Kem Lalot, programmateur Valley et Warzone pour le Hellfest (juin 2026)

Interview par Laurent

Un bouleversement significatif a eu lieu il y a quelques mois au sein de l’organisation Hellfest, qui nous concerne directement : le programmateur en charge de la Valley (et de la Warzone) a changé. Même si ça n’a pas eu d’impact sur la programmation 2026, il est particulièrement intéressant de voir l’impact de ce changement sur notre scène préférée, pour les prochaines années. Nous nous sommes donc entretenus avec Kem Lalot, désormais en charge de cette mission cruciale ! Il nous livre sa vision, son approche de la programmation, et quelques pistes pour les années à venir…

 

Desert-Rock : Salut Kem, merci de nous recevoir, à quelques minutes du coup d’envoi, ce sera quoi pour toi le plus grand défi ces 4 prochains jours ?

Kem : Mon défi ces 4 prochains jours, c’est de comprendre comment cette machine fonctionne ! Je suis arrivé il y a 2 mois, en charge de m’occuper de la programmation de la Valley et de la Warzone pour l’édition 2027. Je connaissais bien le festival toutefois, puisque je suis festivalier depuis une quinzaine d’années environ, et j’avais des accès qui me permettaient déjà de voir un peu les coulisses. Mais là, je vois vraiment la chose se construire de l’intérieur, depuis les bureaux jusqu’à se matérialiser concrètement sur le site. J’ai donc plutôt un rôle d’observateur sur cette édition. Je fais aussi un peude relations presse et je rencontre des agents que je ne connaissais pas forcément. Je programmais un festival généraliste avant (les Eurockéennes), où j’étais certes en contact avec des agents plutôt metal mais aussi des agents qui font du hip-hop, de l’électro, etc. Or il y a certains agents très typés metal, très typés dans certaines niches du metal avec qui je n’étais pas en contact jusqu’ici, et que je peux donc rencontrer également.

 

Certains points marquants de ton CV ont été communiqués lors de l’annonce de ton arrivée, mais qu’est-ce qui, dans ton parcours, te semble particulièrement utile pour le Hellfest ?

Je viens du metal, c’est mon background à la base. C’est la musique qui a bercé mon adolescence. Je suis ensuite passé au punk, mais je suis revenu par le post-hardcore, par le stoner, par plein de musiques… Je n’ai jamais quitté le punk et j’ai toujours eu un œil sur le metal, le hard rock, la noise, le post punk et plein de choses, et je reviens donc un petit peu à mes sources. C’est ce qui m’a forgé. J’ai commencé à programmer une salle qui s’appelait le Noumatrouff à Mulhouse avant de programmer les Eurockéennes, où on m’a demandé de faire une programmation généraliste. Avant ça, j’organisais des concerts un peu « Do It Yourself », avec ma petite asso, où je me faisais plaisir en programmant les choses qui me plaisaient, et là on m’a demandé d’ouvrir et d’aller sur d’autres styles musicaux. Je me suis donc ouvert à plein de styles, ce qui m’a fait beaucoup de bien également pour explorer d’autres horizons.

 

Et qu’est-ce qui t’a intéressé dans la proposition que le Hellfest t’a fait ?

Plusieurs choses : d’abord, j’ai quand même 58 ans, donc je me dis que ce sera peut-être mon dernier challenge musical, en quelque sorte. La deuxième chose, c’est qu’une proposition du Hellfest, ça ne peut pas trop se refuser ! Même quand on est programmateur des Eurockéennes, on y réfléchit à deux fois… Et ce qui a également pesé dans la balance, c’est que ma copine habite à Nantes, donc c’est une bonne manière de la rejoindre et de réduire les allers-retours !

 

La Valley a toujours eu une programmation très éclectique. On parle de stoner, mais il y a aussi du post, et plein de choses, y compris des groupes hors de l’univers metal. As-tus déjà un projet concernant son orientation pour les prochaines années ?

Oui. Je ne vais pas révolutionner la scène, mais je vais peut-être y apporter quelques petites touches un peu plus personnelles, en allant, peut-être un peu plus sur la musique psychédélique par exemple. De la même manière, sur la Warzone je pense aller un petit peu plus sur le post-punk, qui a commencé à y arriver gentiment, mais pourquoi pas y amener un petit peu plus de groupes. Ce qui est pas mal avec la Valley, c’est que ça permet quand même d’aller assez loin dans la programmation, dans la musique expérimentale, dans la musique drone… C’est une scène où on peut se permettre beaucoup de choses finalement – sans trop décontenancer le public toutefois.

