King Buffalo – Acheron


Au tout début des années 70, le fan de rock était partagé entre 2 tendances musicales : d’un côté, un rock aux structures complexes et à la virtuosité instrumentale réelle mais fortement éloignée du rock des précurseurs. Une mouvance appelée rock progressif avec comme fer de lance des groupes comme Pink Floyd, Yes ou encore Genesis. De l’autre côté, un rock pur et dur qui, au contraire du progressif, prétend replonger dans ses racines blues et retourner vers plus de simplicité: il y eu bien entendu les Rolling Stones et Eric Clapton pour défricher le terrain, suivi rapidement par Led Zeppelin et Black Sabbath et le glam-rock de David Bowie. Quelques années plus tard, le rock progressif vivra ses dernières heures car il est devenu un cliché dont on se moque. Il faut dire qu’avec ses chansons à tiroirs de 20 minutes, ses concerts expérimentaux et son côté « art contemporain qui pète plus haut que son cul », le prog est devenu une sorte de maladie honteuse qui finira par être totalement éradiquée par l’explosion punk qui attend sagement son heure au coin de la rue.

Cette période dorée pour le rock enfantera des centaines, voire des milliers de formations qui se revendiqueront (plus ou moins) de cette glorieuse période mais bien peu évoqueront des influences progressives dans leur musique, à part peut-être dans le post-rock, terrain de jeu fertile de musiciens à l‘imagination fertile. L’époque est au « toujours plus » et il faut montrer les muscles plutôt que les neurones afin de capter un auditoire toujours plus friand de guitares saturées, de grondements de basse telluriques et de cogneurs de fûts. Heureusement pour celles et ceux qui ne jurent pas (que) par la puissance, il existe des alternatives et la plus belle d’entre elles se nomme King Buffalo.

Car oui, King Buffalo n’est décidément pas un groupe comme les autres, et pas seulement dans la petite sphère stoner. Nos trois camarades New-Yorkais ont débuté leur aventure en 2013 et marqueront les esprits trois ans plus tard avec Orion, un premier album aux allures de chef-d’œuvre. Suivront des albums toujours surprenants, à la fois oniriques et palpitants, qui finiront d’inscrire le groupe au panthéon des grandes formations rock contemporaines. En 2020, la pandémie stoppe les beaux élans de toute l’humanité. Mais le trio ne se laisse pas impressionner par un microscopique virus et se lance dans une folle aventure : réaliser 3 albums coup sur coup qui sortiront l’année suivante ! Un pari osé et complètement dingue, comme au bon vieux temps des seventies. The burden of restlessness, paru en juin, lance les hostilités et le public s’agenouille devant King Buffalo. Après ce coup d’éclat, que pouvaient-ils faire de mieux, de plus grand, de plus osé? La réponse tient en un seul mot : Acheron.

Pour enregistrer cet album, le groupe a choisi un endroit insolite : une grotte, pour se couper d’un monde extérieur en pleine mutation mais aussi et surtout pour la réverbération naturelle des lieux. Le terme « underground » n’est pas qu’une métaphore… Par moments, on distingue même le murmure des gouttes d’eau… La source de toute vie apparaît sur ce disque matriciel, car Acheron rebat toutes les cartes, efface tous nos repères, nos convictions et nos croyances dans un genre qui, s’il a tendance à s’élargir à d’autres courants musicaux, finit parfois par perdre son auditoire. Avec Acheron, King Buffalo a réussi son pari fou : poser les bases d’une nouvelle ère musicale, d’un nouveau monde qui ne serait plus régi par l’argent (le troisième opus de cette trilogie, prévu pour cette année, sera finalement décalé à l’an prochain car les usines préfèrent débiter du Adèle…) mais par quelque chose de plus viscéral, de plus naturel, de plus vivant : le talent, l’envie, la créativité.

Acheron est une pure merveille du début à la fin. 4 titres qui s’enchaînent à la perfection, comme ces gouttes d’eau ruisselantes de murs millénaires, qui caressent la pierre tout en la polissant en douceur. Tout comme King Buffalo avec nos oreilles et notre âme (D’ailleurs, Acheron désigne une branche de la rivière souterraine du Styx dans la mythologie grecque). Le groupe est véritablement au sommet de son art et personne ne viendra le contester. Cet album est une réussite totale, que ce soit au niveau des compositions simples (mais pas simplistes) qui vous touchent en plein cœur à la production juste parfaite. Vous qui avez toujours rêvé de tutoyer les étoiles et de voyager dans l’espace, deux solutions s’offraient jusqu’ici à vous : soit vous avez Bac+17, vous bossez à la NASA et vous montez dans la prochaine fusée pour l’ISS, soit vous avez 20 millions de dollars sur votre compte en banque et vous les gardez pour vous offrir un billet pour la future colonisation de Mars. Avouez que dans les 2 cas, les probabilités sont assez minces… Heureusement, il vous reste King Buffalo, et Acheron est appelé à devenir le Dark side of the moon du 21ème siècle. Fermez les yeux, attachez vos ceintures et laissez-vous happer…

Note de Desert-Rock
   (9/10)

Note des visiteurs
   (8.82/10 - 11 votes)

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