High Fighter – Champain


Champion comme disait le roi Midas ; la troupe hambourgeoise nous revient 3 ans seulement après « Scars & Crosses » avec un album d’une rare sauvagerie. Ayant pris ses distances avec Svart Records pour se retrouver auprès de l’épicerie fine Argonauta Records qui se targue de proposer stoner, doom et sludge, High Fighter illsutre à merveille le propos de sa nouvelle écurie en proposant une plaque à la confluence de ces trois styles connexes. Les 11 plages constituant cette troisième pièce à l’édifice musical des Allemands effleurent les plans aériens du doigt et se complaisent dans une brutalité certaine qui lui sied comme un gant de boxe.

Fomentés chez eux dans la capitale du hamburger, c’est dans la capitale teutonne – au Hidden Planet Studio – que ces 3 quarts d’heure de brutalité ont été mis en boîte par Jan Oberg qui a fait un boulot sensationnel pour donner un rendu soigné aux interventions des 5 protagonistes en conservant la brutalité du propos sans se vautrer dans la bouillie sonore. Ce lascar mériterait presque la couronne de laurier dorée (vous avez dit champagne ?) qui orne la pochette de cette production à moins que ce soit le groupe lui-même.

Non-contents d’avoir foulé les scènes des principales manifestations culturelles de notre genre : le Desertfest Berlin, le Desertfest London, le Desertfest Antwerp, le Stoned From The Underground, le Up In Smoke, le Keep It Low, le Red Smoke Festival et le SonicBlast Moledo ainsi que des manifestations plus confidentielles comme le Wacken Open Air ou le Summer Breeze, les originaires des bayous du nord de l’Allemagne ont composé une brochette de nouvelles ogives dévastatrices dont le trépidant « A Shrine » qui s’inscrit dans la plus pure frénésie et enchaîne les vociférations infectées avec des chants clairs ayant du coffre. Le chant c’est important dans le stoner ou on case le moins mauvais du groupe derrière le micro ? La réponse que donne High Fighter est sans équivoque : sa frontwoman fait clairement la différence (autant sur scène que sur disque) et s’avère, à l’écoute de cette nouvelle galette, une pièce primordiale au style de la formation.

« Before I Disappear » ouvre les feux des festivités de manière apaisée, presque aérienne, qui s’éteint sur un plan digne des entrées en matière de Dopethrone avant de se commettre dans un sludge ultra carré qui poutre et convainc bien avant son terme plus de 5 minutes plus tard. Ce genre de titre recèle, en son sein, les compétences présentes dans ce groupe de vétérans qui se montrent à l’aise sur tous les terrains de compétition. C’est intelligemment amené et très abordable pour un bourrin qui se respecte donc la touche skip est ignorée et on se complait à explorer par la suite des territoires plus rudes mis en action avec d’énormes paires de couilles et de poumons.

On se détache par moment de la violence speedée avec des compos comme « Kozel » qui cogne lentement dans le doom pur sucre et le sludge de Louisianne avec une efficacité déconcertante qui rappelle même Pantera sur certains plans de guitares. On se rapproche des origines du genre en flirtant avec le grunge sur « When We Suffer » qui débute avec des textures distordues proche du grand Soundgarden. Ce dernier titre est une réussite à laquelle a été associée Anton Lisovoj de Downfall of Gaia (compagnons de tournée des Germains) et il fait l’objet d’une vidéo consultable sur les plateformes que vous connaissez que trop bien ; impossible de demeurer imperméable à cette incarnation musicale de la souffrance.

Parmi la foule de plages plutôt séduisantes que nous propose ce groupe qui monte, mon dévolu s’est jeté naturellement sur la plus frénétique : « Shine Equal Dark ». Emmené par une rythmique qui s’emballe, le chant flirte avec la tessiture de la regrettée Wendy O. Williams avant de céder sa place à des riffs distordus déployés sur une baisse de régime qui ne sera que passagère puisque ça cartonne à nouveau haut dans les tours durant la dernière minute de jeu. Cet objet sonore – à ne pas mettre en toutes les mains – s’avère, au final, une formidable pérégrination au royaume des buches qui demeure cohérente sans lasser l’auditeur en s’inspirant çà et là de la musique qui a bercé la jeunesse des membres de la formation (comprendre le metal au sens large), mais qui demeure fermement là où nous attendions ces gens : entre doom et sludge !

 

Note de Desert-Rock
   (8/10)

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