Mantar – Grungetown Hooligans II

Label : MANTARecordings / Cargo Records (2020)
Chroniqué par Laurent

Mais qu’est-ce qui se passe dans la tête de Mantar ? Après un 3ème LP réussi mais finalement peu surprenant, sur un label bien établi, on pouvait penser que la machine était sur les rails, et que la mécanique tournée – album – tournée – break – tournée était en route pour quelques années encore. Et là, paf, le duo teuton débarque avec sous le bras un album à l’artwork chelou, sur son propre label (!), composé de reprises… de grunge ? Le groupe évoluant dans la frange extrême d’un sludge coriace, on les imaginait peu baigner dans ces atmosphères musicales désormais un peu surannées. Disons-le tout net : à l’approche de ce disque, on ne sait pas à quoi s’attendre.

Comme tout disque de reprises, l’approche de l’auditeur est différente selon que l’on connaisse ou pas les chansons originales. Coup de bol pour votre serviteur, il ne connaissait pas 3 des huit chansons avant d’appuyer sur play, ce qui rend l’écoute d’autant plus attrayante. Ça commence par « The Bomb », le brulot énervé de L7, transformé en glaviot sludge au chant growlé d’écorché de Hanno et au son de gratte colossal emblématique de Mantar (notons au final que cette phrase peut s’appliquer à chacune des 8 reprises). L’hommage à L7 ne s’arrête pas là, puisque l’album leur rend honneur plus tard sur « Can I Run », un titre plus emblématique de leur style musical (issu du même album « Hungry for Stink »), basé sur un riff bien entêtant en mid tempo. La gratte rythmique omniprésente sur l’original se voit ici revêtue d’une étoffe quasi-doom, rappelant le son d’un vieux Type O Negative. Pas inintéressant, mais probablement le titre le plus éloigné du Mantar que l’on connait. On passe ensuite à l’un des titres les plus punkisant du disque avec la reprise du « Puss » de Jesus Lizard, fidèle sur sa totalité, jusqu’à son lick de guitare catchy bien caractéristique, mais bien métallisée dans son ensemble, pour une opération réussie. On arrive à l’un des titres les plus connus de l’ensemble, avec le classique « 100% » de Sonic Youth, dont le riff nonchalant originel devient évidemment une attaque guitaristique en bonne et due forme. A noter que les gars se sont même inspiré de l’esprit « skate board » du clip originel pour leur propre vidéo de ce titre… Votre serviteur découvrira grâce à cette galette le groupe Mazzy Star, avec un titre très catchy, sur lequel le timbre tessons-de-bouteille/gravier-sec de Hanno rend vraiment honneur au chant low profile de la chanteuse originelle… On repart sur des terres plus punk avec l’énervé « Bruise Violet » des Babes in Toyland, pour l’une des meilleurs interprétations du disque : le duo accélère un peu le tempo de l’original, la joue basique côté arrangements, et frappe fort, avec notamment un break et un riff typiquement Mantar-tien, pour un titre finalement moins punk que l’original. Le « Who you Drivin’ Now » de Mudhoney, pas leur titre le plus intéressant, est honnête et l’esprit plus léger et moins énervé que les autres chansons retenue est bien retranscrit… mais sied un peu moins au « genre Mantar ». On finit par une dernière saillie punk avec le « Knot » de 7 Year Bitch, dont le mur d’ampli du frêle guitariste densifie un contenu par ailleurs fidèlement retranscrit.

Le track-by-track est finalement éloquent : la fidélité est ici au rendez-vous, ce qui, dans un album de reprises, ne signifie qu’une chose : le respect de Mantar pour ces compos est évident. Fallait-il pour autant en proposer un album (plutôt court par ailleurs : moins d’une demi-heure) ? La seule réponse qui vaille est : pourquoi pas ? Et donc par extension : bien sûr ! Mantar nous a toujours habitué à faire absolument ce qu’ils avaient envie de faire, et cette incartade à leur jeune carrière avant qu’elle ne devienne routinière est une éclaircie salvatrice pour qui les pensait perdus pour la cause. Qualitativement, l’album est loin d’être ridicule, et même s’il s’avère hétérogène – de par sa nature même, en réalité – il est très plaisant de l’écouter en boucle, les potards bien calés sur 11. Une très sympathique parenthèse, surprenante à plus d’un titre – et finalement, en extrapolant un peu, probablement annonciatrice d’excellentes perspectives pour la suite du groupe.

 




Note de Desert-Rock :
   (7.5/10)

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On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

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