Ilsa – Corpse Fortress

Label : Relapse Records (2018)
Chroniqué par Laurent

 

En dix ans d’existence, les cinq graisseux d’Ilsa ont roulé leur bosse dans des sphères essentiellement underground, pondant quatre galettes bitumeuses pour des labels obscurs, ainsi qu’une poignée de splits, avec des invités qui donnent un peu le ton de leur musique (Hooded Menace, Seven Sisters of Sleep, Coffins…). Les voir atterrir direct chez les seigneurs Relapse a quelque chose d’étonnant, et en même temps (!) pas illégitime.

Pour leur première sortie « exposée », sur un gros label, les gaillards veulent en mettre plein la gueule et ne laissent rien au hasard : Corpse Fortress est à la fois l’album-somme et la quintessence de leur parcours musical. Se l’enfiler d’une traite est un effort : le disque nous embarque comme si on était accroché au pare-choc d’un gros camion de chantier lancé dans un terrain boueux et rocailleux, dont on finirait démembré après trois gros quarts d’heure de dérapages au frein à main dans la boue et le gravier. Chaotique, sombre, graisseux, sale, physique… L’expérience est marquante.

Musicalement, la musique d’Ilsa n’est pas monolithique : on y côtoie une large proportion de doom bien froid (à la Hooded Menace, on y revient…), de bonnes doses de sludge plombé (tendance Noothgrush), mais on peut aussi y rencontrer Mantar (le terrible « Ruckenfigur », parfait, le riff de « Nasty, Bruitish », évidence, ou « Old Maid »), ou encore des groupes comme Winter pour les plans les plus death/doom (« Cosmos Antinomos », lardée de blast beats, « Polly Vaughn » aux relents de My Dying Bride), voire des thrasheux pur jus (« Prosector » démarre pas trop loin des vieux Slayer, tout comme le refrain de « Long Lost Friend »). Aucune linéarité, on se laisse bousculer par chaque titre comme une nouvelle expérience, aux rythmiques variées, au service de compos matures.

Ça ratisse large, mais ce n’est quand même pas pour tout le monde. Le growl d’Orion, par exemple, va clairement rebuter les inconditionnels de Blues Pills. Soit ; c’est sûr que ça décape un peu. De même, les assauts de guitare, notamment les segments les plus incisifs en harmonie, devraient défriser les inconditionnels mono-maniaques de jam bands psyche. Soit. Enfin, la prod, au service du gras avant tout, risque de ne pas satisfaire les amateurs de jazz prog au son cristallin. Soit encore. Mais si on aime le côté obscur de la force, si on aime pousser l’expérience doom dans ses retranchements, que les pans musicaux les plus extrêmes ne font pas peur… Alors là, le terrain est propice et on peut se considérer prêt à encaisser ce disque. L’expérience vaut d’être tentée. On n’en ressort pas complètement indemne, évidemment, mais on a hâte d’y revenir. Du lourd.



Note de Desert-Rock :
   (7/10)

Note des visiteurs :
   (0/10 – 0 vote)

(Pour donner votre note, cliquez sur le nombre de cactus voulus)


Partager cet article :
Voir toutes les chroniques de :
 
 

  •   English version



On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

Voir plusVoir moins

Voir sur Facebook