Avon – Black on Sunshine

Label : Go Down Records (2026)
Chroniqué par shinkibo


Sans jamais avoir véritablement cessé leurs activités, Avon se faisait discret sur les longs formats avec un dernier album datant de 2018. Mais voilà que le groupe fait son retour avec un troisième effort studio. On retrouve donc l’inusable monsieur Alfredo Hernández toujours accompagné de James Childs. Charles Pasarell a laissé sa place à la basse il y a déjà quelques temps, June Kato les ayant rejoint en 2022. Black on Sunshine succède donc à Dave’s Dungeon et poursuit la même ligne artistique même si le petit arrière-gout punk est ici légèrement dilué dans une influence plus rock/psyché.

Il suffit d’ailleurs de quelques secondes au morceau titre pour retrouver cette recette qui fait le charme d’Avon : un groove bien installé, une guitare qui flirte avec le psychédélisme et cette façon de ne jamais alourdir inutilement le propos. « Black on Sunshine » est une excellente entrée en matière, suffisamment accrocheuse pour donner envie d’aller voir ce qui se cache derrière. Nick Davidge vient d’ailleurs aider le trio avec sa guitare et sa voix (Nick et James sont de vieux amis qui ont partagé la scène par exemple au sein de Little Villains).

« Awkwardness » poursuit dans cette direction avec un morceau plus nerveux, tandis que « Spacebar » installe une ambiance plus étrange et psychédélique. Le groupe prend ici le temps de laisser respirer ses arrangements et démontre qu’il n’a pas besoin de multiplier les effets de manche pour installer une atmosphère.

La basse de June Kato apporte beaucoup à l’ensemble. Bien présente sans jamais prendre le dessus, elle donne aux morceaux cette assise qui permet à Hernández de faire ce qu’il sait faire depuis des lustres : une batterie terriblement efficace, toujours au service du morceau. Et derrière les fûts, difficile de ne pas prêter une oreille particulièrement attentive au bonhomme, tant son jeu reste reconnaissable et parfaitement adapté à cet univers desert rock.

« Never in a Million Years » se montre ainsi particulièrement efficace avec son rythme chaloupé et son refrain qui reste facilement en tête. « Bandits » revient vers quelque chose de plus bluesy, avec une guitare qui donne au titre un petit parfum de desert rock traditionnel. Puis « Nineteen Bruises » apporte une touche plus mélodique et presque rêveuse, avant que « Super Furry Antidote » ne vienne joliment renverser l’ambiance.

Un titre d’autant plus surprenant quand on apprend qu’il a été écrit il y a bien longtemps et avait même été enregistré avec Geoff Barrow de Portishead en 2003. Le morceau s’éloigne franchement du stoner attendu et rappelle qu’Avon aime manifestement brouiller les pistes avec un sonorité surprenante.

« Doorway » poursuit cette volonté de ne pas rester enfermé dans un seul registre, avec une coloration presque eighties qui tranche avec le reste du disque.

On refait un voyage dans le temps avec « Strangest Love », titre écrit en 1993 par James Childs et Nick Davidge (je vous ai dit que ce sont de vieux potes !). Un titre beaucoup plus rock et direct. C’est probablement l’un des titres les plus immédiatement accrocheurs de l’album, avec cette grosse coloration grunge qui vient se mêler (1993 oblige !).

Et puis il y a « Oblivion », qui referme les débats en deux minutes et quelques secondes avec un petit coup de pied punk. Une conclusion plutôt logique finalement pour un album qui n’a jamais complètement abandonné cette énergie, même lorsqu’il s’aventure vers des territoires plus mélodiques ou psychédéliques.

Avec ses dix morceaux et à peine plus d’une demi-heure au compteur, Black on Sunshine a surtout l’intelligence de ne pas s’éterniser. Les compositions vont à l’essentiel et l’album se montre suffisamment varié pour éviter la sensation de déjà-entendu qui peut parfois guetter le genre.

Avon ne révolutionne évidemment pas le genre et ce n’est certainement pas son ambition. Le groupe préfère piocher dans plusieurs décennies de rock pour construire quelque chose qui lui ressemble : un peu de stoner, du garage, du psyché, quelques traces de grunge et ce petit parfum punk qui ressort régulièrement. Le résultat est un disque vivant, direct et finalement assez difficile à enfermer dans une seule case.

Huit ans après Dave’s Dungeon, Avon signe donc un retour plutôt convaincant. Black on Sunshine n’est peut-être pas le genre d’album qui cherche à impressionner à tout prix, mais plutôt celui que l’on remettra volontiers sur la platine pour son groove, ses mélodies et cette agréable impression de liberté qui s’en dégage.

 



Note de Desert-Rock :
   (7,5/10)

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