Depuis quatre ans et la sortie de leur premier album sobrement appelé Early Moods, déjà chez Riding Easy records (un label qui n’aura jamais été pris à défaut d’intégrité), Early Moods fait figure d’OMNI (Objet Musical Non Identifié), proposant dans cette première galette une musique en directe provenance d’une période musicale… où ils n’étaient même pas nés ! Monter un groupe de 5 personnes, quand on est si jeunes, reposant sur des influences aussi « niche », fait forcément lever les sourcils… On avait donc été bien défrisés par le disque, et les rares passages scéniques du groupe sur nos terres ont fini de convaincre sur leur fougue et l’efficacité de leur musique.
Il y a deux ans, leur second album a confirmé le diagnostic, et nous voilà rendu à leur troisième bébé, toujours chez Riding Easy. Si l’orientation stylistique d’Early Moods en 2026 posait la moindre question, elle serait balayée au bout d’une minute de l’intro de « Ready for the Grave », un pur brulot de doom metal occulte qui transpire les vieux Pentagram (avec une ligne de chant « Liebling-like » en refrain presque troublante – on pourra se faire la même remarque ici ou là, notamment sur « Her Wicked Spells » ou « The Prowler »). Jumelé au rampant mid-tempo doomy « Inquisition », on couvre une large part du spectre stylistique développé par le groupe. Rien de réducteur dans ce constat : Early Moods maîtrise le style à la perfection, un style qui pioche généreusement dans le vieux doom metal classique (origine U.S. plutôt qu’européenne) et qui y mêle de copieux emprunts au heavy metal européen, cette fois, des années 80. En résulte une démarche old school assez fun et décomplexée, dont la formation nous montre à nouveau qu’elle en manie tous les leviers avec dextérité et talent. Les riffs sont bien ciselés, les compos ne sont jamais bâclées, toujours lardées de soli généreux et subtilement surannés.
La trame musicale ainsi posée, les écoutes du disque se succèdent, et l’on remarque insidieusement que la qualité des compos, d’un très bon niveau, peut apparaître un peu plus faible sur certains titres : le mid-tempo « Her Wicked Spells » par exemple peine un peu à décoller, une partie de « When Light Fades » se cherche un peu trop… Aucun raté toutefois, ces titres passent bien, et viennent d’une certaine manière enjoliver les autres morceaux comme le généreux « Ashes of the Damned » et d’autres.
Si le quintette américain est clairement anachronique, la question se pose forcément de l’obsolescence de sa musique : c’est bien beau le passéisme, mais une formation jeune, talentueuse, peut-elle être pertinente dans le contexte musical actuel ? Une seule réponse vaut : c’est à l’auditeur de décider. Si vous avez usé tous les vieux groupes et standards du doom metal, et que vous déplorez de ne plus avoir d’autres formations anciennes à découvrir, la proposition musicale d’Early Moods est pertinente et qualitative. En outre, au vu du « marché » de la musique actuellement, une chose est sûre : on ne pourra jamais les taxer d’œuvrer ainsi dans un objectif commercial ou de notoriété, car le style musical pratiqué n’a jamais permis à aucun des groupes du genre de dépasser le milieu underground. A ce titre, l’intégrité du groupe est évidente, sa démarche est forcément désintéressée, portée uniquement par une passion sincère.
Ce dernier constat suffit à nous convaincre, nous, d’adhérer totalement. On regrette toutefois ce sentiment d’une évidente « stagnation stylistique » : au troisième disque, le groupe perfectionne sa musique, s’améliore, mais n’engage pas de transformation. Ne risque-t-on pas le surplace ? Se prend-on trop la tête ? La réponse à ces deux questions est « peut-être ».
Reste le constat d’un album certes imparfait mais généreux, séduisant et empreint de passion. C’est précieux.
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