Revoilà donc la figure de proue du heavy psych français, les magiciens du mur de son fait narration, Slift, et son tout nouvel album Fantasia, hébergé une fois de plus par l’écurie Sub Pop. Plus ramassé que ses prédécesseurs, moins de 50 minutes pour huit morceaux tout de même (faudrait pas pousser mémé dans le punk non plus), cet effort vient-il asseoir un peu plus le trio toulousain aux premières places ?
Ce qui frappe d’emblée est la théâtralité de la voix. Dans ses intentions comme ses inflexions, dans les attaques et les respirations, tout semble guidé par un besoin urgent de travestir la réalité. A tort ou à dessein, l’effet premier est de faire entrer l’auditeur dans les pièces ou scénettes narrées par Jean Fossat. Puisqu’il n’est pas un chanteur juste, l’incarnation semble être le meilleur moyen pour endosser ce travail. Et ce parti pris fonctionne. Il fonctionne puisque nous acceptons finalement sans mal dès les premiers instants d’entrer dans le monde du narrateur. Il fonctionne cependant jusqu’à un certain point puisque Slift, contrairement aux albums précédents, affirme cette voix sur Fantasia. Elle est donc plus présente, plus lisible, sert de guide à l’album quitte à le desservir par trop de corps et de lignes non-maîtrisées, le titre éponyme étant un parfait exemple.
Il est difficile d’en faire abstraction tant elle est affirmée et c’est donc un choix fort de la part du trio qui marque une vraie césure avec Ummon et Ilion. Dont acte.
Il serait cependant dommage de s’arrêter à cette considération et de réduire ce nouvel album à cette particularité. Slift maîtrise toujours autant la tension, les instants héroïques et les mélodies. Quand il laisse les instruments parler, c’est un octogone où se battent Melvins, Neurosis et mantra 70’s. On est pris dans ces circonvolutions aériennes, l’intro de « Orbis Tertius » magnifique, où la section rythmique s’affirme comme la véritable maîtresse de cérémonie, celle sur qui repose le bon déroulé du spectacle.
On ne peut reprocher à Slift ses prises de risques, comme ce « Waiting Man », titre le plus songwrité de leur carrière ou la présence d’arpégiateur plus affirmé. Un groupe se doit d’évoluer et d’écouter ses envies et c’est précisément ce à quoi s’attellent les toulousain sur Fantasia.
On ressort dérouté de ce nouvel album, décontenancé par certains choix mais curieux de savoir où partira ensuite Slift. Il n’en reste pas moins un des groupes les plus passionnants de ces dernières années, un des plus puissants sur scène et imaginatif à l’instar de ce « The Day of Execution » absolument magistral d’écriture, de tension et d’interprétation.
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