Souhaites-tu continuer ces thématiques plus ou moins appuyées par journée : une journée stoner, une journée post, une journée sludge, etc… ?

Oui, ça serait idéal. Après, ça dépend effectivement de la tournée des groupes et de leur disponibilité chaque jour. Mais l’idée, effectivement, c’est d’orienter la scène par jour autour d’un style.

 

Quels groupes veux-tu voir absolument cette année durant le Hellfest ?

Je veux voir à tout prix Circle Jerks, sur la Warzone. J’ai un gros dilemme entre Mastodon et Blood Incantation qui jouent simultanément… Je pense que je verrai un bout des deux, mais probablement Blood Incantation en priorité parce que je ne les ai jamais vus, or Mastodon, Je les ai déjà programmés deux fois aux Eurockéennes et je les ai vus plusieurs fois – même si j’aimerais bien voir ce que donne le nouveau line-up. Une autre de mes priorités est Kublai Khan sur la Warzone. Après sur la Valley y’en a plein : AmenRa, Cult of Luna, Slift, les Young Gods (qui sont des amis et que j’ai vus plein de fois en live), EyeHateGod, Down, Acid Bath, évidemment que je n’ai jamais vu… Vous non plus ?

 

Bah, non… As-tu demandé un show spécial aux Young Gods ?

Non, mais j’ai vu une date de la dernière tournée avec leur superbe dernier album, qui est vraiment magnifique, et je trouve qu’ils ont vraiment repris du poil de la bête, après avoir été un petit peu plus expérimentaux, voire « cosmiques ». Ils ont repris les guitares, y compris sur scène, et je trouve que ça envoie.

 

Est-ce qu’il y a des groupes que tu aimerais programmer, par exemple des choses que tu n’as jamais faites, que tu voudrais absolument essayer d’approcher ?

Il y en a plein… (il réfléchit) Il y a un album qui m’a claqué, l’album du début de l’année pour moi, par un groupe que j’ai déjà programmé aux Eurockéennes et dans le club où je travaillais avant, c’est l’album de Neurosis. J’ai vraiment pris une énorme claque – inattendue, parce que personne ne savait qu’ils allaient ressortir un album et que pour moi, le groupe était mort et enterré. Avec le gars d’Isis en plus, c’est vraiment parfait. J’aimerais bien aussi un petit retour de Sleep, ce serait cool.

 

C’est très actuel, c’est l’actualité du jour ! [ndlr : le même jour, Sleep sortait par surprise une nouvelle chanson, sous une formation ne comptant plus que Al Cisneros de la formation initiale]

J’ai réussi à les programmer aux Eurockéennes, c’était assez incroyable. Je n’ai pas d’autre nom qui me vienne spontanément à l’esprit.

Pour 2027, vous avez déjà commencé à avancer sur une programmation ? Est-ce que tu as déjà une tendance qui se dessine ?

De mon côté, pour mes deux scènes, 4 groupes sont déjà confirmés. Sur les Mainstage, je crois qu’il y a 6 groupes qui sont confirmés à ce stade. En termes de tendance, ça va rester dans l’esprit !

 

Ce ne sera donc pas l’année de la rupture…

Non, pas du tout, il n’y aura pas vraiment de rupture de toute manière. De mon côté, je sais que je vais amener des petites touches, mais on ne va rien révolutionner. Et puis, j’ai aussi envie de reprogrammer plein de groupes qui sont déjà passés il y’a quelques années, s’ils ont de l’actualité.

 

Pour faire des shows spécifiques ?

Pourquoi pas ? C’est des propositions qui peuvent être faites, absolument, ou bien de donner carte blanche à un artiste avec lequel on pourrait co-programmer la scène ensemble… Ce sont des réflexions que j’ai déjà eues avec quelques personnes. Il y a du boulot ! Et d’autant plus avec ce qui se prépare pour 2027 ! (ndlr : trois jours plus tard, le Hellfest a annoncé pour sa vingtième édition en 2027 un festival avec 300 groupes et 10 scènes !)



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