Petite ambiance « happy few » en arrivant devant la Maroquinerie, en cette fin de (belle) après-midi. Parce que oui, vous avez bien lu : Hermano, légende underground dans le microcosme stoner « étendu », est un groupe qui n’a effectué que deux (!!) concerts dans le Monde ces seize (!) dernières années, tous… en France, et devant 5 à 15 000 personnes à chaque fois (au Hellfest). Et bien ce groupe a été booké, pour la première date de sa petite tournée européenne exceptionnelle, à Paris, dans une salle d’une capacité de… 500 personnes ! Évidemment, ce fut sold out en quelques jours, et forcément, il y aura eu des frustrés ce soir…
Mais pour l’heure, c’est rien moins que les très rares Solace qui ouvrent les hostilités. Le quintet culte du New Jersey, vénéré dans nos pages, assure la première partie de Hermano sur cette tournée. C’est un véritable événement en soi : ces 9 concerts à eux seuls représentent leur record annuel de nombre de concerts… sur plus d’un quart de siècle de carrière ! Autant dire que, même en première partie, on ne va pas bouder notre plaisir ! Ça ne semble pas être le cas de Justin Daniels en revanche : le second guitariste n’est pas sur les planches au moment d’entamer le set, et les musiciens présents sont obligés de commencer « Spiral Will » sans lui (il arrivera au bout de quelques minutes, tranquille, en plein milieu du morceau…). Cet extrait de leur prochain album (sortie dans quelques semaines) est déjà connu depuis quelques jours, proposé en tant que premier single. Il s’avère plus que convaincant en live, avec son riff solide. Leur album précédent, le superbe The Brink, est encore chaud dans les esprits, le groupe n’hésite pas à aller y piocher 2 extraits pour la set list de ce soir (il s’agit par ailleurs du seul autre album sur lequel officie son vocaliste actuel, Justin Groins… ce qui facilite les choses !). « Desert Coffin » et ses superbes soli fonctionne super bien, mais c’est surtout « The Light is a Lie » qui remporte tous les suffrages un peu plus loin : son riff rampant, entre Sabbath et Pentagram, vient cueillir un public largement constitué de curieux qui découvrent le groupe… et en ressortent enchantés ! Notons que Groins s’en sort fort bien sur les titres très anciens, dont émerge bien sûr « Whistle Pig », terrible brulot au riff massif issu de leur premier album, qui fera headbanguer le public. Parmi les milliers d’étrangetés qui jalonnent la carrière du groupe, notons que leur titre le plus percutant (en live en tout cas), « Khan (World of Fire) », est issu d’un vieux EP sorti il y a presque vingt ans en toute confidentialité… mais quel titre ! Riff dévastateur, rythmique tellurique, déluge de leads en conclusion, il vient achever avec panache un set bien trop court (35 minutes) qui aura conquis le public.
Moins de surprise à l’arrivée sur la petite scène des cinq musiciens de Hermano : le line up est inchangé depuis plus de quinze ans, finalement ! Les musiciens montent donc sur scène, tous sourires, sous les vivas du public. Toutefois, c’est John Garcia, de manière prévisible, qui récolte l’accueil le plus sonore. Et ça démarre pied au plancher avec le nerveux « Cowboys Suck », enchaîné à « The Bottle », symboliquement leur titre originel (le premier morceau de leur premier album, …Only a Suggestion, celui par lequel tout a commencé). Son mid tempo groovy en diable fait déjà tourner la tête d’une Maroquinerie incandescente, et propose les premières saillies leads quasi organiques de Dave Angstrom, lui aussi en feu toute la soirée : son jeu de guitare ce soir (entre soli inspirés que l’on croirait tous improvisés, riffs solides et toutes ses petites incursions qui viennent nourrir les chansons) vient parfaitement se marier à celui de Mike Callahan, dont le travail en rythmique surtout (mais pas que, le bonhomme se fendant de quelques leads tranchantes) fut remarquable.
Un peu peu plus loin, « 5 to 5 » est enchaîné avec « Señor Moreno’s Plan », deux autres extraits de leur premier disque, où la paire Dandy Brown (basse) / Chris Leathers (batterie) abattent un travail remarquable pour dresser une rythmique robuste, qui ne manque pas de faire chalouper et onduler la fosse. La set list du soir est dense et extensive : elle va évidemment gratter dans l’ensemble de la (courte) discographie du groupe, et inclue même leur dernier mini-album, par l’intermédiaire de ses deux « inédits » que sont « Breathe » mais aussi « Love » (qui n’a pas encore d’existence connue en tant qu’enregistrement studio), qui passent très bien ce soir.
D’autres titres rares sont interprétés, à l’image de « Out of Key, but in the Mood » (avec un petit couac sans conséquence sur le final qui fera sourire les musiciens), « Is This OK » ou encore « Murder One », qui fait passer le concert par une parenthèse presque country sympathique. Mais globalement, le premier album est le mieux représenté, puisque rien moins que… son intégralité est interprétée ce soir au long du concert ! Mais il y en avait pour tout le monde toutefois, le quintet ayant interprété une vingtaine de chansons ce soir ! Énorme. De quoi ravir un public qui crie sa joie à chaque fin de chanson, soutirant plusieurs petites élocutions sincères de la part de John Garcia… pourtant pas habitué à l’exercice ! Dans une émotion tangible surprenante (de la part d’un chanteur généralement bien plus introverti), le vocaliste se livrera même à un long speech improvisé pour exprimer son sentiment ce soir, de se retrouver sur scène, connecté à ce public. Un moment dont on se souviendra… Sa prestation vocale, si elle ne fut pas la plus incroyable de ces dernières décennies, fut impeccable sur toute la durée.
Plus d’1h30 de concert… En plus de 25 ans de carrière, on a du mal à se souvenir avoir vu le groupe jouer aussi longtemps, et avec autant de jus ! Il fallait voir le déferlement d’énergie sur ce final de haute volée (la triplette furieusement heavy « Left Side Bleeding » / « Angry American » / « Manager’s Special » pour conclure avant le rappel, aura fini de mettre les premiers rangs en feu) pour constater que l’envie de jouer, de la part des musiciens, était énorme. Aucun temps faible, une tension de tous les instants, de l’énergie, de la variété dans la set list… N’aurait-on pas assisté ce soir à un concert de Hermano parfait en tous points ? Il semble que le public soit de cet avis. Et pour conclure cette belle soirée, tous les musiciens des deux groupes sont venus après le concert au stand de merch, discuter avec le public, signer des disques, prendre des photos… Un moment de communion comme on en constate rarement.


























