Mos Generator – Spontaneous Combustions

Label : Kozmik Artifactz (2019)
Chroniqué par Laurent

Quel fascinant et étonnant objet musical que Mos Generator… Le groupe, emmené par son emblématique leader Tony Reed, a jusqu’ici produit une discographie aussi foisonnante qu’hors norme et… illisible : presque autant de labels que d’albums, des live, des démos, des captations studio, des reprises… Sa page Bandcamp, qui n’est même pas exhaustive, ressemble plus à un jeu de l’oie en ligne qu’à une discographie. Il faut dire que Reed est un musicien aussi productif que talentueux : le bonhomme n’est pas seulement un guitariste doué et inspiré, il est aussi un multi-instrumentiste redoutable (qui enregistre souvent ses disques seul en jouant tous les instruments), un producteur reconnu, un musicien de tournée (cf les dépannages en tant que bassiste vis-à-vis de ses potes australiens de Seedy Jeezus), etc…

Le trio américain, qu’on n’avait pas entendu sur disques depuis un peu plus d’un an, retrouve le chemin de nos platines à travers ce disque atypique : Spontaneous Combustions n’est pas un album en tant que tel, il est le fruit d’une session d’enregistrement jam. Le groupe a mis à profit la disponibilité d’un local pour quelques heures, a usé d’un matériel d’enregistrement rudimentaire, et s’est mis pour défi d’enregistrer quatre titres dans la journée… sans rien avoir composé (précisons en toute rigueur que l’un des quatre titres émane de trames musicales écrites quelques mois auparavant). Avant de crier au génie, rappelons que le groupe est coutumier de ces exercices (en tout cas pour produire ses démos) et que leur capacité d’improvisation est largement au-dessus de la moyenne de leurs contemporains (on se rappellera par exemple que lors de son passage au Hellfest 2014 le groupe est monté sur scène sans la moindre idée de quelles chansons ils allaient jouer). Quoi qu’il en soit, ça ne diminue pas l’ampleur de la performance. Maintenant, reste à vérifier qu’au-delà de l’exercice de style, Spontaneous Combustions est un disque intéressant en soi…

Quatre compos qui vont chacune taquiner les 10 minutes, c’est deux faces de vinyl correctement remplies. On retrouve sur ces quatre séquences la richesse musicale qui caractérise la carrière de Mos Generator, avec en particulier comme dénominateur commun, plus que d’habitude (et l’exercice s’y prête particulièrement), un penchant blues très affirmé. Qualitativement, logiquement, tout n’est pas du même niveau, mais l’exercice veut ça : les respirations, les accélérations, les breaks, les riffs… dans une jam, ça sort comme ça sort, et ça n’est pas toujours du génie pur du premier coup – sauf que là, pas possible de revoir le truc, il y a une seule prise, et pas d’overdubs. Mais les bons moments sont légion : le suave « Things to Unremember » et son riff sabbathien, le jam blues de « Age Zero » et ses plans à la Gary Moore, le très bon « Bonehenge (parts 1&2) » plein d’inventivité (bien heavy, lardé de fulgurances prog rock ici ou là)… On sera plus réservé sur certains points, comme les prises vocales/chœurs de « Who Goes There ? » (pas un détail, car c’est la base du morceau), quelques longueurs sur la première moitié de « Age Zero »… Encore une fois, pas de quoi jeter le bébé avec l’eau du bain, loin s’en faut.

Spontaneous Combustions n’est donc ni un album de Mos Generator au sens traditionnel du terme (aux compos structurées et affinées, au son polissé) mais n’est pas non plus ce que l’on pouvait craindre, à savoir « un album de musiciens » où l’onanisme luthier est roi. Il s’agit d’un disque atypique, imparfait par nature, chaleureux et intéressant, où le feeling de Reed et de sa petite troupe transpirent de bout en bout. Il est plus à rapprocher des productions de groupes comme Tia Carrera que de la discographie traditionnelle de Mos Generator.



Note de Desert-Rock :
   (7/10)

Note des visiteurs :
   (0/10 – 0 vote)

(Pour donner votre note, cliquez sur le nombre de cactus voulus)


Partager cet article :
Voir toutes les chroniques de :
 
 

  •   English version



On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

Voir plusVoir moins

Voir sur Facebook