu’en France. Un set d’Acid King c’est toujours la garantie de se perdre dans la musique et de ne relever le museau que pour headbanger. Visiblement, le groupe aura pris du plaisir dans ce set d’introduction d’une tournée qui s’annonce prometteuse, Lori prenant la pose en fin de concert pour quelques selfies et photos


THE DHARMA CHAIN

 

Sur la seconde scène, le quatuor de faux-australiens (ils sont basés en Allemagne) lance un set de rock psyche particulièrement efficace. La formation mi-mi (mi-hommes, mi-femmes) a l’intelligence de s’éloigner des clichés musicaux qui encombrent et enferment parfois ce style : ils y injectent des saveurs plus modernes à leur rock psyche, allant piocher dans de subtils plans de rock 90’s (indus, shoegaze, new wave même parfois…), ce qui permet de donner un peu plus de saveur à un set qui, sinon, aurait pu apparaître monotone. De plus, l’alternance du chant (même s’il est rare) entre les 2 guitaristes (les plans plus rock pour lui, les plans plus légers pour elle) fonctionne bien. Le public apprécie en tout cas et ondule au rythme hypnotique de cette succession de mid tempo cotonneux. Une sympathique découverte.


ROTOR

Il est des groupes qui peinent à franchir la frontière du Rhin : Rotor en fait partie. Cette emblématique formation allemande s’offre cette année encore à nous au Desertfest Berlin (ils étaient déjà présents en 2019 et 2022). Pour ce set, la formation réunie autour de la batterie de Milan s’applique à scier ses baguettes, qui se retrouvent dans un piètre état très rapidement. Le gaillard ne se prive d’ailleurs pas de ponctuer le set de gestuelles invocatrices, brandissant en l’air ses bouts de bois en croix pour libérer d’un coup la puissance collective du quartette stoner. Il faut au moins cela pour cette formation instrumentale qui intègre fort bien à son set les morceaux de son dernier album, « Schabracke », « Mäadar » et un « Kahlschlag » à casser autant de nuques que le rouleau compresseur final de « Druckverband ». Au final, seule l’interprétation du plus ancien « Scheuzal » semblera un poil en retrait, un ventre mou durant lequel Milan jette de chafouines œillades à la guitare de Tim, donnant l’impression que quelque chose ne va pas. Mais on vous le garantit : le seul ressenti au sortir de ce set sera celui de la rigueur du groupe berlinois.


HÅNDGEMENG

En voyant le profil des gaillards qui montent les uns après les autres sur la petite scène, on comprend que l’ambiance va changer assez radicalement, en particulier les 3 derniers qui prennent place sous nos yeux éberlués : barbe hirsute, cheveux longs, torse nu poilu et bedonnant sous leur veste en cuir sans manche… On les croirait presque jumeaux ! Vous la sentez arriver la déferlante metal ? Ça surprend au début, mais c’est complètement rafraîchissant dans le contexte ! Imaginez une sorte de mélange entre Kvelertak et Motörhead, en gros, et vous aurez un peu une idée de ce qui vient violenter nos neurones et nos tympans caressés jusqu’ici par des mélopées plutôt psyche… En tout cas le public est à fond, il connaît les chansons et hurle son approbation le poing en l’air dès que l’occasion lui en est donnée. On déguste quelques saillies et on se frotte un peu au mosh pit furieux avant de s’éclipser un peu avant la fin… et l’on croise une véritable file d’attente de festivaliers qui attendent leur tour pour pouvoir rentrer dans la salle, pleine comme un œuf ! Gros succès…


KING BUFFALO

Prenant place avec en fond sonore l’enregistrement de « Ecliptic », on découvre que King Buffalo est venu en boitant : Sean McVay, le pied dans le plâtre, devra jouer assis et utiliser ses pédales du pied droit. Qu’importe : notre petit cœur se gonfle de contentement, nous replongeant dans nos souvenirs d’une soirée Stoned Gatherings de 2017 où le groupe avait partagé l’affiche, une fois encore, avec Acid King. Il n’en faudra pas plus pour que l’hypnose de l’intro de « Grifter » soit immédiate, et que « Eye of the Storm » nous arrache une émotion certaine. Dans des vortex de fumée et une nuée de lasers sillonnant le ciel de la Columbiahalle, King Buffalo soulève le plancher de la fosse autant que celui du balcon, qui vibre de tout son être lorsqu’explose « Loam », après son introduction — pur moment de poésie — et l’apocalyptique clôture de « Cereberus », où la fosse headbang comme un seul homme. Ces 50 minutes envolées auront-elles été les meilleures de la journée ? Beaucoup le pensent et le disent, Heil to the King Buffalo !


