Sheavy – Disfigurine

Label : Dallas Tarr Records (2010)
Chroniqué par Laurent

Sheavy - Disfigurine

Les années passant, sHEAVY s’impose de manière insidieuse comme une sorte de méta-groupe de stoner, un groupe (paradoxalement) si « premier degré » qu’il en devient conceptuellement presque elliptique. Une musique hors mode, qui, il y a une poignée d’années, ressemblait juste à un ersatz décomplexé et naïf de Sabbath (satanée tessiture vocale de Hennessey, évidemment, mais aussi un sens du riff qui ne trompera personne, voir l’intro de « Waking the Bloodbeast » et aussi son chant harmonisé aux grattes sur le couplet), et qui s’est cristallisée sur un genre musical bien identifié bon an mal an, un stoner fluide et velu à la fois, un truc patibulaire et aérien, chargé de groove.

On pourrait presque s’en tenir à ce constat pour vendre la galette : si vous avez aimé les albums précédents des canadiens, vous aimerez celui-là. Ca pourrait marcher. Le problème est que dans un monde où la remise en question prime, l’on ne cite plus que des dinosaures (AC/DC, Motörhead) pour porter aux nues les groupes qui préfèrent approfondir et peaufiner un genre plutôt que partir à la découverte de nouveaux territoires incertains. Or sHEAVY est au moins aussi méritant. A fond dans leur trip, et bien décidés à rester fidèles à leur public, sHEAVY débite donc dans « Disfigurine » 10 nouveaux titres superbement troussés, mais qui ne surprendront personne. Et bon dieu, ça fait chaud au cœur. Un nouveau disque de sHEAVY (et c’est en cela que le groupe repose sur une sorte de paradoxe perpétuel) est vivifiant, une sorte d’îlot rafraîchissant dans un océan de musique compliquée, contextualisée.

Ces propos pourraient laisser croire que le groupe est en roue libre, alors qu’au contraire, le père Hennessey s’est défoncé cette fois encore pour chiader des morceaux superbement acérés. Alors qu’une première écoute distraite peut laisser circonspect, très vite les compos viscérales du chanteur forcent le respect par leur efficacité sournoise : portées par un son très 80’s (comprendre une prod’ basique : on s’assure que chaque piste est clairement audible, on monte le volume des grattes, et basta !), les titres recèlent en réalité de mille ingénieux passages, breaks, soli, riffs. Et quitte à rabacher, le groove commun à l’ensemble de cette galette assure un fil rouge impeccable. Difficile de mentionner des titres qui se distinguent. Jetez une oreille attentive à des titres comme le titre éponyme, ou mieux encore « Echo in the skull », qui a tout : basse super-heavy et groovy (encore !), tempi saccadés et lourds, emballées rythmiques échevelées, soli, et une avalanche de riffs qui n’en finit jamais de nous marteler les neurones (et y laissent des traces). Voir aussi le bluffant « The book of lost time », qui allie une intro presque punk à un riff nerveux, le tout amenant à une succession de soli basse (wah-wah) / guitare jouissifs.

A titre personnel, et tandis que 2011 présente ses premières rondelles vinyles, je pense qu’il n’y avait pas de plus belle manière de clôturer avec panache 2010 qu’avec cet album : au-delà de l’intérêt primal (qui a dit « reptilien » ?) que représente le bonheur musical procuré par ce disque, sHEAVY nous rassure, encore (et comme si c’était nécessaire), sur la pérennité et la pertinence d’un genre musical qui nous donne encore des frissons. Merci à eux.

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On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

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