Witchthroat Serpent – Swallow The Venom


2014-2016-2018 : avec  un album tous les deux ans, on ne pourra pas dire que Witchthroat Serpent se la coule douce. Sur disque en tout cas, car sur scène le trio ne se distingue pas par sa suractivité : quelques dates (bien) choisies ici ou là, mais jamais de grosse tournée. Ce n’est donc pas vraiment sur scène que le groupe s’est  avéré décisif jusqu’ici, mais plutôt à travers sa discographie que WS gère son évolution, ses albums étant le principal indicateur de sa vitalité et de sa créativité. Les toulousains ont après leur précédent opus Sang-Dragon quitté leur accueillant label Deadlight pour rejoindre une belle boutique, déjà inaugurée avec leur EP sorti l’an dernier : Svart Records et son roster extensif et stylistiquement diversifié. Rien d’illogique, mais pas forcément une destination que l’on aurait imaginée naturelle pour un tel groupe de doom. Prestigieuse expérience en tout cas, sur un label culte !

Nouvel album donc, sept titres (plus une intro), quarante-cinq minutes : on a beau être dans le doom pur jus, on reste sur du classique, avec des morceaux de 6 ou 7 minutes en moyenne. C’est lent, c’est long et c’est lourd, mais ça ne déborde pas en plans ambiants interminables ou en répétitions stériles. Niveau son, Sang-Dragon était déjà doté d’une excellente prod, et ce Swallow the Venom n’est pas différent. Bon, on cherche un peu trop souvent la basse dans le mix au goût de votre serviteur, et le chant est un peu trop mis en avant, mais ce son doom-garage juste assez sale sied parfaitement à la musique du combo. Si l’on devait décrire le style du groupe… commençons par décaniller l’éléphant dans la salle, comme disent les ingliches. Ceux qui ont suivi le groupe ces dernières années savent qu’ils traînent une réputation pas vraiment infondée d’ersatz d’Electric Wizard. Le son de guitare, le son de basse, le type de compos, le chant (pour le mix, mais aussi les similarités dans la voix), la place de l’occultisme dans les thématiques développées… on y revient fatalement. Ecoutez « The Might of the Unfail » si besoin d’une illustration… Pourtant on ne taxera pas les toulousains d’opportunisme pour autant, ses membres étant issus de formations gravitant dans plusieurs sphères doom / funeral / occult / drone depuis plusieurs années ; simplement, la synthèse du doom « moderne » revient souvent autour de ce qu’a pu produire Electric Wizard au long de sa carrière. Demander au groupe de se forcer à s’en distinguer serait contre-productif, voire castrateur.

Dans ce cadre musical toujours un peu codé, Witchthroat Serpent ne peut s’appuyer que sur la qualité de ses compos pour se distinguer. Heureusement, sur le sujet ils sont bien armés. Toujours solides sur les basiques (à l’image de « Lucifer’s Fire » : excellent riff refrain, excellent riff couplet, petit solo concis et efficace… propre), le groupe explore néanmoins quelques sentiers de traverse sur ce Swallow The Venom. Sur un « Pauper’s Grave » bien chargé en fuzz, ils se lancent dans un break en son clair quasi dissonant, avec chœurs en fond, qui donne un côté WTF assez rafraîchissant au morceau. Sur « Hunt for the Mountebank » on est séduit par un travail rythmique moins linéaire.  Et puis ici ou là on trouve des initiatives qui sans être d’une audace formelle énorme relèvent de réels efforts de production pour densifier encore un peu le disque. Enfin, ce type d’initiatives reste assez timide dans sa portée et les occitans restent quand même largement dans leur zone de confort. Mais pas de raison de bouder notre plaisir, Swallow the Venom est un très bon album de doom classique : il regorge de riffs efficaces, de mélodies accrocheuses, et ne tombe jamais dans l’écueil du cliché doom. Pas l’album de la consécration, mais une suite logique dans leur carrière, toujours en progression.

Note de Desert-Rock
   (7/10)

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