Elder – Through Zero

Label : Stickman Records (2026)
Chroniqué par kara

Partis d’un stoner au groove dévastateur (tu souviens Ghost Head ?!), Elder a entamé depuis longtemps sa transhumance, dérivant sortie après sortie vers une musique éthérée, progressive et résolument massive bâtie autour de références comme Motorpsycho ou, évidemment Pink Floyd, et baignant au centre un triangle stoner progressif dont les sommets seraient king Buffalo, Elephant Tree et Lowrider. A cela, il faut ajouter l’influence évidente et naturelle des projets satellites que sont Delving et Weite, ainsi que de la migration progressive des membres de l’Amérique vers Berlin. De cette lente mutation on obtient aujourd’hui un vaisseau à l’équilibre certes fragile mais dont la musicalité et la puissance sonore ne laissent plus personne insensible.  

Après quelques temps à errer entre concerts et ses autres projets, la bande de Nick DiSalvo avait déjà frappée fort l’an dernier avec l’incroyable tournée des 10 ans de leur album Lore, passant notamment par Paris et se terminant au Deserfest Berlin, et un “petit” Ep tout aussi réussi, nous faisant espérer fébrilement un septième album dans la même veine progressive et psychédélique… 

C’est dans ce contexte que ce dévoile Through Zero, avec son artwork qui attire l’œil malgré sa simplicité apparente. Comme pour leur musique, il faut aussi prendre le temps de s’imprégner des visuels d’Elder. On se laisse alors emporter dans un paysage en pleine et lente mutation d’un monde dompté par l’humain vers un environnement naturel … ou alors ce serait l’inverse ? Comme ce soleil éclatant qui est à l’aube … ou au crépuscule ? Et comme rien n’est laissé au hasard, le titre Through Zero fait référence à l’effet flanger du même nom qui est caractérisé par des signaux semblables décalés dans le temps et qui se rejoignent, se dépasse … voilà donc le voyage que nous propose Elder, ça donne envie n’est-ce pas ?! 

Le décollage de la fusée se fait avec “Sigil to Ruin” et pas le temps de se mouiller la nuque que l’on que la batterie nous hypnotise accompagné par le son de guitare angélique de Nick. Le titre confirme déjà les motivations de l’album que l’on décrivait plus haut. Les motifs mélodiques s’enchainent pour nous faire osciller entre douceur et rugosité avant d’aboutir sur un mur de son, une autre marque de fabrique du groupe, et un premier joli soli qui sert de climax à ce “Sigil to Ruin”. 

La suite a été un peu divulgâchée ces dernières semaines, mais il faut qu’on reparle de “Release / Capture” tellement ce morceau est bon et cool ! En 8 minutes montre en main, Elder met tout le monde d’accord en balançant cette progression épique qui se finit là aussi sur un magnifique solo. On a ici à faire avec un hit rock progressif ravageur notamment par son refrain qui vient nous manger le cerveau dès la première écoute pour ne plus nous lâcher. Un titre unique et qui, pourtant, incarne tout ce qui nous fait les aimer. A sa suite, il était évident de retrouver “Through Zero” pour venir contrebalancer la vague que l’on vient de prendre pleine tête. Ce titre éponyme pousse encore plus loin le curseur progressif du groupe mais en calmant le rythme et en nous emmenant dans des profondeurs plus psychédéliques. On sent aussi un rock progressif plus costaud, notamment sur des riffs assez rudes bien aidé par le son de basse massif de Jack Donovan. Et pourtant c’est le côté contemplatif de Elder qui l’emporte ici avec ces rideaux de claviers et synthétiseurs, dont certaines boucles viennent faire écho avec “Sigil to Ruin”, qui viennent s’entrelacer avec le rythme hypnotique du duo basse/batterie et la slide guitare.  

Difficile aussi de passer à côté du feu d’artifice musical qu’est “Strata”. Le titre démarre pourtant avec une belle mélodie de clavier et un chant tout aussi sensible, mais rapidement les guitares mettent le feu à cet équilibre et “Strata” part dans un délire créatif assez jouissif où s’enchainent solo, grosses lignes de basse, riffs de zinzin et de jolies mélodies essayant de nous ramener à l’introduction du morceau. Un joyeux bordel rock, dans la droite lignée de “Capture / Release”, où Elder semble prendre un plaisir fou mais sans que la structure du morceau vienne en pâtir. Comme d’habitude tout est calculé, jusqu’à l’outro de “Strata” qui vient nous perdre dans le vide de l’espace et nous préparer à “Sight Unseen”.  

Après ces vagues d’émotions, il fallait bien “Sight Unseen” pour reprendre son souffle et se poser enfin dans un nuage moelleux. C’est exactement le sentiment que procure ce morceau forcément moins excitant mais dont la lente progression rappellera aux fans le morceau Halcyon. Chaque instrument vient s’apposer en couche successive, apportant une sonorité et une ligne mélodique supplémentaire, le tout accompagné d’une main de maitre par la batterie de Georg Edert, qui de manière générale rayonne sur tout l’album. Comme une constante de l’album, la construction finit écrasée par un mur massif de guitare et de basse, infranchissable, implacable ! L’album se termine avec “Blighted Age”, dont les paroles viennent faire échos à l’album mais de manière peut être plus sombre. Cela collerait en tout cas avec la mélodie principale du titre, plus mélancolique et le calme qui est donné à l’ensemble du morceau. On ressent le silence et le vide dans ce titre en opposition au reste de l’album qui sonne avec beaucoup plus d’énergie. Une vraie respiration pour terminer l’album dans le calme et l’introspection.  

Difficile de ne pas tomber amoureux deThrough Zero. A l’expérience, Elder a insufflé dans cet album tout ce qu’il a pu absorber sur ces dernières années et le résultat laisse rêveur. Des morceaux spectaculaires à ceux plus intimes et expérimentaux, tout fonctionne dans Through Zero et on y retrouve même ces aspects épiques, presque tubesque, qui pouvait manquait à son prédécesseur. L’ensemble brille et on ressent une vraie alchimie entre chaque musicien qui donne vraiment envie de voir l’album reproduit en concert. Point bonus pour ce chant de surfeur qui se place parfaitement entre les vagues pour nous offrir de belles pirouettes vocales, notamment avec l’utilisation d’une tessiture plus posée par endroit qui apporte une profondeur supplémentaire. Il faudra voir son impact dans le temps mais Through Zero devrait figurer dans les albums majeurs du groupe, en tout cas c’est tout ce qu’on lui souhaite ! 



Note de Desert-Rock :
   (8,5/10)

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