La journée qui s’annonce est une de celles que le Hellfest aime à offrir, une de celles qui tend à ouvrir les horizons de la Valley au post metal et genres associés. Ce n’est peut être pas notre credo mais nous ne renoncerons pour rien à aller assister à cette journée qui promet quelques baffes bien senties et une purge certaine de nos plus sombres sentiments.
COLD CAPSULE
Alors que la presse nationale voire internationale nous prédit une chaleur caniculaire à grands renforts d’alertes (et encore rien à voir avec le lendemain),les régionaux de l’étape débarquent dans la Valley en grande forme olympique. Le trio distille un post-rock bien lourd qui fait danser les nuques nombreuses présentes sous le soleil.
Les Nantais agrémentent leur déluge sonore de nappes synthétiques densifiant le rendu impeccable d’une prestation soignée et saluée surtout lorsque le groupe rappelle que l’art incarne aussi une démarche politique soulignant que toutes les identités sont belles.
BRUIT ≤
En toute décontraction, les Toulousains se pointent sur scène d’abords pour accorder leurs violons sans un bruit et en partie masqués puis dans un second temps sur fond de nappes synthétiques. À l’heure d’écrire ces lignes, nous n’avons toujours pas la réponse au questionnement qui nous taraude : ça à commencé quand exactement au fait ?
Le quatuor post-rock, post-classique et presque post-Apocaliptica délivre une histoire sans parole d’une trentaine de minutes avec violoncelles, violons ainsi que batterie frénétique. À des années lumières de nos styles de prédilection, les Francais se produisent avec un son impeccable devant un parterre garni et visiblement conquis à leur cause. C’est sous les hourras suite à des remerciements généreux que le groupe se retirera après « The Machine Is Burning ».
FANGE
Sacrément dérangés, les quatre Rennais pas dans le vent portent la souffrance sur leurs visages et vont jusqu’à se mortifier sur scène à coups de poing dans la ganache ou à se péter le front contre le micro.
Cette formation bruitiste et destructrice produit une sorte de sludge des tréfonds des enfers qui se hurle ou se murmure mais sans jamais aucun repos. Alors si beaucoup critiquent les choix faits parfois par l’orga du Hellfest, ils auront ici la preuve que depuis 19 éditions on est bien au festival des musiques extrêmes.
C’est la gueule en sang que le groupe joue une orchestration dark wave intense et nauséeuse qui ne peut laisser personne indifférent, et se place un cran au-dessus encore de la prestation de 2018.
PSYCHONAUT
C’est en toute méconnaissance de leurs prestations scéniques que nous assistons à la montée sur scène du trio belge. Il faut laisser passer deux titres pour vraiment se mettre dedans et c’est aux premières notes de «All I Saw as a Huge Monkey» qu’on finit de se convaincre de la qualité du set, qui navigue entre deux eaux stylistiques, tantôt psyché tantôt prog. Il faut reconnaître au groupe qu’il sait agréger une audience large qui sature la Valley, et qui tiendra bon jusqu’à «You Are the Sky… / …Everything Else Is Just the Weather», tantôt hypnotisée tantôt sur des charbons ardents. Fort de cette belle réussite, le bassiste descend saluer son public à la crash. Très classe, on en aurait bien repris un peu.
PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS
Avec son entrée désormais classique sur «For Those About to Rock» d’AC/DC, Pig x7 assure un set d’une énergie rock’n’roll souveraine sur une Valley desséchée, ce qui n’empêche pas la foule de venir voir de quoi il retourne sous l’œil de quatre rondiers du PSIG.
Doom bluesy dans les veines mais énergie punk dans les orteils, c’est toujours un plaisir de retrouver les gros cochons anglais pour les voir haranguer la foule ou chanter porté par cette dernière. Bien sûr le groupe le crie : « quand on est des UK difficile de supporter cette chaleur », mais ils font quand même le show avec toute la force dont ils sont capables, même si le pit peine à se mettre en état de guerre. Et quel meilleur moment que pour un balancer «Hot Stuff» méconnaissable à grands renforts de bidouilles électroniques pour un psychédélisme de bataille.
GOD IS AN ASTRONAUT
Hop hop hop, on en attendait trois et ils sont quatre : les Irlandais de God Is an Astronaut sont venus avec la violoncelliste Jo Quail, qui trône au centre de la scène. Les descendants d’Isis viennent titiller la corde sensible des festivaliers, dont bon nombre a évité la canicule pour ne démarrer que tardivement sa journée sur ce set précis. Il en résulte une forte affluence à la Valley. Les places sont chères mais l’assemblée autour du pit est plutôt dissipée. Il faut aller au cœur de la fosse, c’est là que tout se joue. Une fois entré, le quidam y est en communion avec le Dieu Astronaute.
