Clutch – Psychic Warfare


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Il y a deux ans à peine, le quatuor du Maryland sortait Earth Rocker, un disque impeccable, inattaquable, un produit d’une efficacité redoutable, qui (objectivement) ne prêtait le flanc à aucune critique. Le groupe se recentrait alors autour de ce qui fait sa force (sur scène notamment) : il élèvait subtilement la moyenne de ses bpm, densifiait sa base rythmique, montait la gratte dans le mix, et poussait son vocaliste dans ses retranchements. En éliminant toutes les aspérités, l’album déployait une énergie inédite dans la discographie pourtant haute en couleurs du combo, et surtout, une transposition live d’un naturel remarquable, avec des titres ne nécessitant même pas d’adaptation pour prouver leur efficacité sur scène (on retrouvait d’ailleurs régulièrement l’intégralité de l’album repris dans les set lists du groupe, phénomène inédit dans leur carrière). Fort de ce retour d’expérience, le groupe ne va pas tergiverser longtemps au moment de s’atteler à sa nouvelle production : carton commercial (toutes proportions gardées dans un marché du disque sclérosé), critiques dithyrambiques, salles de concerts combles, et des musiciens qui louent à tours de bras ce souhait de « simplification » de leurs compositions… L’équation est toute simple. Il suffit donc de rééditer l’exploit, sans trop changer. Et si les choses n’étaient pas si simples ?

En dévoilant, plusieurs semaines avant sa sortie, le tonitruant « X-Ray Visions », Clutch veut rassurer son public accro à Earth Rocker : ce titre reprend à sa sauce tout ce qui a fait le succès de l’album (rythme effréné, riff imparable, refrain propice à être repris à gorge déployée en live…). Pas de surprise. En enchaînant avec « Firebirds », on n’est toujours pas dépaysé – même si l’on ne peut qu’être abasourdi par le talent des bonhommes à pondre des titres aussi efficaces : encore un petit coup sur l’accélérateur, rien à jeter, quelques gimmicks de prod impeccables, et toujours un monsieur Sult bluffant  derrière sa six-cordes. Un peu plus loin, on pousse encore la section rythmique dans ses retranchements avec un « Sucker for the witch » endiablé, permettant à Dan Maines de rappeler quel robuste bassiste il est. Ce petit parfum vaguement sudiste, alimentant le groove d’une basse ronflante, commence à nous titiller, toutefois. Cet indice discret est validé par la suite : même s’il n’opère pas un retour arrière fondamental, le groupe charge ses riffs d’un regain de ce southern groove qui fut sa marque de fabrique sur – en gros – à peu près toute sa production du début du siècle. On en retrouve la trace plus ou moins marquée dans l’ensemble des titres de la galette (le lick de guitare et le break de « Your love is incarceration”, la gratte blues du bien nommé « A quick death in Texas », le solo du pourtant bien franc du collier « Behold the Colossus », et bien évidemment ce « Son of Virginia » suintant le deep South tout du long de ses presque huit minutes). Alors certes, non, ce n’est ni « Beale Street » ni « Strange cousins », mais ça fait plaisir à entendre. Plus globalement, l’ensemble est aussi massif que Earth Rocker pouvait l’être, et aucun titre ne vient pénaliser un ensemble encore une fois cohérent et efficace (allez, une petite réserve pour un « Our lady of Electric Light » assez prévisible, exécuté un peu en pilotage automatique).

A l’heure du bilan, sans ambigüité, le constat est bon, voire très bon. Ce Psychic Warfare, en reprenant très précisément là où Earth Rocker s’est arrêté, capitalise sur les points forts de ce dernier, et en rajoute une couche. A ce titre, l’album ne fera pas changer d’avis ceux qui voient désormais Clutch comme un groupe trop mainstream, trop prévisible. Ceux-là pourront toutefois garder espoir en l’avenir en notant les efforts déployés pour se rapprocher de leurs racines musicales, mais aussi les trésors d’inventivité déployés une nouvelle fois par un Tim Sult qui ne manque pas une occasion de sortir des sentiers battus (bien aidé en cela par des collègues de plus en plus impressionnants en rythmique). Quoi qu’il en soit, Clutch alimente encore copieusement son catalogue déjà bien fourni de projectiles live à haute vélocité, qui viendront très vite montrer leurs effets sur scène, leur vrai terrain de jeu.

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