All Them Witches – Dying Surfer Meets his Maker


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Si les Etats-Unis font rêver c’est aussi parce qu’ils ont toujours eu des conteurs de génie pour narrer leur récente histoire. Mark Twain, Bob Dylan, Bret Easton Ellis, Lynch, j’en passe et des meilleurs. Des artistes capables de sublimer les événements et les forces, les détails et les faits, les émotions et les peines d’une nation en construction. Point de vue ethnocentré d’un habitant du vieux continent, certes, mais qui justifie en partie la force de certaines des plus belles narrations outre-atlantique. All Them Witches, par sa musique, fait partie de cette caste de raconteurs d’histoire.

Depuis ses débuts en 2012, le quatuor de Nashville brode de solides petites nouvelles et ce n’est pas leur arrivée sur New West Records, label plus spécialisé dans la folk que le doom qui va infléchir cette tendance. Mais le grand écart qui aurait pu se créer, laissant place à un gouffre artistique, perdant l’auditeur dans un abîme d’incompréhension, n’est pas d’actualité sur cet excellent « Dying Surfer Meets his Maker ». All Them Witches réussit la prouesse d’ingérer quantité d’influences, et de nous les resservir avec cet indéniable talent de composition qui les caractérise depuis leur début.

On traverse ainsi l’album de la même manière qu’on traversait le continent avec Kerouac. Le cul posé à l’arrière d’un pick-up rouillé, à ne jamais vouloir de fin à ce voyage. Le quatuor nous conduit, d’une folk “finger-pickée” à la JJ Cale, en passant par de grands espaces ouverts, bordés de psychédélisme chaud et acidulé.  Ce qui frappe c’est la maturité artistique qui baigne les compositions de ce nouvel album. On trouve, par exemple, des pointes de violons traditionnels, échappés d’une lointaine Irlande-mère, au gré de certains titres, ne dénaturant pourtant pas cet americana psyché, marque de fabrique du génial combo. Maturité aussi dans la cohérence du suivi des titres. Les 9 morceaux passent, tel une discussion, entre causerie et rêverie, de “Call me Star” à “This is where it falls apart”, de la mélancolie d'”Open passageways” aux méandres de l’oubli de “Blood and Sand/Milk and Endless Water”. Narration, je vous dis.

La production de l’album rend d’ailleurs hommage à cette écriture. Simple et précise, elle se fait ponctuation le long des bons trois quart d’heure d’album. La chaleur du grain de voix, cette batterie à la limite du trip-hop 90s, le blues de la guitare et les nappes de claviers, asphalte  et guide nécessaire à la locomotive All Them Witches, tous les effets de production se justifient et donnent du corps à la cohérence de l’ensemble.

Je comprends les esprits chagrins qui pourraient reprocher une fois de plus une chronique positive sur ce webzine mais là, franchement. Je retourne et dérouille cet album depuis trois semaines déjà et je n’y retrouve rien à redire. “Dying Surfer Meets his Maker” est beau, intelligent, multiple et simple pourtant. Il est un sacré voyage, une merveilleuse traversée qui apaise et transporte à chaque écoute. On bave devant l’équilibre entre le côté physique, tactile de l’acoustique qui se dégage et cette sensation de surréalisme dû aux envolées psychédéliques du quatuor,  La classe américaine. Et l’un des meilleurs albums de 2015.

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