Hellfest 2026 – Bonus : Nicolas Foucaud « Comment j’ai joué sur scène avec Down »

Chronique de

Cette page est un témoignage bonus en lien avec le concert de Down au Hellfest 2026, dont vous retrouverez la chronique « officielle » dans nos pages A LIRE ICI (lien)

Nicolas est, depuis plus d’une vingtaine d’années (ça ne rajeunit ni lui, ni nous…), un acteur important et dynamique de notre scène, en premier lieu en tant que musicien fondateur des précurseurs Los Disidentes Del Sucio Motel. Si la formation strasbourgeoise a étendu son aura depuis quelques années hors du champs stoner rock, et même si Nico a rajouté plusieurs cordes à son arc (plusieurs groupes et projets de styles variés), il est toujours resté lié au style musical. C’est donc avec le sourire que nous l’avons vu prendre la scène à la fin du concert de Down sur le final de cette édition 2026 du Hellfest ! Le symbole était fort, il nous a semblé intéressant de voir ce qui se cachait derrière ce court événement, moins anecdotique qu’on pourrait le penser… Voici donc son témoignage, merci à lui, et encore bravo !

1995, je découvre l’album NOLA sur le chemin du collège. Assis au fond du bus, mon walkman sur les oreilles, je me délecte de cette musique lourde, poisseuse et groovy jouée par mes idoles du moment. Un all-star band composé de membres de Pantera, COC et Crowbar… Que demander de mieux ? 31 ans plus tard, toujours accro à cet album classé dans mon top 5 all time personnel, je me retrouve sur scène à jouer avec eux dans le plus grand festival de Metal d’Europe. Mais comment cela a-t-il été possible ? Je vais vous expliquer…

Dimanche 21 juin 2026, dernier jour du Hellfest. Il fait 8000°C, nous avons tous épuisé nos derniers points de vie et puisons sur nos réserves pour tenir jusqu’aux derniers concerts. Clap de fin pour mon ami Zach, batteur de mon groupe Discozero et intermittent sur le festival, on décide de se retrouver dans la zone VIP pour boire un dernier verre. Je l’y attends avec l’équipe Wera (vous savez les beaux outils verts au Hell City square !) avec qui j’ai travaillé  sur cette édition, et je profite d’un repos bien mérité : j’ai en effet passé 3 jours extrêmement difficiles à me demander ce que je faisais là, la faute à une p*** de grippe qui m’a pompé toute mon énergie. Quatre jours de Hellfest en bonne santé, c’est déjà sport, mais malade, c’est vraiment l’enfer. Heureusement pour moi, ce dernier jour, malgré la chaleur, est étonnamment un peu plus agréable à vivre, car la santé revient enfin. L’heure tourne, l’équipe se divise en 3 groupes : les raisonnables qui rentrent se coucher, les fans de The Offspring qui ne veulent pas rater cette occasion de les voir, et Zach et moi, qui nous étions promis d’aller voir Down ensemble pour finir en beauté. On ne pensait pas que ça serait à ce point…

Du fait de nos activités du week-end, nos accès nous permettent de passer par des raccourcis pour atteindre plus rapidement certaines scènes sans avoir à jouer les Moïse pour fendre la foule. On arrive donc derrière la scène de la Valley, où nous apercevons Phil Anselmo, très concentré avant d’entrer sur scène. Rien que cette vision m’émeut. Elle me replonge en enfance. Je revois ce poster de Pantera « Fucking Hostile » accroché dans ma chambre d’ado et je me dis « putain, il est là ». Zach et son enthousiasme légendaire me dit « montons sur scène de l’autre côté ! ». Il faut savoir que tout le monde ne peut évidemment pas avoir cette chance. Certaines têtes d’affiche imposent même un contrôle systématique à l’entrée des escaliers pour contrôler la proximité avec les musiciens. Sur la Valley cependant, c’est relativement rare, et j’ai pu comme ça rencontrer bon nombre de mes idoles. Bref, la Valley est la meilleure scène du festival, tout le monde le sait ! Nous voilà donc à jardin, comme on dit dans le milieu, au côté de 5 ou 6 personnes, dont quelques techniciens. Zach et sa gentillesse légendaire, ne manque pas l’occasion d’aider l’un d’eux avec une sorte de soufflette à poussière portative très étonnante dont il a le secret.

