Rare héraut français du stoner doom occulte, Witchthroat Serpent se confronte (depuis leurs débuts) aux critiques très récurrentes liées à leur proximité stylistique avec des formations comme (citons-les au hasard) Electric Wizard. Inutile de défendre l’indéfendable, l’ombre de la formation anglaise plane sur la moitié des titres de cette galette (ainsi que de leurs albums précédents). Si cette influence criante n’est pas directement revendiquée par le groupe, force est de constater qu‘ils ne font en tout cas rien pour l’éviter. Est-ce critiquable pour autant ? Évidemment pas, loin s’en faut… mais autant être prévenu, et éviter ainsi l’écueil du « procès en originalité », sans intérêt ici.
En tous les cas, Demons Left to Roam propose son lot d’offrandes qualitatives aux fans du genre. On ne boude pas notre plaisir à l’écoute de ces succulents « Silver Bell of Ritual » (un riff énorme sur lequel le groupe fait reposer quasiment tout le morceau) ou « Doctor Terror » (là aussi un bien agréable riff un peu plus chaloupé et mélodique, mais tout aussi emballant), entre autres.
On notera quelques titres un peu plus faibles ou juste imparfaits, à l’image du très bon « The Blinded Magpie », qui se pare d’un break en harmonie un peu dissonant et de séquences moins efficaces (sur ses onze minutes), ou encore « Lost Dimension », composition un peu lambda au riff simpliste finalement assez insipide (vu et revu). On peut aussi parler de « The Zany Magician » en clôture, titre blindé de reverb et au son de guitare « presque clair », avec ses nappes de synthé, qui vient convoquer les early 70’s de manière un peu anachronique sur ce disque (pour mieux affirmer la source d’un héritage culturel probablement). Pas raté, le titre est néanmoins un peu décalé sur un album déjà assez court (40 minutes).
On pourra ergoter aussi parfois sur la production : confortablement établie dans les codes du genre (de la saleté, du mix lugubre, un chant bien calé en fond de mix, de l’écho…) elle est questionnable ici ou là : la mise en son « batterie de cuisine » de « Cursed Night Circle » ou l’étrangeté de « The Zany Magician », si elles ne sont pas discutables en tant que telles (c’est un choix artistique) font sortir ces morceaux d’une certaine continuité sonore. Or les plaques de stoner doom les plus impactantes sont souvent celles qui parviennent à maintenir sur un album complet la même qualité à travers un son cohérent de bout en bout.
Demons Left to Roam n’est donc toujours pas l’album parfait pour Witchthroat Serpent, mais il assied un peu plus la formation française dans le peloton de tête du stoner doom international, à travers un respect de ses codes et, à travers quelques fulgurances d’inspiration, de vrais moments de grâce. Une production de qualité.
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