Eerie Meadows est déjà le troisième album de ce jeune trio espagnol, tous trois sortis chez Small Stone. Oui, Small Stone Records. Le label américain, qui n’est plus que l’ombre de lui-même en termes de quantité de disques produits, garde une belle oreille et un véritable radar à talent, rarement pris à défaut. On se plonge donc dans cet album goulument, avec curiosité, car nous avions raté ses prédécesseurs.
Il serait faux de dire que l’on est terrassé par l’originalité de la musique du combo au gré des premières écoutes. L’on est bercé en revanche par ce son chaud, les relents bluesy apportés aux guitares par cette prod impeccable, et le subtil relief du chant de Kike Sanchís : sans être un vocaliste divin doté d’une technique incroyable, la puissance de son chant et la chaleur de sa voix apportent un véritable bonus à la musique du groupe. Mention spéciale à son jeu de guitare aussi, redoutablement efficace, y compris en lead (tiens, allez jeter une oreille sur « The Blacksmith » qui propose un bel échantillon de ses deux facettes : chant fiévreux et soli séduisants).
Musicalement, tout est donc bien en place, ça joue carré, sans fulgurance technique ou stylistique. Et pourtant, on devient vite addict à cette galette chaude comme le sable des Asturies (bon, les meilleurs géographes auront détecté le traquenard, les Asturies étant loin d’être la région la plus chaude du pays…), et il est difficile de définir pourquoi ! Il semble que la séduction fasse effet progressivement au gré de ce véritable confort que l’on ressent, en se laissant envelopper par cette musique d’un équilibre assez remarquable : une production sérieuse et efficace qui donne un son chaud et cajoleur, une musique aux frontières du stoner, du rock 70’s et du blues, une instrumentation impeccable (des musiciens parfaitement en place et des fulgurances en particulier sur les soli de guitare et sur le chant)… Vraiment, on rentre dans ce disque avec confort et plaisir…
… et on y reste parce que les compos sont accrocheuses et addictives ! Huit titres variés, dans le spectre musical peu contraignant décrit ci-dessus, avec des rythmiques et des identités bien distinctes. Le riff est roi, l’écriture est audacieuse et travaillée, et très vite, sans faire attention, l’on se surprend à entonner les différentes chansons en chœur avec Sanchís. On citera pour illustrer la variété de leur musique quelques titres marquants comme le mid tempo fiévreux de « Wolfhound », le très accrocheur « Meterora » et son redoutable solo final de presque une minute entière, le riffu « Holy Ground », ou le sombre et pesant morceau titre – qui montre aussi la capacité du groupe à ne pas faire que de la musique « légère »…
Bref, ce disque est très recommandable, il est l’image de la vivacité de la scène underground européenne, et ibérique en l’occurrence. Malheureusement, le trio est aussi un peu invisibilisé par son absence scénique presque absolue (des concerts sur leur péninsule, une poignée de concerts aux USA, et c’est tout), ce qui est fort regrettable au regard du potentiel bien perceptible.
(Pour donner votre note, cliquez sur le nombre de cactus voulus)