MOTHER’S CAKE

Le trio autrichien est idéalement placé sur l’affiche dans la séquence de concerts de cette fin d’après-midi, apportant une parenthèse rafraîchissante bien utile : leur sorte de space rock groovy, funky psyche fuzzé (ou quel que soit le nom que l’on puisse donner à cette hybridation un peu contre nature) est fort efficace. En outre, le groupe est attendu, la petite salle étant, à nouveau, blindée d’un public non seulement curieux mais connaissant bon nombre des chansons du groupe. Les musiciens répondent bien à cette attente, assurant un set efficace et dynamique qui ne lasse pas. La perspective du concert de Yob qui arrive sur la main stage, et les besoins physiologiques de nos petites personnes nous font manquer la fin du set. Mais on imagine sans peine que, partis comme ils étaient, ils ont fini de convaincre tout le monde.


YOB

L’aura autour de Yob, sa dimension quasi-mystique parfois, s’est tellement développée ces dernières années, que l’on oublie un peu vite que ce n’est « qu’un groupe de rock ». Et rien de tel qu’un soucis d’ampli deux minutes avant le concert et un soundcheck de fortune pour le rappeler ! Du coup, le lancement avec un peu de retard de « Quantum Mystic » se fait sans la « majesté » que l’on fantasme un peu… Est-ce que le morceau en perd de son efficacité ? Pas du tout, et spoiler : il en est de même pour les titres qui suivent ! Le trio fait le choix de cette intro en mode énervé (enchaîné avec le terrifiant « Burning the Altar »), audacieux dans le contexte d’un festival comme le Desertfest… Mais le choix s’avère payant, le public rentrant bien dans le set par cette porte plus « metal ». Sur cette séquence, Scheidt est tel un diable en cage sur son côté de scène : il a beau être forcément un peu coincé entre son pédalier d’effets et son pied de micro, il saisit toute occasion d’assumer son rôle de frontman, en allant en bord de scène haranguer le public, se déplaçant pour enquiller un somptueux solo, etc… Déplacements limités sur cette vaste scène, mais la dynamique est appréciable ! De l’autre côté, Rieseberg ne manque pas non plus d’énergie pour occuper l’autre moitié de la scène en lien avec son compère de la section rythmique Dave French. A noter toujours cette particularité chez Yob où le batteur se cale autant sur le jeu de Mike Scheidt – véritable chef d’orchestre – pour structurer les morceaux, que sur son partenaire bassiste. Le trio délivre une set list de seigneurs, dont on mettra en avant la très belle version de « Beauty in Fallen Leaves » et un inédit (aux subtils parfums orientaux) prévu pour le prochain album. Sur le bord de scène, les amis (Lori d’Acid King) et/ou voisins (Red Fang) n’en perdent pas une miette. On est dans un jour de forme pour Scheidt : il déborde d’énergie sur scène, et est solide sur ses interventions guitaristiques mais aussi vocales, non seulement sur ses cris et growls rageurs mais aussi sur son chant plus clair. La mise en son de la salle, fidèle, sert parfaitement ce set riche en variations.

 


TOUNDRA

Toundra balise le terrain pour demain. Dans l’affiche du jour, il y avait encore une place pour le post-rock, et cela annonce la couleur du jour à venir. Le Columbia Theatre se remplit rapidement au-delà du raisonnable pour un fan de pur stoner, mais de façon méritée pour les amateurs d’arpèges et de reverb. Leurs titres sont délivrés en dehors de certains poncifs du genre, et la jovialité des Espagnols s’ajoute à leur sens de la mélodie, nous offrant un parfait entracte entre Yob et la bagarre à venir de Red Fang.


RED FANG

Ils étaient attendus, les routards du riff, les rigolards jongleurs de canettes de bière, les patrons de la bamboche. C’est sous une ovation sans retenue que Red Fang vient prendre sa place sur scène. En un titre, le public est chauffé à blanc, et il ne suffira que d’une œillade malicieuse d’Aaron à la fosse pour que les premières notes de « Born On Fire » déclenchent l’hystérie. Il faut dire que les gars se complaisent dans la pyromanie, versant allègrement le bidon d’essence d’ « Arrows » sur la scène. La sécu aurait dû se tenir prête… pas de bol : les slammers déboulent, et les trois pauvres gars visiblement peu au fait de la coutume font la grimace plus d’une fois, en particulier lorsque l’indétrônable « Wire » arrive. On aurait pu croire que le groupe se serait essoufflé après une absence qui nous aura paru une éternité (2024 pour la dernière tournée et 2022 pour notre dernière communion avec eux au Hellfest). Que nenni : ils nous laissent incrustés dans la crash barrière avec une fessée pour nos tympans grâce à un impérial et méchant « Throw Up », participant une fois de plus à la construction d’une légende que certains nommeront « meilleur groupe de la Terre », un avis intéressant…


C’est exsangue, une fois de plus, que nous rejoignons nos pénates dans la nuit berlinoise, étanchant notre soif d’une bien méritée bière de marche achetée en chemin, et devisant avec excitation de la qualité de cette journée folle, en pariant sur celle du lendemain.

 

[A SUIVRE…]

Textes et Photos : Sidney Résurrection & Laurent



Partager cet article :
Voir toutes les chroniques de :
 
 

  •   English version