
Avec la sortie du nouvel album de Weedpecker, V, on se demande où le groupe en est rendu après une avalanche de changements que nous avions recensés dans notre chronique du dernier album. Passant pour leur nouvel opus chez Heavy Psych Sounds, qui n’en rate jamais une pour capter les groupes au tournant de leur carrière, nous étions curieux d’écouter ce qu’allait nous livrer le cinquième album du quartette polonais et nous n’avons pas été (totalement) déçus.
À l’issue du dernier opus, nous faisions dans nos pages un constat d’âpreté, pour ne pas dire d’une certaine rugosité, à l’écoute de titres qui sacrifiaient bon nombre de mélodies psyché sur l’autel de la recherche de nouvelles voies. Disons-le tout net, nous avions été déçus.
Faisons donc fi de nos précédents constats et rentrons dans le vif du sujet, car il sera tôt fait de constater que, dans l’ensemble, le nouvel opus de Weedpecker marque un retour au mélodique. Il faut même dire que le groupe ne s’est jamais autant complu dans l’écriture d’un phrasé aussi aérien et délicat.
D’une piste à l’autre, la gratte tout en arpèges et les coups ciselés de la batterie laissent l’auditeur dans un univers apaisé et lumineux. Coté line up c’est un peu le bordel encore une fois même si on espère que se déssine une base structurante, les crédits pour la batterie font mention de Zbigniew Promiński, ubuesque batteur de groupes aux noms aussi prestigieux qu’hors sujet ici (Azarath, Behemoth, Witchmaster…) ; ceux de la basse signent le retour de Piotr Kuks (parti en 2019) et un double crédit pour le sythé Piotr Sadza/Tomasz Walczak (On imagine qu’on devra chercher lequel est parti en cours de route) déjà connus de la formation évoluant autour du marionnettiste Piotr Dobry qui est en responsabilité sur toutes les compos.
Les instruments agissent comme de multiples couches auditives et ne sont pas sans rappeler Elder. Un peu trop même : on finit par se demander si V n’en serait pas un calque parfait, surtout en lorgnant du côté de « Ash » et de l’intro de « Mirror », où l’accumulation mélodique des instruments et du chant nous ferait nous poser des questions si nous n’étions pas sûrs d’avoir bien lu le nom de Weedpecker sur la pochette du disque.
Il faut cependant louer la qualité de la production, d’où sont totalement sorties les velléités d’agressivité qui pouvaient émailler les précédents albums. Tout au plus, Weedpecker s’introduit dans le monde du space rock de bon aloi avec « Fading Whispers » et accentue la pression à grand renfort de basses et de chœurs extatiques, comme dans l’introduction de « Mirrors ».
Du reste, la plaque est une ode au calme, comme le confirment les cordes électro-acoustiques sur fond de nappes de synthé de « In the Dark We Shine », ou la bluette « The Last Summer of Youth », sonnant autant dans leurs titres que dans le fond comme le possible avènement d’un Weedpecker nouveau, assagi et plus introspectif. On se laisse porter, tout ceci s’écoute sans trop y penser. L’ensemble est apaisant et à ce titre il faut souligner l’apport du clavier dont les mélodies tant que les effets sont savamment instillés tout au long de l’album.
V est, en un sens, l’album le plus abouti du groupe. On pourra y voir une forme de sagesse et on l’espère une stabilisation du line-up plus favorable à un travail collectif plus accompli. La production est à l’avenant du disque. On ne trouve pas le génie d’une nouvelle voie au travers de ce cru, mais une fois ce deuil fait, on se satisfait grandement d’une approche plus polie et facile à l’écoute pour le Weedpecker nouveau.
WEEDPECKER – V de HEAVY PSYCH SOUNDS Records
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