What’s in the Woods Festival (Little Jimi, Djiin, Wizard Must Die, Wormsand…) – 25&26/10/2019 – Bègles (33)

Monté en mode complètement DIY, un petit festoche prometteur se tient sur le dernier week-end de ce surchargé mois d’octobre, proposant à la fois une fenêtre “découverte” et une contre-offre par rapport à tous ces festivals et tournées proposant des groupes étrangers. L’objectif du What’s in the Woods festival est de proposer sur 2 jours une poignée de groupes français, dans toutes les variantes du stoner, une vitrine privilégiée sur l’offre musicale hexagonale…

 

JOUR 1 :

On rejoint donc avec plaisir la salle choisie pour accueillir ces deux jours de festivités, à Bègles, petite ville qui jouxte Bordeaux… Première illustration d’un choix structurant fort intéressant : la liste des groupes sur les 2 jours est connue, mais l’ordre de passage de chaque groupe est une surprise : ceci permet non seulement de mettre tous les groupes à égalité, mais aussi de s’assurer que les petits malins ne feront pas de calculs stupides pour n’assister qu’à l’un ou l’autre des concerts ! Chaque groupe bénéficie donc de la même visibilité (ce qui se confirmera sur le week-end, l’affluence étant similaire sur chaque concert).

STRONGER THAN ARNOLD

La météo très clémente en ce début de soirée incite quelques dizaines de spectateurs à traînasser sur la très agréable terrasse, où le cuistot s’affaire en plein air, et où les bières (locales et peu chères) coulent à flot… Il faut quelques minutes à l’assemblée pour se rassembler dans la salle, à l’appel des premiers gros accords de Stronger Than Arnold. Les quatre limougeauds ont beau traîner leurs guêtres depuis quelques années, leur existence était passée jusqu’ici sous nos radars. Évoluant dans une sorte de gros stoner assez varié (on ne louera jamais assez ces grosses embardées nerveuses efficaces), avec peu de vocaux  et un bon travail de complémentarité sur les guitares, le set se passe sans jamais que le spectateur ne s’ennuie, au contraire. Souffrant de quelques problèmes techniques (avec les retours en particuliers), le quatuor prend sur lui et semble apprécier d’être là.


OROTORO

On enchaîne sur un gros morceau : le trio d’Orotoro a beau être un local de l’étape, il a usé pas mal de scènes ces derniers mois, à Bordeaux et ailleurs, et ses derniers sillons vinyliques nous ont plusieurs fois titillé. Et effectivement, il ne faut pas longtemps pour jauger le niveau des trois gaillards : sur scène, c’est du très-très solide. Il faut un peu de temps au set pour se mettre en place, avec des premiers titres mettant notamment en avant la diversité stylistique du groupe, qui emprunte même par moments des sentiers progs bien maîtrisés. Mais très vite, la puissance du combo prend le dessus et, occasionnellement, on est même soufflé par certains plans particulièrement bien vus. Les musiciens disposent d’un bagage technique robuste qui leur permet de toujours être en contrôle de morceaux audacieux, alliant subtilité, déséquilibres et puissance. Belle bête…


WIZARD MUST DIE

L’un des groupes les plus attendus de la journée prend la suite sur la grande scène mise à disposition des groupes. Il va falloir assurer ! On n’est pas trop inquiets : l’album de Wizard Must Die nous a enthousiasmés il y a quelques mois, et les lointains échos de leurs prestations live qui nous sont parvenus étaient plutôt enthousiastes. Les opportunités de les extraire de leurs terres lyonnaises étant manifestement rares, on félicite le festival pour cette excellente initiative. Les gones s’engagent dans l’interprétation des titres de leur album, avec conviction et talent : la variété stylistique de ce dernier est parfaitement exploitée pour rythmer le concert, jamais monotone, tandis que les plans les plus puissants bénéficient du jeu massif des trois musiciens qui ne manquent pas d’énergie dans leur interprétation. “From their Blood”, “Umibe no Kafuka” ou encore “Empty Shell” passent l’épreuve du live à la perfection. L’ambiance est bonne, Flo ne manque pas une occasion de déconner avec le public (tournant en dérision un cassage de corde de sa gratte – que sa technique guitaristique remarquable rendra imperceptible pour la suite du set…). Pour finir d’ambiancer la salle, le groupe propose une dernière saillie avec le nerveux “Logical Math Carnage” sous les applaudissements nourris. Superbe set.


ETHILI

Dernier concert de la soirée, les locaux d’Ethili prennent les planches devant un public qui leur semble acquis d’avance : il faut dire que les bordelais jouent assez régulièrement sur les scènes girondines, et quelques potes sont aussi là pour les supporter. Ayant changé de bassiste il y a quelques mois, le trio est quand même resté dans le même trip / concept : développant une sorte de mythologie décalée, les musiciens se présentent en kilt et en armures constituées de canettes et étiquettes de bières (on les avait même connus avec des casques, ils ont un peu réduit la voilure). Musicalement, Ethili propose un stoner foisonnant, dynamique, difficile à cerner, mais toujours enthousiaste et jamais prise de tête ou trop sérieux. Le public s’amuse tout autant que les musiciens sur scène, qui tiennent bien la baraque. La communication est plutôt cool, les échanges avec la fosse se font conviviaux, et les riffs sont échangés autour de quelques soli bien sentis et pas trop démonstratifs. Une fin de soirée des plus cools, confirmant un bilan complètement positif pour cette première journée du festival.