Puis le concert commence… Le son est énorme ! Ça joue fort, très fort même. L’émotion est à son comble (enfin je le crois à ce moment-là). Jamais je n’ai été si prêt de mes idoles. Kirk Windstein, Phil Anselmo, Pepper Keenan, Jimmy Bower… ils sont là, devant moi, à quelques mètres. Le public est en liesse, ça headbang, ça chante les paroles, ça frappe des mains. Le groupe est à son top et enchaine tous ses meilleurs titres dont une grande majorité de NOLA pour mon plus grand bonheur. On sent qu’ils ont très chaud, mais aussi qu’ils sont très heureux d’être là. Le plaisir de jouer est palpable et c’est tout ce qu’on aime voir en tant que spectateur, bien au-delà de tout effet pyrotechnique.

Je passe tout le concert à faire de la « air guitar », connaissant le moindre riff, ce qui amuse beaucoup Kirk et Patrick Bruders (le bassiste de la formation depuis quelques années), qui nous regardent moi et un autre gars, à priori d’origine Américaine, qui de temps en temps plaisante avec Kirk entre deux morceaux.

Les tubes s’enchainent et arrive alors le fameux titre final « Bury Me In Smoke » qui clôt les sets de Down depuis toujours. J’ai alors un déclic : « Zach, tiens toi prêt, y a peut-être moyen qu’ils fassent monter des fans sur scène ! ». En effet, j’ai vu plusieurs fois des vidéos live, où le dernier riff pachydermique est joué par d’autres musiciens, des gens qui étaient en bord de scène comme nous, à qui les membres du groupe confient leurs armes pour jouer à leur place (sans que souvent le public n’entende la moindre différence). Il s’agit généralement de leurs roadies et/ou amis d’autres groupes présents sur le fest, comme par exemple Woody Weatherman de COC ayant joué plus tôt dans la journée… Certains fans sont aussi parfois conviés pour headbanguer avec le groupe.

A la fin du morceau, Kirk se tourne alors vers « l’américain » et moi et nous fait signe avec la tête tout en nous montrant sa guitare. Il nous crie « come on ! ». Bordel, il s’adresse bien à nous là, non ? Je me tourne vers Zach et lui dit « Oh putain tu vois ! ». Pas le temps de dire Ouf, que le guitar tech de Kirk fait alors signe à « l’américain » à côté de nous d’aller sur scène et de prendre la Gibson Explorer de Kirk… Si près, si loin ! Mon cœur est alors coupé en 2, entre l’excitation et la déception. Un ascenseur émotionnel violent je dois l’avouer… Je me retourne vers Zach qui lit la tristesse dans mes yeux et je me fais une raison en me disant que ce fameux américain devait bien être un de leur pote, et que finalement tout ceci est parfaitement normal…

Mais après quelques minutes, Kirk revient vers moi et me refait signe de venir – « Come on ! ». Cette fois-ci je n’hésite pas une seconde. Je demande à Zach de m’accompagner, mais j’avais oublié ce détail que tout excellent batteur qu’il est… il est surtout gaucher ! Impossible pour lui de jouer sur le kit en place. Tant pis, son rôle sera donc d’immortaliser ce moment en vidéo.

J’arrive donc sur scène… La puissance du son est démentielle. On sent le souffle des amplis et chaque coup de grosse caisse résonne dans ma poitrine. Je vais vers « l’américain » qui avait joué un petit moment et lui demande « Can I ? ». Il me répond « Yes of course ! ». Il me tend la guitare. J’enfourche cette belle Explorer et me voilà en train de riffer devant 10 000 à 15 000 spectateurs en folie. Je suis d’abord surpris par la mollesse des cordes ! Moi qui suis habitué à un gros tirant, Kirk joue avec des cordes à son image : détendues. Je n’ai pas de médiator (enfin je crois ça… Au final, je m’aperçois un peu plus tard que j’en avais un dans la poche depuis 3 jours…), qu’à cela ne tienne, je vais la jouer à l’ancienne, aux doigts. Tant pis pour les soli de la mort de guitar hero, ça ne sera pas pour ce soir.