Le violoncelle remplace avantageusement les excès guitaristiques de certains autres groupes post-rock. Même si le groupe est assez éloigné de nos préoccupations désertiques, il faut admettre que c’est de la belle ouvrage, et que le set n’a rien de lénifiant. Les notes électro enregistrées complètent les musiciens et se font parfois aussi vicieuses qu’une mélodie minimaliste de John Carpenter. Ces enregistrements sont joués en coulisse et les amateurs de set live sans compromis à la façon de Godspeed You! Black Emperor le notent : ils auraient préféré une formation plus étoffée pour faire résonner plus live cette session déjà bien dense.
THE YOUNG GODS
Les Jeunes Dieux helvètes sont de retour à la Valley qu’ils ont déjà expérimentée par le passé. Leur présence ne détonne pas d’un iota avec la programmation barrée de la journée que le public savoure alors que franchement il ferait bien de fuir le soleil qui torture les petits corps chétifs et les versions plus imposantes aussi (nous savons de quoi nous parlons à la rédaction).
Le trio de retour sur scène avec de vraies guitares distordues, après quelques circonvolutions cosmiques, entame la trilogie finale de la journée qui lui doit beaucoup comme une palanquée de formations aujourd’hui plus en vue que les pères fondateurs. Bref les vétérans débarquent avec leurs nouvelles recettes qui peinent à faire converger les foules sur la prairie jaunie par les piétinements des dernières journées. Il faut bien se rendre à l’évidence que malgré son aura auprès des professionnels du monde de la musique, le trio peinera à faire déplacer les foules au Hellfest même si certains épicuriens savourent et acclament le retour de Franz à la posture de la grande époque. Tellement dommage ! Les anciens se consoleront avec les fabuleux « Kissing The Sun » et « Gasoline Man ».
AMENRA
Pour aimer Amenra, il faut quand même une bonne dose de spleen et de colère. Force est de constater que la Valley en est pleine : au cœur de la nuit, la foule trépigne d’impatience dans l’attente de l’arrivée des écorchés belges. Il ne faudra pas plus que les riffs de Boden pour sentir que les pourtours de la fosse ne comprennent pas, et les hurlements de «Razoreater» pour faire fuir les touristes. On se retrouve donc entouré de gens tout de noir vêtus et les yeux fermés, alors que Colin, fidèle à ses principes, hurle face batterie plutôt que de considérer le public.
Le souffle malaisant de Plus près de toi installe un climat presque délicat sur la fosse, au point qu’on entend sur le côté de la scène le clapotis du pot d’échappement du compresseur qui alimente la scène. Dans ce set plein d’intensité et d’émotion,« Am Kreuz» enfonce le clou d’un show en noir et blanc. Ce post-metal (?) qui va mal livre ses titres les plus emblématiques ; il est donc logique que ce set cataclysmique se termine par «Diaken.»
Avec un son encore meilleur que leurs passages de 2018 sous la tente de l’ancienne Valley, Amenra signe l’arrêt de mort de la journée sans s’excuser. Une branlée nette et sans bavure.
CULT OF LUNA
Le collectif suédois assure de manière très cohérente la fin de cette journée atypique à La Valley. Il est dans le ton et le public est dans la place déjà chaud patate avant même que CUL balance la purée post-rock scandinave. Visuellement le spectacle est magique (à part pour les photographes qui galèrent) tout en silhouettes qui se détachent sur fonds clairs et stroboscopes, le groupe en impose à l’audience non seulement avec son double kit batterie, mais aussi avec son déluge sonore parfaitement orchestré.
Sur le plan musical, le son est aux petits oignons et ça balance parpaings sur parpaings de manière frénétique avec des vociférations tout en maîtrise. Ayant pris une certaine distance depuis de nombreuses avec les styles que nous affectionnons tant, nous savourons quelques pièces de choix avant d’aller prendre soin de nos corps de chippendale afin d’être en pleine forme le jour du seigneur vu l’affiche de guedin qui nous attend et les prédictions météo. La journée sera chaude dans tous les sens du terme.
C’est donc les talons déconfits que nous quittons le site, la fatigue se fait sentir après trois jours de piétinement sous l’astre implacable, décision est prise, nous corrigerons notre outfit pour finir glorieusement ce festival! Ce ne sont pas quelques douleurs articulaires et autres chouineries de pré troisième âge qui nous arrêteront!
Textes & Photos : Chris & Sidney Résurrection

































