JOUR 2 :

 

SPELL SHELTER

Même lieu, même heure, mêmes conditions et même principe : on repart pour la suite (et fin) de ce What’s in the Woods fest en découvrant l’ordre de passage du jour. C’est donc les Spell Shelter qui ouvrent les hostilités aujourd’hui. Le jeune quatuor bordelais, par ailleurs important activiste dans la mise en place du festival, affiche une franche bonne humeur. Pour un groupe aussi récent, la musique de Spell Shelter est solide et sa mise en place live est franchement pas mal. Quelques compos sont un peu en deça (moins efficaces) et le style du groupe se cherche un peu (un registre très vaste, avec sur certains titres un effet un peu “fourre-tout”) mais le concert est franchement cool et satisfait un public que l’on constate déjà plus nombreux que la veille (samedi vs. vendredi), et qui kiffe bien. Les musiciens sont bons voire excellents, et se font plaisir, à l’image de ce dernier titre, saillie quasi-punkoïde lâchée comme un baroud d’honneur.


DJIIN

Durant la courte pause, la salle bruisse de propos élogieux sur Djiin, groupe rennais qui n’avait pas atteint les sélectives esgourdes de votre serviteur. Alors quand le groupe monte sur scène, l’attention (!) est à son comble. Et il ne faut pas longtemps pour que le constat ne s’impose : Djiin, c’est du solide ! Côté mise en place, on est dans la cour des grands : les musiciens sont impeccables, solides, et le set se déroule dans une grande maîtrise. Mais le fond de jeu est pas mal non plus : musicalement Djiin va construire son stoner en tapant dans des registres variés, blues, soul, jazz… Chloe, frontwoman impeccable, à l’aise dans son rôle, illustre en particulier pas mal de ces variations, par ses lignes vocales puissantes et subtiles d’une part (même si jamais dans la démonstration stérile), piochant des les styles sus-cités, mais aussi par l’usage occasionnel d’une harpe, en son naturel ou distordu, selon l’ambiance du titre ! Subtilement encapsulées dans les chansons, ces séquences ne sont jamais artificiellement mises en avant (on n’est pas sur du gimmick foireux). Les autres zicos ne sont pas moins bons, loin s’en faut. Le tout se déroule avec sérieux mais aussi décontraction et un vrai sens de l’animation scénique : Chloé descend dans le public chanter un titre, Tom pose sa gratte pour aller accompagner Allan à la batterie un peu plus tard, etc… Un vrai bon moment live, par un groupe dont il est probable que l’on entende parler à l’avenir s’ils continuent sur leur lancée.


WORMSAND

On part de l’autre côté de l’hexagone avec les mentonnais de Wormsand, trio “faussement récent” puisque émanant des cendres encore chaudes des excellents Clystone. Dès leur montée sur scène, changement de ton radical. Visuel d’abord : le groupe fera baigner son set dans une ambiance verdâtre particulière tout du long (notons pour l’occasion que hormis sur ce set un peu atypique, le light show de tout le fest a été remarquable – malgré un deuxième jour plus “sombre”). Mais la vraie rupture se situe au niveau musical et énergique : en quelques secondes, le groupe se détache de ses “gentils” prédécesseurs par une véritable furie scénique (Clément renversera même son pied de micro en faisant virevolter sa basse dans les premières minutes). Wormsand évolue dans un genre musical assez audacieux, qu’il est difficile de cataloguer (cette preuve d’originalité en soi le distingue d’une large part de groupes), une sorte de sludge sur-vitaminé, avec un son d’une profondeur abyssale, quasi-doom (on pensera même à Bongripper parfois pour ce son de basse qui fait vrombir les tympans pendant le soundcheck). Clément et Julien se partagent le chant de manière très complémentaire (chacun dans son registre) et les voir défendre leur musique sur les planches concourt à faire passer ce set bien trop rapidement. Un très bon moment, qui aura décoiffé un peu les festivaliers, l’affiche du jour proposant des groupes aux genres largement plus “polissés”… Ça fait du bien par où ça passe !


LITTLE JIMI

Tête d’affiche logique du festival au vu de la notoriété (relative qui leur est acquise, Little Jimi monte sur scène en dernier, devant un public constant par son affluence (pas “d’effet tête d’affiche”, ce qui correspond bien à ce que souhaitait l’orga). Les bordelais, qui ont eu l’opportunité de pas mal jouer ces derniers mois, affichent très vite leur maîtrise musicale et instrumentale. Little Jimi, c’est en premier lieu un trio avec deux guitares (pas de basse… même si on détectera des sonorités pas si éloignées sortir occasionnellement de la 6-cordes de Benjamin) qui évoluent dans un rock très teinté 70s, un peu psyché, un peu blues, parfois hard rock… On les a vus il y a quelques mois déchaînés mettre le feu dans un club, on s’imaginait donc une véritable furie, avec dans leurs bagages désormais une expérience scénique autrement plus significative… Mais sur scène, aujourd’hui, c’est plutôt calme. Chacun fait sa part du taf sérieusement (c’est carré de chez carré, tout roule), mais l’ensemble est plutôt austère. Le contraste avec Wormsand est brutal… Benjamin s’adresse au public pour la première fois sur la fin du set, puis annonce leur dernier titre, le très bon “Goodbye Katus”, propice à quelques soli dont le duo a le secret. Du haut niveau musical, mais pas leur date la plus marquante scéniquement…


 

Il est temps de dire au revoir aux copains, de repasser par les divers stands qui agrémentent le fest (merch, producteurs d’alcool, artistes, disquaire, etc…) pour des dernières emplettes, et de regagner nos pénates avec le ressenti que cette édition du What’s In the Woods ne devrait pas être la dernière : avec beaucoup d’envie, et une série de concepts audacieux mais porteurs, l’orga a positionné ce petit festoche sur la carte des événements hexagonaux avec une vraie audace et une certaine valeur ajoutée bien distinctive. Rien qu’à ce titre, les voir continuer sur cette lancée serait une bonne chose.

 

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