Mon rôle : tenir la barraque et suivre THE riff jusqu’à la fin et ne pas me laisser submerger par l’émotion. Pas compliqué a priori, mais pourtant, que c’est dur… Partout où je tourne la tête, je croise le regard d’une de mes idoles. Kirk bien sûr, mais je me dirige ensuite vers Phil. Je m’approche de lui et lui crie « Thank you Phil ! ». Il me sourit, me prend dans ses bras et me tapote la tête. Cette attention sonne comme un adoubement dans mon esprit. Son regard bienveillant me dit « bienvenue petit gars, amuse-toi, prends ton pied ». Je suis sur un nuage.
Je me retourne, je me rends compte que Pep a donné sa gratte à Woody, je m’approche alors de lui et il me sourit également et me fait signe du regard que je peux improviser, ce que je fais comme je peux, n’étant pas un grand spécialiste du jeu aux doigts. Je pense alors « Putain Nico, t’es en train de jammer avec Woody de COC ! ». Pep s’approche de nous, s’amuse avec son pote.
Je me retourne et me dis que c’est le moment de kiffer avec le batteur et le bassiste, que je ne connais pas du tout. Puis il est temps d’aller voir un peu la vue de devant. Je vois cette foule énorme et tous ces visages illuminés par la joie. Je reconnais mon pote Sly au premier rang et espère que les autres assistent à ce moment et prennent leur pied aussi.
 

Phil joue le chef d’orchestre et dicte les changements de groove au batteur. On comprend alors tous qu’il faut bientôt conclure. Bizarrement le temps ne passe pas vite, comme si ma perception du moment était au ralenti.

C’est le moment d’aller voir la légende, the Riff Lord : Pepper Keenan ! Je vais vers lui, il s’est allumé un cigare. « Love you Pep ! » lui dis-je. Il sourit et me prend dans ses bras aussi. Putain quel pied ! Le dernier accord résonne alors, le public hurle. Phil et Pep exposent un drapeau fait par un fan.
Je me tourne alors vers Kirk, puis Patrick, puis Jim et leur dit un dernier « Thank you for this moment » en leur serrant la main. Ils me sourient et hochent la tête comme pour dire « de rien ».

Je cherche un endroit pour poser la guitare, pas de stand en vue… Je la pose donc doucement contre le baffle Orange, mais j’ai peur qu’elle tombe et là, ça aurait été la cata ! Je décide donc de la reprendre et d’aller en quête d’un stand caché, ce que je finis par trouver. Kirk revient alors vers moi, je sors mon téléphone et lui dis « Sorry Kirk, but I have to immortalize this moment ! ». Nous faisons un selfie [en intro de cet article], l’image est parfaite. Zach est tout sourire. Je le rejoins. Je plane totalement.

Mais qu’est-ce qui vient de se passer ?! Après ces 3 jours de lutte infernale contre la maladie et la chaleur, je finis donc le Hellfest là-dessus ? Ai-je bien mérité ça ? Suis-je digne d’un tel privilège ? Nous descendons de scène. Le temps de faire le tour, les vans artistes noirs qui transportent les artistes depuis les loges sont déjà là, et les 5 musiciens du bayou sont prêts à rentrer. Je retrouve quelques potes qui me félicitent et me prennent dans leurs bras. On rit, on saute ensemble. On a tous du mal à réaliser ce qui vient de se passer.

Il est temps de se diriger vers la sortie. Le set d’Offspring est terminé sur la Mainstage. Et si c’était nous qui avions plaqué le dernier accord du festival ? Sur le chemin, des inconnus m’arrêtent pour me féliciter. Il faut dire qu’avec mon look de touriste, maillot NBA rouge de Dominique Wilkins sur le dos, j’étais facilement identifiable parmi tous ces colosses de Nouvelle Orléans habillés de noir. Quand je revois les vidéos, j’ai l’impression d’être un enfant parmi eux. C’est peut-être qu’à ce moment précis, je l’étais. J’avais le même sourire béat que lorsque j’avais vu Pantera au Zénith de Paris pour mes 17 ans, la même dégaine qu’à cette époque, les cheveux gris en plus mais surtout la même âme de gosse du Metal. Avec mes divers groupes, j’ai vécu des grands moments musicaux, joué devant des foules aussi grandes, partagé des émotions immenses, mais là… là j’avais vécu tout simplement un rêve éveillé. Merci Kirk Windstein pour la confiance accordée et merci Down de m’avoir accueilli de manière aussi adorable. Il aura fallu attendre 31 ans pour ça, mais vous m’avez offert un cadeau inestimable qui pourra me servir d’épitaphe : « A joué avec Down (au Hellfest) ». Merci la vie. Merci l’Univers. Merci le Metal.



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