Heureusement que le début de soirée est agréable et permet de prendre un verre relax en terrasse du Salem, la petite salle de concert du Haillan, commune limitrophe de Bordeaux, car les concerts le lundi soir, c’est un peu rude…
KOLLAPS

“Rude” c’est un peu l’adjectif qui vient en premier à l’esprit au bout de quelques minutes du set des déjantés Kollaps. Le trio d’origine australienne, désormais installé en Islande (!), se compose d’un bassiste, d’un batteur qui joue debout (et dont le kit se compose uniquement de 3 gros fûts verticaux qu’il martèle comme une mule) et d’un chanteur élancé au look de dandy vaguement gothique. Sur cette base, le chaos se drappe sous les atours d’une sorte de post metal industriel nihiliste… La prestation du groupe s’apparente à un déluge sonore bruitiste dont se dégagent ici ou là quelques cris plus stridents, un bruit de larsen du micro du chanteur, le tout dynamisé par les coups de boutoirs du batteur. Si l’inconfort n’était pas suffisant, les gars balancent des salves de stroboscope surpuissant en pleine face du public (comme pour les forcer à baisser la tête ou fermer les yeux). Au bout d’une demi heure de set, on perçoit une évolution vers quelques chose de plus construit… Et c’est le moment choisi par le groupe pour mettre fin aux hostilités ! Pffffiou…
PRIMITIVE MAN
Quelques minutes à peine plus tard, Ethan Lee McCarthy et Jonathan Campos prennent la scène, et, niveau gabarit, les massifs musiciens rappellent un peu les grandes heures de Crowbar, si vous voyez un peu l’image… et musicalement, il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que l’adjectif « massif » vient à l’esprit pour à peu près tous les aspects de ce set.
La scénographie est minimaliste bien sûr, avec pour seul éclairage une projection frontale d’images vidéos conceptuelles de motifs colorés, en continu, sans interruption. Les musiciens ne sont pas là pour faire les zouaves : Mccarthy est planté, vouté derrière son pied de micro et son rack de pédales, de profil par rapport au public, tandis que Campos est un tout petit peu plus mobile avec sa basse. On n’attendait pas autre chose il est vrai, le trio américain ne nous ayant jamais vraiment habitué aux sauts de cabri ni aux effets pyrotechniques. Les gaillards sont venus pour jouer fort et faire mal, et ils s’y emploient dès l’intro du concert, sur le glauque et solide « Social Contract ».
Musicalement, on ne découvre rien : la formation du Colorado déroule son set très épais d’une sorte de « funeral sludge » teinté d’industrial doom… Bref, appelez-ça comme vous voulez, mais c’est rude sur les cages à miel : les tempi sont lents à l’extrême, emmenés par le batteur Joe Linden, qui appuie chaque remblaiement rythmique de la juste frappe de grosse caisse ou de caisse claire, et d’un usage modéré des cymbales, tout en renflouant de blast beats dévastateurs les séquences les plus abrasives. En termes de structure sonore, c’est plus souvent la basse de Campos qui emmène les morceaux et leur socle de riffs (on a quand même du mal à sortir le mot « mélodie » ici…), il dresse la plus grosse partie de la charpente de l’édifice. Certes McCarthy apporte sa part de riffs de guitare, mais sa principale contribution sonore consiste à dresser ces pans de gratte malaisants qui viennent finir de compléter la musique du groupe, saturer le spectre sonore – sans parler de ses vocaux lugubres qui déchirent chaque titre d’un dernier sursaut de douleur.
S’enchaînent quelques claques sonores qui couvrent un large spectre de la carrière du groupe, dont émergent « Natural Law » et « Seer », issus eux aussi de leur dernier album. Dans ce maelstrom, on notera aussi le vieux « Loathe » mais aussi le toujours efficace « Victim », issu de leur terrible album Caustic. Le public semble apprécier, au vu des headbangs lents qui animent l’assemblée durant tout le set. Une bonne moitié de la salle est remplie – une affluence moyenne pour une formation de cette notoriété, même si l’on doit prendre la mesure du style musical « de niche » dans lequel elle évolue, et finalement du peu de promo autour de cette tournée. Pour autant, ceux qui sont là sont contents d’y être et l’expriment avec force à chaque pause des musiciens (remerciés en retour par McCarthy d’un petit geste reconnaissant de la main, qui retranscrit à peu près le point culminant de ses interactions de la soirée…).
Les assauts se succèdent ainsi sur la soirée, les morceaux enchaînés les uns aux autres, avec parfois un petit break pour ré-accorder des instruments qui souffrent pas mal. La dureté et l’âpreté sont présentes à chaque détour de riff ou de break. La tension est ainsi maintenue élevée tout du long, et on trouve peu à peu un certain confort dans cet inconfort sonore. Bien aidés par une salle bien équipée (une mise en son impeccable) et de bonne taille « club », permettant en quelque sorte d’enfermer les vagues sonores dans le local de taille modeste, qui vient envelopper les corps et faire vrombir les murs. On y est comme dans un matelas cotonneux… lardé de lames de rasoir, en gros.
La fin du combat sonne un peu tôt, après moins d’une heure, et on avoue qu’on en aurait bien repris pour un petit peu plus… Toutefois, reconnaissons que la messe était dite, et qu’à trop tirer sur la corde, le groupe aurait pris le risque de perdre en impact. On ressort donc du Salem un peu abasourdis, mais satisfaits, ce qui est un signe parmi d’autres d’une soirée en tous points réussie.


















