Il se passe parfois des trucs cools « sous les radars ». Sound of Smoke (un sobriquet qui a le mérite d’annoncer la couleur) est un quartet allemande de psych rock – voilà une intro qui, a priori, ne vend pas forcément du rêve. Malgré ses dix ans d’existence, le premier LP de la formation ne date que de 2022, ce Mirage n’étant que leur troisième disque. Leur notoriété toute relative se concentre sur l’Allemagne, où le groupe a assuré l’essentiel de ses prestations live (rares ces dernières années), et leur nouvelle sortie, sur un petit label, ne devrait pas leur donner des moyens énormes pour exploser sur la scène internationale…
On aurait vite pu se détourner de ce disque et « passer à autre chose »… si l’on n’avait pas été hameçonné par son intro particulièrement accrocheuse : le mélodieux et planant « Dancing Like Smoke » permet de mettre en lumière le chant d’Isabelle Bapté, envoûtant et gracieux. La chanteuse capte une bonne part de la lumière sur ce disque, un véritable marqueur du groupe – sans jamais non plus faire ombrage à une activité instrumentale qui reste prépondérante (la plupart des séquences musicales sont instrumentales, finalement). Mirage s’en trouve très équilibré dans sa production et ses compos.
S’ensuit un « Röntgenstrahlen » qui vient finir de mettre l’église au milieu du voyage : la formation germanique peut se prévaloir de l’ensemble du spectre « psyche », à l’image de cette incursion dans le kraut rock d’une efficacité redoutable : sur une ligne rythmique de synthé acidulé 70’s/80’s, le chant d’Isabelle en allemand (!), complètement exempt de ses tonalités soul au profit d’un style parlé / saccadé qui sert bien la rythmique hypnotique du titre, évolue main dans la main avec les soli de guitare frénétiques mais contenus de Jens Stöver.
Soyons honnêtes, en termes d’efficacité, le reste du disque n’atteint pas ces deux titres. Pour autant, chacun apporte quelque chose de particulier à cet album, qui s’écoute sans ennui : « Endless Night » et ses intonations furieusement orientales, « Fata Morgana » et « New Direction » et leurs atours surf music/western… Le final sur « Zweierlei » (en Allemand lui aussi) apporte une conclusion réussie au disque, avec la rythmique sautillante de son premiers tiers, qui se transforme en un final certes bien moins enthousiasmant mais pas inintéressant.
Il convient de ne pas « survendre » ce disque, tout en restant objectif sur ses réelles qualités : dans le monde un peu saturé et peu « hiérarchisé » du rock psyche et de ses variantes, Sound of Smoke a un paquet d’arguments à faire valoir. Bénéficiant d’un véritable facteur différenciant avec sa chanteuse, le quatuor peut surtout se reposer sur une maîtrise assez complète du style et de bon nombre de ses palettes, et se donne les moyens de proposer un travail riche et intéressant, à travers une production impeccable (on n’a pas mentionné le recours très pertinent à bon nombre d’instruments pour mieux servir chaque morceau). Quelques titres sont plus faibles que d’autres, mais l’ensemble est d’un très bon niveau, et devrait ravir n’importe quel amateur du genre.
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