Cycle – Cosmic Clouds


Lee Dorrian continue sa mission d’activiste de la cause, avec depuis quelques temps la branche “Relics” de son label Rise Above, destinée à réhabiliter d’anciens groupes (généralement anglais) passés en quelque sorte à côté du succès que leur talent aurait pourtant justifié. Il faut dire que les années 70 proposaient aux artistes une grande liberté, mais aussi peu de structure d’accompagnement : pour 1 groupe dont le succès explosait et qui se retrouvait convoité par les plus grosses maisons de disques, des dizaines de formations plus obscures ne bénéficiaient d’aucune visibilité et s’étiolaient, usés ou démotivés. C’est un peu le cas avec Cycle : le groupe du Nord-Est de l’Angleterre s’est construit au début des années 70 un succès populaire local incontestable, a sorti un premier album autoproduit, publié à quasiment 100 exemplaires ! Quelques années plus tard, ils en ont enregistré un second en 1973… qui n’est jamais sorti ! Le groupe s’étant arrêté ensuite, les enregistrements ont pris la poussière, et Dorrian nous propose donc enfin de les entendre, évidemment un peu tardivement, avec un son impeccable pour des enregistrements d’époque.

Le disque proposé par Rise Above Relics reconstitue donc l’entièreté des enregistrements du groupe : ses deux albums, mais aussi deux raretés (des démos de 1975, avant qu’ils ne se séparent). Soit plus d’1h20 de musique quand même ! Un gros bébé à digérer, que le puriste pourra écouter album par album… A noter que l’édition CD propose un beau livret de 40 pages, avec documents d’époque et notes détaillées sur la carrière du groupe.

N’y allons pas par quatre chemins : le potentiel du groupe ne met que quelques minutes à se faire jour. Les premiers titres, leur variété, leur richesse, leur inventivité, suffisent à installer ce qui est un acquis pour le reste de l’écoute du disque : le talent est au rendez-vous. Le premier album (les six premiers titres) propose déjà en lui seul une vitrine foisonnante du spectre musical du groupe : du rock garage de “Rich Man, Poor Man, Pig” à la pure balade ultra catchy “Mr Future”, en passant par le trippant “Father of Time” en mode heavy space rock, et même cette imparable bluette électro-acoustique “S.B. Blues” faisant penser à du Santana (les leads de guitare, les percus), bref tout y passe.

Le second album ne montre aucune baisse de régime, en proposant lui aussi une demi-douzaine de brulots où se dessine une recrudescence d’influences prog, mais aussi space rock (voir la suite de “Father of Time”, dont on retrouve une vision plus “space” avec bruitages dignes des Hawkwind les plus cheesy), sans jamais s’éloigner d’une belle structure rock / heavy rock, à travers quelques perles comme ce galopant “Travelling Man” ou un “In the Beginning” à tiroirs, suave mid-tempo chaud comme la braise, au son de gratte juste rêche comme il faut sur les attaques heavy, et lisse et coulant sur les plans les plus calmes. De manière aussi logique que finalement vertigineuse, les dernières démos du groupe l’amènent encore vers de nouveaux territoires, avec un “Walking Through the Darkness” qui les voit se frotter au funk-soul (cette attaque de guitare, cet orgue…) tout en balayant plein d’autres courants en moins de 6 minutes, tandis que l’annonciateur “Dawning of the Last Life” les voit proposer un mid tempo un peu alambiqué où les sonorités space rock un peu clichés (beep beep bloop) viennent finir d’enrober le morceau.

Quatorze chansons, donc, où se mêlent trésors d’inventivité (des breaks venus de nulle part, des arrangements chelous, des plans instrumentaux décalés), mais surtout deux facteurs qui font toute la qualité de ce disque : en premier lieu, le talent de composition de ces trois britons laisse rêveur, les riffs et les mélodies sont incroyables (croyez-en la parole de votre humble serviteur : après une seule écoute, vous vous rappellerez des mélodies de “Confusion”, Mr Future” ou autres “Earth & Sun”), les structures variées, les instrus toujours bienvenus… Après de nombreuses écoutes, on est à chaque fois un peu plus bluffé. L’autre facteur clé de cette galette, c’est ce sentiment d’ouvrir une fenêtre directe vers les “vraies 70’s”, à travers un groupe qui n’a probablement pas pu apporter une pierre significative à l’édifice musical dont on a hérité (faute à pas de chance, cf. intro de cette chronique) mais qui en propose une image authentique et qualitative, avec tout ce qui caractérisait cette période musicale pour les groupes de rock : des bases blues solides, une créativité débridée, et des plans musicaux “dans leur jus”. On dégustera ainsi des montagnes de soli de guitare remarquables, un son de basse rond et groovy, et globalement tout ce qui fait le charme de ce son souvent copié mais jamais égalé (car protéiforme).

En résumé, de multiples sentiments émergent à l’écoute de ce disque. Celui d’un profond gâchis avant tout, et donc d’une certaine tristesse finalement, d’entendre la qualité d’un groupe qui n’aura pas pu laisser la trace qu’il méritait dans l’histoire de la musique. Mais le plaisir d’écoute l’emporte au final, et on a du mal à se défaire de ce disque remarquable.

Note de Desert-Rock
   (8/10)

Note des visiteurs
   (9.5/10 - 4 votes)

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